‹ Œuvres complètesChapitre 38 sur 237 · ACTI-: DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTI-: DEUXIEME

Ah! je gouvernerai!... l'aiTèt du sort est clair;

Et puis je sens monter un orage dans l'air.

Tarquin veut tout soumettre au niveau qu'il promène;

11 courbe avec effort la noblesse romaine ,

Et, si quelques sommets tendent à s'exhausser,

Il abat chaque front qu'il ne peut abaisser.

Telle envers le sénat parut sa politique ,

Quand, ce corps invoquant son privilège antique,

L'usurpateur jaloux fit taire ses griefs

En le décapitant de ses plus nobles chefs.

Mais contre lui s'amasse une colère sombre.

Sous la soumission la haine croît à l'ombre,

Et, quoiqu'on obéisse enfin sans munnurer,

Qui ne murmure plus est près de conspirer.

— Oui, Lucrèce a dit vrai, quelque chose s'apprête; Vienne une occasion , vienne un homme à lem* tête , Et les patriciens, mal fléchis par les rois,

Sauront se redresser pour ressaisir leurs droits.

— Et cet homme, c'est moi, qu'attend l'honneur suprême De venger mon pays, et mon père, et moi-même, D'affranchir l'avenir, de punir le passé ,

Et de glorifier mon surnom d'insensé !

— Patience! les jours n'ont pas atteint leur borne; On n'est pas furieux encore, on n'est que morne. C'est un calme inquiet, semblable à cette horreur ()ui de l'éther tonnant précède la fureur.

La menace des cieux attend qu'un vent 1" allume. Sommeillez jusque-là, foudres, sur mon enclume! Noble sang des aïeux, qui me gonfles le cou, Redescends indigné dans les veines du fou !

— Et toi, Rome que j'aime et que souvent j'invoque, Rome, à qui je médite une fameuse époque,

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Rome, à qui je promets, si j'arrive au pouvoir, Des grandeurs que tes rois n'oseraient concevoir! Quand il sera besoin , à tes destins prospères J'olTrirai tout le sang que je tiens de mes pères; J'olTre ma patience en attendant. Reçois Cette libation des afTronts que je bois. — D'ailleurs, je suis plus fort contre le vieil outrage. Aux pleurs de la pitié j'ai trempé mon courage ; Cette source, nouvelle à mon front étonné, A lavé sa souillure et l'a rasséréné.

Je m'apprivoise au lit de fange où je me vautre. Je ne vois mes afl'ronts que connne ceux d'un autre. Et j'ai besoin tantôt, non pas de me dompter. Mais de me battre exprès les flancs pour m' irriter. Oh! qu'un mot bienveillant apaise de colère Au Cd'ur d'un malheureux!

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