‹ Œuvres complètesChapitre 140 sur 237 · VERGNIAUD, B.^RBAROUX, DEUX GIRONDINS · texte numérisé non relu

VERGNIAUD, B.^RBAROUX, DEUX GIRONDINS

assis autour de la table dans l'ordre indiqué. — Au fond Q U A Tli E 1) () M E.'iTin U ES.

BARBAROUX, montrant aux convives Vergniaud, absorbé dans ses réflexions, puis s'adressant à c-elui-ci :

Réveillez-vous , Vergniaud , taciturne rêveur ! Daignez nous accorder quelques mots par faveur. On connaît les façons de votre nonchalance :

Vous feignez d'écouter pour garder le silence , Et vos rêves, suivant paisiblement leurs cours, Bercent leur doux sommeil du bruit de nos discours.

MADAME ROLAND

Non , laissez , Barbaroux ; respectons sa pensée. Gardons-nous d'interrompre une oeuvre commencée. Qui sait ce qui s'achève en ce recueillement!

A Vergniaud.

N'écoutez pas, Vergniaud. Méditez longuement;

Méditez, s'il est vrai qu'abjurant sa paresse,

Vergniaud prépare enfin la foudre vengeresse.

Et , dénonçant le vol et les assassinats ,

Promette Cicéron à nos Catilinas.

Ah! si j'étais Vergniaud, pour une œuvre pareille

Je ne m'épargnerais ni fatigue ni veille;

J'aimerais mieux , le front appuyé sur la main ,

Pâlir depuis le soir jusques au lendemain ,

Que de laisser ma force un moment inféconde ,

Puisqu'on la tient de Dieu pour la donner au monde.

— Mais vous vous reposez, et c'est mal à propos;

Qui peut si bien agir n'a pas droit au repos.

A quoi sert-il qu'un homme, au cœur patriotique.

Ait hérité, chez nous, de l'éloquence antique,

Si, ({uand tous les tyrans ne sont pas abattus.

Nous devons lui crier: « Tu dors, tu dors, Brutus! »

VERGNIAUD

Eh bien, donc, que Brutus se charge de m'absoudre, Lui qui savait dormir et savait se résoudre. D'ailleurs, à son réveil, hélas! qu'a-t-on gagné? Il a tué César; mais Auguste a régné.

Le cours de toute chose a ses sources lointaines Où s'amassent longtemps les passions humaines ,

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