LE DIFFORME TRANSFORMÉ. — NOTES
comprends parfaitement maintenant pourquoi ma tante et ma sœur sont si intimement convaincues que j'en suis l'auteur. Si vous me connaissiez aussi bien qu'elles me connaissent, vous seriez peut-être tombé dans la même méprise. » B.
« Ce n'est point d'ailleurs une supposition extraordinaire, dit Waltcr Scott, que celle d'un être vivant dans la solitude, poursuivi par la conscience de sa difformité, et se croyant l'objet des railleries de tout le monde. Ce personnage a existé. Le nom de ce pauvre infortuné était David Ritchie, natif de Tweed-Dale. Il était fils d'un laboureur, et devait être né avec son infirmité, quoiqu'il l'attribuât à de mauvaises habitudes prises dans l'enfance. Il était fabricant de brosses à Edimbourg, et avait voyagé dans plusieurs villes, se livrant à son industrie; mais il avait été chassé de partout à cause de la répugnance universelle qu'excitait sa difformité. »
8 La mère de lord Byron, dans ses accès de mauvaise humeur, faisait de la difformité de son fils l'objet de ses railleries et de ses reproches; elle passait subiteraent(comme nous l'apprenons par une lettre de ses parents d'Ecosse ) des caresses les plus passionnées à l'antipathie et au dégoût, puis le dévorait de baisers, et jurait qu'il avait les yeux aussi beaux que ceux de son père. Quarteuly Review.
* Cette accusation est aujourd'hui reconnue fausse, la petitesse de la bouche de l'animal ne lui permettant pas de commettre le crime dont on l'accuse. Si l'on veut lire une amusante controverse à ce sujet, on peut consulter le Gentleman's Magazine, vol.LXXX et LXXXl.
6 C'est une croyance allemande très connue que cette ombre gigantesque sur le Brocken. Le Brocken est la plus haute des montagnes de Hartz, dont la chaîae pittoresque s'étend dans le royaume de Hanovre. Depuis l'époque des traditions les plus reculées, le Brocken a été le théâtre du merveilleux. Pour de plus amples renseignements sur le phénomène auquel lord Byron fait allusion, voyez sir David Brewster, Magie naturelle, p. 128.
6 Dans l'un des journaux de lord Byron, on lit ; « Alcibiade fut, dit-on, JiCureux dans toutes ses batailles; mais quelles sont les batailles d'Alcibiade ? qu'on me les indique. Quand vous citez César, Annibal, Napoléon, on trouve sur-le -champ Pharsale, Munda, Alesia, Cannes, Thrasymène, Hebra, Lodi, Wagram, Marengo, léna, Austerlitz, Friedlaud, Moskowa. Mais il est moins facile de découvrir les victoires d'Alcibiade, comme l'on rattache Leuctres et Mantinée au nom d'Épaminondas, Marathon à celui de Miliiade, à Salamine celui de Thcmistoclc, les Thermopyles à celui de Léonidas; cependant, au total, il n'est pas de nom dans l'antiquité qui nous apparaisse environné de plus de charmes et de séduction que celui d'Alcibiade ; pourquoi ? je l'ignore ; qui le sait le dise. »
■J Les dehors de Socrate étaient ceux d'un satyre et d'un bouffon ; mais son âme était la vertu même, et il s'échappait de sa bouche des discours si éloquents et si divins, qu'ils perçaient le cœur de ses auditeurs, et leur arracUaiont des larmes. PtATON.
• La beaoté et le port de Démétrius Poliorcète étaient si inimitables, qu'aucun peintre ou statuaire ne pouvait obtenir sa ressemblance : c'était un mélange; de grâce et de dignité, quelque chose d'aimable et de sévère; la vivacité de la jeunesse était tempérée par la majesté du héros et du roi; il y avait dans toute sa personne une alliance heureuse qui plaisait et qui îniimidait. Dans ses heures de délassement, c'était le plus joyeux de tous les compagnons ; dans sa conversation, le plus délicat de tous les princes ; et cependant, fallait-il se montrer? rien n'égalait son activité. Entre tous les dieux, il paraissait surtout vouloir imiter Bacchus, et n'était pas seulement terrible à la guerre, mais savait faire succéder le repos aux combats, et répandre partout la joie et les plaisirs. Plutarque.
9 «Quelque imperfection que l'on ait en soi, dit iord Bacon, qui vous rende un objet de mépris, l'on a aussi un aiguillon qui vous révèle et qui vous pousse à secouer ce mépris; c'est pourquoi toutes les personnes difformes sont extrêmement braves, d'abord dans l'intérêt de leur propre dignité; puis, par la force des choses, ils sont plus perspicaces à découvrir les faiblesses des autres. Leurs supérieurs ne leur font point l'honneur d'en être jaloux, parce qu'ils croient pouvoir les dédaigner, et leurs compétiteurs les laissent en repos, ne voulant jamais croire qu'ils puissent parvenir, jusqu'à ce qu'ils le voient de leurs propres yeux; de telle sorte que, pour un esprit supérieur, une infirmité est un véritable avantage.»
10 Adam signifie terre rouge; c'est avec ce limon que fut formé le premier homme.
11 Suétone rapporte que la calvitie de Jules César fut pour lui une source d'amertumes, et que cet accident lui valut de nombreux sarcasmes de la part de ses ennemis. De tous les honneurs qui lui furent conférés par le peuple et le sénat, il n'en fut aucun qu'il reçut avec plus de satisfaction que le droit de porter tout le jour une couronne de lauriers.
1- Charles de Bourbon était cousin de François 1", et connétable de France. Ayant été persécuté par la reine mère pour avoir refusé l'offre de sa main, il passa au service de l'empereur Charles V.
13 On rapporte que Scipion l'Africain pleura à la vue de l'incendie de Carlhage, et récita un vers d'Homère. Il aurait mieux fait d'accorder la capitulation.
1* Se sentant mortellement blessé, Bayard ordonna à un des gens de sa suite de le placer sous un arbre, le visage tourné vers l'ennemi. Alors, les yeux fixés sur la garde de son épée, qu'il tenait embrassée en guise de croix, il fit sa prière et attendit avec calme le moment de la moi u
Histoire de Charles V, par Robertsoi».
15 Le 4" mai 1527, le connétable et son armée vinrent mettre le siège devant Rome; l'attaque commença le lendemain. Bourbon portait un habit blanc par-dessus son armure, afin, disait-il, d'être reconnu de ses amis et de ses ennemis. 11 guida l'armée au pied des murailles, et livra un assaut terrible, qui fut repoussé avec une égale vigueur. Voyant que son armée pliait, il saisit une échelle de la main d'un soldat, et se préparait à monter, lorsqu'il fut atteint d'une balle de mousquet, et tomba. Sentant
tE DIFFOHME ThANSrORMÉ. — NOTES. 381
qu'il était blessé à mort, il ordonna qu'on dérobât son cadavre à ses soldats, et expira sur-le-charap. Robertson.
16 «Levant mon arquebuse, dit Benvenuto Cellini, je la déchargeai hardiment sur un personnage qui dépassait les autres de la tète; mais le brouillard m'empêcha de voir s'il était à pied ou à cheval. Alors, me tournant vers Alessandro et Cecchino, je les engageai à faire feu, et leur montrai comment on pouvait échapper aux coups des assiégeants. Nous fîmes deux fois feu ; je m'approchai alors avec précaution des murailles, et j'aperçus qu'il régnait une confusion extraordinaire parmi les assaillants; nous avions atteint le duc de Bourbon. C'était, comme je l'appris depuis, le même que celui qui s'élevait au-dessus de tous les autres. » Mémoires de Cellini, Tol. II, p. -420.
'■J Le château Saint-Ange fut assiégé du 6 mai au 5 juin; pendant ce temps, la ville de Rome fut souillée par le meurtre, le pillage et tous les excès imaginables. Si l'on veut connaître les détails de ces scènes de violence on peut consulter le sac de Rome, par Jacopo Buonaparie, gentiluomo iamminiatese che vi se trovà présente, et la Vie de Cellini, vol. I.p. <24.