J .\ AUTRE
(hioi !
\l VI) V M E DE lîRETTE V I L F, E .
Qu'est-ce donc?
CHARLOTTE
C'est que Catilina Exile en ce moment Gicéron du sénat ; (Hie nous sommes trahis; que la gironde est morte: ()ue l'émeute est maîtresse, et que Marat l'emporte! C'est qu'il n'est plus d'abri, plus de loi, plus de Irein ! C'est qu'on peut tout oser! — Marat est souverain.
MADAME DE BRETTEVILLE
Ai) ! mon Dieu !
i\ul de nous n'est sur de vivre une heure. Tant ({ue Marat vivra, que chacun tremble et meure!
MADAME DE BRETTEVILLE
0 ma lille, il faut donc bien vite t' éloigner!
Voici mon vieil ami qui va t' accompagner.
J'ai des parents à Londre, où l'on t'olïre un asile :
Va; — fais cela pour moi qui mourrai plus tran([uille.
CHARLOTTE
Mais vous-même, ma tante?
MADAME DE 15RETT E V 1 LLE
Oh! moi, je resterai.
CHARLOTTE
Je reste donc.
MADAME DE 15 R E TT E V 1 L LE
J'entends, et je te sais bon gré; Mais je n'accepte pas un dévoûment funeste.
CHARLOTTE
Eh bien, c'est par plaisir, ma tante, que je reste.
MADAME DE I5R ETTE V I L LE
Par plaisir !
Le combat va s'engager; j'attends.
— Il me plaît d'assister au choc des combattants.
MADAME DE RRETTEVILLE.
Peux- tu ])ien , mon enfant, te plaire à ces alarmes!
LE VIEUX GENTILHOMME
Pour des yeux féminins j'en comprends peu les charmes. La guerre des partis n'est pas de ces toui-nois Où les dames trouvaient un spectacle courtois.
CHARLOTTE
Non ! Il ne s'agit pas d'une joute frivole , Pour la couleur d'un nœud ou d'une banderole. Voici d'autres combats et d'autres passioirs ! 11 s'agit aujourd'hui du sort des nations.
— En avant! Mon cœur bat de crainte et d'espérance.
— Vive la liberté ! — Dieu délivre la France ! Je vois fuir les tyrans; je vois, jour glorieux! Le drapeau girondin flotter victorieux !
MADAME DE RHETTE VILLE, au vieux gentilliommo.
Que vous avais -je dit!
ACTi'] i)i:r\ii:Mi;. 27
LE V I 1: IJ X (; 1: \ 1 l I, II 0 M M E.
Laissez, iiiadenioiscllc , Laissez les girondins, indignes de ce zèle; (iuel intérêt pour nous a leur triste débat? Par l'émeute élevés, l'émeute les abat.
Profond enseignement aux modernes systèmes. Que tous ces révoltés s'entr' égorgeant eux-mêmes! — Mais, puisque les combats vous semblent familiers, Venez ; vous trouverez de loyaux chevaliers , Dont on a toujours vu flotter le blanc panache Au sentier de l'honneur, sous le drapeau sans tache.
CHAR 1,0 rri:.
De loyaux chevaliers, contre la France armés!
LE VIEUX GENTILHOMME
.Non ; contre les tyrans des Français opprimés.
cil A RLor T E.
Oui vont livrer la Franc;:" à ceux qui l'envahissent!
LE VIEUX GENTILHOMME
()in vont la délivrer de ceux qui la flétrissent.
CHARLOTTE
(Jii'ils soient punis ceux-là, mais par d'autres movi-iis! Qu'ils soient punis, chez nous, par des concitoyens; Et n'introduisez pas dans les guerres civiles L'étranger qui n'y vient- que pour prendre nos villes I
LE VIEUX GENTILHOMME
i^ar un pire fléau noiKS sommes envahis, La liberté, — voilà l'ennemi du pays.
CH A R LOT TE
La liberté !
LE VIEUX G E N T l L II O M M E .
Voyez en quel état nous sommes !
276 CllAU LOTTE CORDA Y.
eu A IILO TTE.
Ah! ne l'accusez pas de la fureur des hommes !
L li VIEUX G E X T I L U () M M E .
Ouels forfaits monstrueux n'a-t-elle pas commis!
(; UAR LOTTE.
(}uel culte n'a pas eu ses Saint-Barthélemys!
LE VIEUX GENTILLIOMME.
(}uoi ! pour des assassins vous prenez la parole !
C, Il A u LOTTE.
.le les hais plus ({ue vous tle souiller mou idole.
MADAME DE BRETTEVILLE
Tu n'as jamais été si vive en tes propos, Charlotte; ton esprit a besoin de repos.
— Aussi bien il est tard. Par delà sa durée Nous avons aujourd'hui prolongé la soirée.
Elle se lève ; tous se lèvent comme elle et sortent A droite, après l'avoir saluée. — Madame de Brotteville embrassant C'iiarlottc sur le front :
Bonne nuit, mon enfant. — La nuit porte conseil; Nous parlerons encor de Londre, à ton réveil.
Elle sort par la gauche, appuyée sur Marthe et conduite par Charlotte.