‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 21 sur 64 · LE MIRAGE-DU-LAC · texte numérisé non relu

LE MIRAGE-DU-LAC

Après avoir roulé quelques instants ces réflexions dans son esprit :

— Canaivîsh ! * dit-elle en s'adressant à l'impassible indien qui avait ('coûté la ronversation précédente

faites. Eh bien ! les voilà vaincus, tous les inventeurs des tables tournantes et des spiritual rappings ! les jongleurs des indiens infidèles peuvent leur servir de maîtres et leur montrer des choses plus surprenantes que celles qu'ils ont jamais connues. Tous nos grands magnétiseurs seraient également surpri.s de voir avec quelle facilité ces jongleurs manient le fluide magnétique, auquel je donnerai volontiers ici le nom de fluide diabolique."

* Expression sauvage qui répond au mot canvirade.

sans prononcer une parole, que dis-tu des présages du Canotier ?

Le sauvage sembla ne pas faire attention à cette demande et ne fit aucune réponse.

— Pourquoi la Grande-Couleuvre ne répond-elle pas quand la fille des visages pâles lui adresse la parole?

Il y eut encore un moment de silence.

Enfin le sauvage, dans son langage rempli de figures : A,. — Le Mirage-du- Lac qui dort ?ur les genoux delà

Fleur-des-Xeiges est plus beau que le nénuphar blanc des grandes eaux.

■• Le lac où se mirent la folle avoine et les roseaux du rivage est moins limpide que ses yeux, et son regard est plus brillant que l'étoile du soir.

'• Ses lèvres sont deux grappes de fraises mûres et ses dents sont des flocons de neige.

" Les lianes au printemps sont moins flexibles que sa chevelure.

■■ Aussi, quand la Fleur-des-Neiges contemple le jeune visage pâle, le sourire est-il sur ses lèvres et ses yeux sont-ils pleins de larmes de tendresse.

■■ La Fleur-des-Neiges serait-elle donc aujourd'hui lasse de la vie de son enfant ?

'■ Ne sait-elle pas que pour évoquer celle que la jeune oreille du Mirage-du-I/ac a entendue et que ses yeux ont vue, il suffit de prononcer son nom ?

LA JONGLEUSE lH

— Oh ! s'il n'y a que cela à craindre, reprit Mme Houel en souriant, tu jieux parler ; la Dame aux Glaïeuls n'est pas un esprit pour entendre du fond des bois la voix de la Grande-Couleuvre, quand ses paroles parviennent à peine à Toreille de la Fleur-des-Neiges.

— Puisque ma sœur le demande, reprit l'indien, la Orande-C'ouleuvre parlera; mais si ses paroles évoquent la Matshi Skouéou, la Fleur-des-Neiges ne pourra s'en prendre qu'à elle seule.

— La fille des visages pâles ne craint rien; son cœur €st tort comme celui du Tshinépick' !

— Quand la Fleuv-des-Neiges saura que la Matshi Skouéou serait prête à mettre en liberté toutes les peaux blanches captives chez les Iroquois pour pouvoir mettre la main sur l'enfant d'un chef des visages pâles, tel que le Mirage-du-Lac, son cœur sera-t-il aussi fort?

A cette terrible menace, Mme Houel tressaillit et pressa instinctivement contre son cœur le charmant enfant qui. insoucieux du danger, dormait tranquillement sur ses genoux.

Il ne parut pas même s'apercevoir de ce brusque

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mouvement ; car le contact de cette douce main lui était connu.

Et que peut craindre, en effet, l'enfant dans ce sanctuaire de l'amour maternel ?

L'hirondelle dans son nid redoute-t-elle le vent ou l'orage ?

L'enfant entre les bras de sa mère, n'est-ce pas la fraîche goutte de rosée cachée dans la corolle du lis?

Tant d'innocence et de pureté ne semblent-elles pas devoir écha[>per au malheur?

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