‹ Œuvres complètesChapitre 42 sur 237 · ACTE UI-UXli:.ME · texte numérisé non relu

ACTE UI-UXli:.ME

Elle vainquît sans cesse au prix de son salut.

Alors il était bon qu'une forte puissance

Aux insubordonnés apprît l'obéissance,

Et, pour mieux faire face au péril imminent,

Doublât la résistance en la disciplinant.

La grandeur du danger tenait l'àme en haleine.

Et nourrissait ainsi la fierté sous la gène ;

Le guerrier respirait dans le sujet soumis.

— Mais Rome a triomphé de tous ses ennemis.

Et, ne combattant plus pour sauver ses murailles,

N"a plus la même ardeur à gagner des batailles.

Cette sécurité, dans laquelle on s'endort.

Rend les esprits trop mous, et le pouvoir trop fort.

Depuis qu'il ne sert plus la défense commune.

Le sceptre n'a servi que sa propre fortune;

Affranchi du péril de nos rivaux anciens.

Il s'essaye à présent contre les citoyens.

Son audace s'accroît du peu de résistance ;

Rome, trop tôt sauvée, a perdu sa constance.

Et, façonnée aux lois, n'a même plus au cœur

D'un peuple impolicé la sauvage vigueur.

Partout, dans nos maisons, nos repas, nos costumes,

S'étalent la mollesse et l'oubli des coutumes.

Le manteau militaire est trop lourd pour nos bras ;

La ceinture elle-même est presque un embarras;

La pierre des palais succède aux murs de terre

Qui des rudes aïeux fermaient la chambre austère.

Toute force s'énerve en ce relâchement ,

Et, de notre déclin signe plus' alarmant !

Cette vertu qui fuit longtemps après les autres,

La pudeur de la femme a péri chez les nôtres.

Enfin Rome se meurt, si, par un brusque elïort,

82 LUCRECE

Une crise ne vient l' arracher à la mort. — Pour la régénérer et lui redonner l'ànie, De son orgueil éteint pour rallumer la llamme, Pour qu'elle sente en soi florir sa puberté , Il n'est qu'un seul moyen, — et c'est la liberté. Cette seconde ardeur remplaçant la première, Rome redeviendra tout énergique et fière. Elle eût été chétive , esclave de ses rois ; Libre, elle soumettra l'Italie à ses lois.

VALÈRE

Donc, tu prétends qu'ici règne la multitude?

BRUTE

Non, non; ce nous serait une autre servitude.

Le peuple turbulent, qui suit sa passion.

Est une proie acquise à chaque faction.

Celui qui sait le mieux flatter l'aveugle masse ,

Entraîne son suiïï-age , et gouverne à sa place ;

Et les ambitions, mises en mouvement.

Ne produisent que trouble et que déchirement.

Laissons les sénateurs exercer leur tutelle ;

A nos patriciens laissons leur clientèle.

Il convient d'élever, par -dessus tous les fronts,

Des hommes que leur rang désigne pour patrons,

Afin qu'en de tels choix le bas peuple consulte

Cet indice éclatant plutôt que le tumulte.

Conservons, en un mot, ce qui fut autrefois.

Je ne veux rien changer à Rome que les rois.

VALÈRE

Poursuis.

BRUTE

J'ai visité le pays des Hellènes, Fréquenté ceux de Delphe, et de Sparte et d'Athènes,

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