‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 31 sur 64 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le souvenir de cette tragique légende n'est pas encore efifacé de la mémoire des vieux narrateurs de la côte, bien que les détails qui s'altèrent, et les variantes qui se multiplient, la menacent, ainsi que toutes nos autres légendes, du linceul de l'oubli.

Déjà le crépuscule se fait autour de toutes ces vieilles souvenances, les contours s'évanouissent, et bientôt l'ombre va les envahir de toutes parts, si nous ne nous hâtons d'allumer le flambeau et de les arracher des ténèbres où elles s'enfoncent.

La légende de la Jongleuse nous a été racontée pour la première fois par un chasseur canadien, ancien pêcheur du golfe, vieil érudit très superstitieux, versé dans toutes les traditions de la contrée.

Comme monument historique qui consacre cet événement, une pointe, située à peu de distance du

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rocher témoin de la sanglante tragédie, porte encore le nom de " Pointe aux Iroquois.'^

Du reste, cette plage a de tout temps été mal famée et le nom de " Cap au Diable " donné à un promontoire qui s'avance dans la mer à quelques milles plus bas, n'est pas étranger au souvenir de la terrible Jongleuse.

Le prestige et le merveilleux dont la superstition populaire avait entouré cet être mvstérieux ne sont pas encore éteints, et plusieurs prétendent que les pistes de raquettes qui se voient incrustées sur un des rochers du rivage, ont été imprimées par ses pas.*

Les gens de la Pointe de la Rivière-Ouelle, dont le penchant pour les histoires merveilleuses est fort connu, affirment avoir souvent vu, le soir, des lumières courir çà et là sur la grève, et de grands fantômes blancs, qui ne sont pas du tout le revolin de la mer, errer pendant les gros temps sur les rochers au bord de l'eaii.

* Ces empreintes singulières sont encore parfaitement distinctes, quoique l'eau de la mer et la pluie les altèrent et les effacent peu à peu. Ces pistes de raquettes sont creusées sur le flanc incliné d'un rocher que baignent les flots pendant les grands vents et les hautes marées. On voyait encore, il y a quelques années, sur le même rocher l'empreinte très visible de la partie antérieure de deux pieds, ainsi que les extrémités de deux mains, disposées à peu près comme les traces que laisserait sur le sable un homme appuyé sur ses mains et sur ses pieds ; mais aujourd'hui les pistes de raquettes sont seules visibles.

D'ailleurs, ils sont bien sûrs d'avoir entendu des plaintes et des gémissements pendant les nuits d'orages; si bien qu'il n'est pas un homme parmi eux qui voudrait se hasarder à aller coucher seul au bout de la Pointe dans la vieille maison qui sert d'abri aux gens de la pêche aux marsouins.

Quant au lieu et aux circonstances de la mort de la terrible héroïne, on ne connaît rien de positif.

Les uns prétendent qu'elle a été brûlée par un parti de sauvages ennemis.

D'autres disent qu'un missionnaire fut un jour appelé auprès du lit de mort d'une jongleuse iroquoise qu'on prétendit être elle.

Ce qui s'est passé alors entre l'homme de Dieu et la farouche indienne, nul ne le sait.

Dieu avait-il exaucé la prière mourante de Mme Houel ?

Toujours est- il, ajoutent les chroniqueurs, que ces voix lugubres qu'on entend dans les ténèbres, fascinent ou glacent d'épouvante comme ses incantations d'autrefois.

Chacun alors se tait et écoute en tremblant.

Ce sont les plaintes de la Jongleuse, disent-ils tout bas, qui demande des prières. Disons-lui un Ave Maria.

Québec, mai 1861.

A mon ami A. Gérin-Lajuie

C'est à vous que je dédie ces vers qui n'ont d'autre mérite que d'avoir charmé quelques heures de longues années de maladie ; à vous dont la touchante sympathie m'a fait tant de bien à l'âme durant cette cruelle épreuve. Aussi s'adressent-ils moins au poète charmant, à l'esprit délicat, qu'à l'âme sensible, à l'ami de cœur qui vivra éternelleDient dans mon souvenir.

LA PREMIÈRE MESSE AU CANADA

Le si.xiesme iour du duciict moys vinsmes poser à vue ysle qui l'aict vue petite baj-e & couche de terre: Icelle ysle est vne moult bonne terre & grasse, jilaine de beaulx ifc grandz arbres de plusieurs sortes : it i-ntre autres y a plusieurs couldres franches. Et parce la noniasiiies l'ysle es couldres.

Lo septiesnif iovir dudict moys (de septembre,) iour ncstredame, après auoir ouy la messe, nous parlisme de ladicte ysle pour a;Ier a mont ledict fleu%'e.

Voyage dk Jacql'E-s Cartier (1535)

l'île ATX counRi;s

C'est une îl(^ 'h armante, un sauvage coteaa Qui baigne sa falaise et les franges humides De sa Y< rte parure aux pieds des Lanrentides ; On dirait un bouqui-t floltant au fil de l'eau.

Un peuple simple, aimant ses usnge.s antiques, Sa foi, ses souvenirs, ainsi que. des reliqups, Y vit heureux, en paix, sous le jong d'un pasteur Aussi bon que leur âme, aussi franc que leur cœur.

Voyez-vou=, à travers la forêt primitive, La flèche du clocher découpée en ogive ? De la prière c'est le doigt mystérieu.x ; A{)puyé sur la tombe, il leur montre les cieux.

LA PREMIERE MESSE AU CANADA

Quand la cloche argentine annonce le dimauche, Entrez avec la foule en ce temple fervent ; Vous sentirez votre âme attendrie en voyant De ce peuple naïf la piété si franche.

Eegrettez-vous les jours où riiopi^italit^ Accueillait sur le seuil tout passant arrêté ? De ces braves colons franchissez la demeure ; A leur table venez vous asseoir à toute heure. Vous croirez apporter avec vous le bonheur ; A vous le beau lit blanc et la place d'honneur. Mais savez-vous pourquoi j'aime ce coin de terre Autant que la paroisse où j'ai vu la lumière î C'est un récit suave, une légende d'or, Pure comme l'enfant, comme lui vierge encor.

l'arrivée de JACQUES CAKTIEB

Le grand Colomb venait de percer le mystère Qui depuis si longtemps A'oilait cet hémisphère Le roi de nos déserts, l'immense Saint-Laureut Couvrait, seul, notre sol de ses bras de géam. Et les muscles mouvants de sa puissante épaule N'avaient jamais porté que les glaces du pôle. Seul, l'enfant des forêts, poursuivant l'orignal. Foulait la tieur inculte et le sol virginal.

Par un beau soir d'été, l'on vit trois blanchps voiles Qui remontaient le fleuve aux clartés des étoiles. A leur étrange aspect, les farouches indiens Et les oiseaux de mer et les monstres marins, Surpris d'être troublés en leur paix si parfaite. Disparaissent soudain dans leur nombre retraite.

Les vaisseaux d'outre-mer glissent silencieux

Sous l'ombre des grands caps et des monts sourcilleux.

Un homme que la foi, que le génie inspire.

Est là, debout, pensif, sur l'avant du navire :

C'est le grand découvreur du Canada, Cartier,

Le délégué du ciel et du roi chevalier.

A côté de la croix, symbole d'espérance,

Il vient planter ici le drapeau de la Franc

LA JIESSB

L'aurore avait jeté sur les pas du snTeîI Sa corbeille de rose et son manteau vermeil. Lorsque les mariniers trouvèrent un asile Pittoresque et champêtre au rivage de l'île. Ce nouveau continent est un présent du ciel ; Et c'est là qu'aujourd'hui le marin immortel Veut en faire au Seigneur un hommage sublime En y faisant offrir l'adorable victime.

Un autel de feuillage et de mousse est dresse Au sommet du coteau, sur un tronc renversé. Au-dessus, un massif de coudriers et d'ormes, Ombrageant le rocher de leurs branches énormes, Ressemblent aux arceaux d'un temple naturel. Des lianes on voit les verdoyants cordages Retomber en festons au-dessus de l'autel, Et des cierges bénits, parmi les fleurs sauvages, Dont les pieuses mains du prêtre et des marins Ont jonché le sol vierge et les degrés divins. Sur les bras de la croix rustique se balance Un faisceau d'étendaids aux armes de la France.

LA PREMIERE MESSE AU CANADA 179

Cependant est venu le moment solennel, Et le prêtre gravit les marches de l'autel. L'équipage, vêtu de ses habits de fête, S'agenouille, et Cartier se prosterne à leur tête. Notre patrie a vu bien des jours glorieux, Mais jamais elle n'eut d'instant plus précieux. Le prêtre auguste et saint, avec la blanche hostie, Elève vers le ciel un regard qui su]oplie. Pour la première fois en ce pays nouveau Est offerte la chair et le sang de l'Agneau. Le tlot attentif baise avec respect la plage, Et la brise au rameau suspend son doux ramage. Car ce vaste désert est devenu sacré, Depuis que du Sauveur le sang l'a consacré. La France américaine, en ce moment suprême, A reçu l'onction de son premier baptême.

Et Cartier crut ouïr, dans les hauteurs des cieux, Joint à la voix du prêtre, un chant mystérieux : C'était l'hymne d'amour et de reconnaissance De la terre et des mers chantant leur délivrance. C'était la sainte voix de leur ange gardien Qui priait au berceau du peuple canadien.

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