‹ Œuvres complètesChapitre 68 sur 237 · LUCRÈCE, SEXTUS · texte numérisé non relu

LUCRÈCE, SEXTUS

LUCRÈCE

J'écoute maintenant.

SEXTUS

Fortuné Collatin!

Votre cœur bat au bruit de son danger lointain ; 11 est assez payé des fatigues des armes. Vainqueur, par votre orgueil , ou , blessé , par vos larmes. Gomme j'échangerais tout l'appareil des rois Contre ce simple habit que lui filent vos doigts! S'il m'eût été donné d'avoir son bonheur rare. Comme j'en jouirais en possesseur avare! Ce ne serait pas moi qu'on verrait employer, Dans les loisirs des camps, les jours dus au foyer.

LUCRÈCE

Un Romain doit aller où Rome le demande, Sextus, et tout quitter quand le pays commande.

416 LUCRECE

Ainsi fait Gollatin , et c'est clignement fait.

— Mais ne parliez- vous pas d'un message!

SEXTUS

En effet. — Je m'en souviens. — J'avais perdu toute mémoire ; Car je suis plus troublé que vous ne sauriez croire.

— 0 Lucrèce ! J'admire et j'envie à la fois

Et tout ce que j'entends et tout ce que je vois :

Cet aspect imposant du vestibule antique,

Familier à Yesta , la déesse pudique ;

Ce foyer solitaire , où nul bruit de gaîté

Des lares paternels n'émeut la gravité;

Ces corbeilles , ce lin , la lampe sérieuse

Qui dérobe au sommeil l'heure laborieuse,

Cependant que Pallas, assise près de vous,

Contemple vos travaux avec un œil jaloux.

Et craint , en vous voyant et si jeune et si belle ,

Que l'on n'adore un jour une Pallas nouvelle.

— Que vous dirai -je enfin? Plein d'un respect pieux, Je me crois dans un temple occupé par les dieux,

Et vous m' apparaissez, dans la foule divine, Comme une reine auguste, et dont le front domine.

LUCRÈCE

Mais mon mari, Sextus? Vous venez en son nom; Parlez de mon mari; que veut -il?

SEXTUS

Eh bien, non.

— Je ne viens pas pour lui.

LUCRÈCE

Que venez-vous donc faire?

Et que m'avez-vous dit?

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