‹ Œuvres complètesChapitre 14 sur 74 · MARINO FALIERO. — PRÉFACE · texte numérisé non relu

MARINO FALIERO. — PRÉFACE

riches familles de l'Europe. L'élendue avec laquelle j'ai traité ce sujet, prouve tout l'intérêt que j'y porte ; que j'aie réussi ou non dans la tragédie, j'aurai du moins transporté dans notre langue un événement historique digne d'être conservé dans la mémoire des hommes.

Je médite cet ouvrage depuis quatre ans ; avant d'en avoir scrupuleusement examiné tous lis détails, j'étais assez porté à lui donner pour fondement la jalousie de Faliero'; mais, voyant que cette interprétation n'avait aucun fondement historique, et que la Jalousie est une passion épuisée au théâtre, je lui ai donné une forme plus historique. J'y fus en outre engagé par feu Maltliew Lewis, que je vis à Venise en 1817 : — « Si vous le représentez comme jaloux, » dit-il, « rappelez-vous que vous aurez à lutter contre des réputations déjà faites, sans parler de Shakspeare et des objections tirées de l'épuisement de ce sujet. Laissez au vieux doge son caractère ardent, qui vous soutiendra dans votre marche s'il est bien des-iné, et faites votre pièce aussi régulière que possible. » Sir William Drummond me donna à peu près les mêmes conseils. Ce n'est pas moi qui puis décider si je me suis plus ou moins rapproché de leurs instructions, ou si elles m'ont été plus utiles que nuisibles. Je n'ai aucun projet pour le théâtre ; peut-être dans son état actuel n'offre-t-il pas un grand sujet d'ambition. J'ai été trop longtemps derrière le rideau pour jamais songer à me faire jouer ; je ne puis concevoir qu'un homme d'un caractère irritable se mette à la merci d'un auditoire. Le lecteur dédaigneux, le critique railleur, les traits amers d'une revue, sont des calamités éparses et éloignées ; mais les trépignements avec lesquels un auditoire éclairé ou ignorant accueille une production qui, bonne ou mauvaise, a été pour l'écrivain un long travail mental, voilà un supplice palpable et immédiat augmenté encore par le doute où l'on est de la compétence de ses juges, et par la certitude de l'imprudence que l'on a commise en les acceptant pour tels. Si j'élais capable décrire une tragédie que l'on Jugeât digne d'être représentée, le succès me causerait peu de plaisir, et une chute beaucoup de peine : c'est pour cette raison que tout le temps que j'ai fait partie du comité dun de nos théàlres, je n'ai jamais cherché à me faire jouer, et je ne le ferai jamais ; mais assurément il y a des talents dramatiques dans un pays où existent Joanna Baillie, Millman et John Wilson 3. La Ville de la Pesie et la Prise de Jérusalem sont remplies du meilleur matériel pour la tragédie que l'on ait vu depuis Horace VValpole, si l'on en excepte quelques passages d'EUmald et de Momfori. C'est aujourd'hui la mode

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de déprécier Horace Walpole, parce qu'il était noble et homme du monde ; mais pour ne rien dire de ses lettres incomparables et du Château d'Olrante, il est VuUimus Romanorum, l'auteur de la Mère Mysiétieiise, tragédie du premier ordre, et non un drame d'amour larmoyant; il est l'auteur du [iremier roman et de la dernière tragédie de notre langue, et digne, assurément, d'occuper une place plus élevée qu'aucun autre auteur de nos jours, quel qu'il soit ♦. En parlant du drame de Marino Faliero, j'ai oublié de dire que dans mon désir, qui malheureusement n'a pas été réalisé, de me préserver de l'irrégularité justement reprochée au théâtre anglais, j'ai été amené à représenter la couî^piration comme déjà formée lorsque le doge y accède, tandis qu'en réalité ce fut lui qui la prépara avec Israël Bertuccio. Les autres caractères (excepté celui de la duchesse), les incidents et presque le temps de l'action, qui fut exlraordinaircment court, si l'on songe à la grandeur d'une pareille entreprise, tout est strictement hi.4orique, si ce n'est que toutes les réunions eurent lieu dans le palais; mais je voulais montrer le doge au milieu de la troupe, des conspirateurs, au lieu de l'encadrer dan> un dialogue monotone, toujours avec les mêmes individus. Quant aux. faits hiàloriques, on peut consulter l'aiipendicc.

HARiNO FAllERO^.

PERSONNAGES

HOUUES.

MARINO FALIERO, doge de Venise.

BERTUCCIO FALIERO, neveu du doge.

LlONl, patricien et sénateur.

BENINTENDE, président du Conseil des Dix. MICHEL STENO, l'un des trois capi des Quarante. ISRAËL BERTUCCIO, comniaudant de l'arsenal, PHILIPPE CALENDaRO, vr • , ..

DAGOLINO, > Conspirateurs.

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