IX. — BALLADE
Las ! je me plains d'amours et de ma dame, Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté; Et oultre plus, je me plains d'une femme Qui contre moy a le conseil donné Dont j'ay déjà tant de mal enduré Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye. Aller criant, comme tout forcené :
Je hez ma dame que tant aymer souloye.
Car se pitié son très doulx cueur n'entame A me donner ce que j'ay désiré, J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infâme. Tout hors de sens et si desespéré Qu'après ma mort il en sera parlé Plus loin dix fois que d'icy en Savoye, Et lors diray pour plus estre blasmé : Je hez ma dame que tant aymer souloye.
Se je le dy, je jure sur mon ame
Que ce sera contre ma voulenté.
Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame
A celle lîn qu'il ne soit raporté.
Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé
ŒUVRES DE FRANÇOIS VILLON igo
Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye
Avant que j'eusse ne dit ne proféré :
Je hez ma dame que tant aymer souloye.