ACTE PREMIER
Tombera de fatigue aux mains d'un dictateur.
— Hélas! la liberté, comme un trompeur mirage, Fuira-t-elle toujours l'œil qui se décourage? Sommes-nous condamnés, nous ses meilleurs amis, A ne jamais entrer dans ce pays promis.
Et verrons-nous toujours au seuil démocratique La Révolution , — jamais la République !
RARBAROUX.
Eh bien?
VERGMAUD.
Gourmandez donc les Ilots tumultueux !
Enchaînez l'Océan, Xercès présomptueux!
— Ah ! le doute est permis en face de la tâche ; Parler est imprudent, et se taire est bien lâche. Faut-il se retirer sans avoir combattu,
Et, se réfugiant dans sa froide vertu, Considérer d'en haut, philosophe égoïste , La sombre tragédie à laquelle ou assiste? Mais c'est autoriser d'autres assassinats. Qu'est-ce qu'une vertu qui ne s'indigne pas ! Faut-il faire éclater une sainte colère ? Mais c'est exaspérer la fureur populaire. Attiser le foyer de nos dissensions, Et hâter l'incendie et les destructions.
— Peut-être n'est-ce- pas sans un travail énorme. Sans d'immenses douleurs, qu'un Etat se transforme. Ce long enfantement d'un monde jeune et fort
A des convulsions comme en aurait la mort. jNous y périrons tous les uns après les autres : Toute idée est mortelle à ses premiers apôtres. Mais l'âge balaîra cette vapeur de sang Qui sur notre horizon couvre le jour naissant :
Alors sans doute, après bien des vicissitudes. Après d'autres excès et d'autres servitudes, La raison, qui poursuit son céleste chemin. Resplendira sans ombre aux yeux du genre humain.
LOUVET
Fort bien ; mais laissons là l'éclat du beau langage. Que ferez- vous, Vergniaud , si le combat s'engage?
VERGNIAUD
Ce que j'ai fait répond de ce que je ferai.
Je ne provoque pas un choc prématuré;
Non. Je ne puis moi-même assumer sur ma tête
Les malheurs imprévus d'une telle tempête.
Et je vous prie, au nom du salut de l'État,
De réfléchir avant d'engager le combat.
Mais si, contre mon gré, l'un de vous le hasarde,
Vous me verrez alors combattre à l'avant-garde.
Comme du premier coup vous aller tout jouer,
Il ne s'agira plus que de me dévouer.
Et de prouver, à ceux que ma prudence étonne.
Que j'ai craint pour la France et non pour ma personne.