ACTE QUATRIÈME
A-t-on vu Collatln? Parle-t-on de combats? Combien vont à la guerre et n'en reviennent pas! Quand donc Janus fermé, qui repeuple les villes, Rendra-t-il leurs époux aux épouses tranquilles?
LA NOURRICE
Pourquoi vous alarmer? Croyez-moi, chère enfant,
Yous reverrez bientôt Collatin triomphant.
Il reviendra, chargé d'une opulente proie
Qui fera vivre ici l'abondance et la joie.
Romulus le protège; et d'ailleurs les combats,
Peu dangereux aux chefs, ne le sont qu'aux soldats.
LUCRÈCE
Ah ! cet espoir est bon quand le chef est un lâche ; Mais Collatin n'est pas un homme qui se cache , Et, de son déshonneur se faisant un rempart. Abrite au dernier rang son prudent étendard. Il est chef pour se battre à la place première ; A lui, plus qu'au soldat, la guerre est meurtrière; Et moi-même, après tout, j'aimerais mieux le voir Noblement mort, qu'en vie et traître à son devoir.
— Hélas! c'est ce qui fait mon orgueil et ma crainte. De noirs pressentiments je me sens l'àme atteinte; Des présages affreux viennent m'épouvanter.
— Nourrice, écoute bien,, je vais tout te conter.
LA NOURRICE
Dites, ma chère enfant. Jamais ceux qui sont sages Ne doivent, en effet, mépriser les présages.
LUCRÈCE
Hier, toute la nuit, une chienne a hurlé.
LA NOURRI CE
C'est un sime de mort.
MO LUCRECE
LUCRÈCE
Et les vents ont sifïlé, Et leurs funèbres voix, se traînant par la plaine, Gémissaient, par moment, comme une voix humaine.
LA NOURRICE
C'est un signe de deuil. ,
LUCRÈCE
Et, quoiqu'en plein hiver.
Dans le ciel a passé la rougeur d'un éclair.
LA NOURRICE
C'est un signe de sang.
LUCRÈCE
Signe trop manifeste !
Je recevrai bientôt un message funeste.
LA NOURRICE
Non, non, pour Collatin vous craignez sans sujet. Présente est la menace et présent son objet.
— Nous protègent les dieux! Ici, c'est ici même Que sur quelqu'un de nous plane l'heure suprême.
LUCRÈCE
Ce matin , je sortais de ma chambre , et soudain La porte que j'ouvrais, me repoussant la main, Sans que par aucun vent elle parût chassée, S'est fermée; et j'en fus au pied gauche blessée.
LA NOURRICE
Evitez de sortir. Ce choc doit présager
Que c'est par le dehors que viendra le danger.
LUCRÈCE
Ah ! pour fuir le danger, il n'est point de retraite ; Il pénètre avec nous dans la maison secrète.
— Écoute encor. J'ai fait un songe cette nuit. Sinistre, et dont l'horreur profonde me poursuit.