CHAPITRE NEUVIÈME
Maladie dp la môre de Saint-Aiiprustin — Sa mort — Miracles obtenus par son intercession — Translation de ses restes.
Au mois d'avril de l'aimée 1668, il y avait vingt ans révolus que la mère Catherine de Saint-Augustin était partie du monastère de Baveux pour venir se consacrer à la mission du Canada. Durant cet intervalle, Dieu l'avait conduite par des voies extraordinaires, telles qu'on en voit peu d'exemples dans la vie des saints. Son existence avait été une suite d'extases presque continuelles. Au milieu des occupations même les plus distrayantes qu'elle remplissait avec une parfaite exactitude, son âme descendait à peine des hauteurs inaccessibles qu'elle habitait.
Voici maintenant venir le jour où cette union avec le inonde invisible va se consommer et où elle va être admise à contempler sans voile les merveilles qu'elle avait entrevues durant sa vie.
Le 20 d'avril,, elle fut prise d'un crachement de sang dont les suites n'eurent, en apparence, rien de
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bien grave. On crut à une indisposition passagère, et on lui laissa reprendre l'exercice de ses fonctions habituelles ; mais d'autres symptômes alarmants se déclarèrent : une fièvre violente, accompagnée de grandes douleurs de poitrine, fit craindre quelques lésions organiques, ou la rupture de quelques vaisseaux intérieurs.
Rien ne fut épargne pour soulager la chère malade, sur laquelle on veillait comme sur la prunelle de l'œil ; car la mère de Saint- Augustin était autant aimée pour ses attrayantes qualités qu'admirée et vénérée pour ses sublimes vertus. Les remèdes parurent d'abord triompher du mal : d'ailleurs l'austère religieuse ne laissait apercevoir de ses souffrances que ce qu'elle ne pouvait absolument cacher. On commençait à se réjouir de son rétablissement et à se flatter de la conserver encore longtemps, lorsque le 3 de mai, fête de l'Invention de la sainte Croix, qui était le jour de sa naissance, pendant qu'elle se préparait, selon sa coutume, à célébrer cet anniversaire par de grandes dévotions, elle sentit tout à coup ses forces s'évanouir, et le mal reparaître avec une intensité qui faisait présager une issue fatale. Ses compagnes consternées la conduisirent à l'infirmerie, où elle prit immédiatement le lit.
Dès ce moment, elle comprit que Dieu l'appelait à lui et qu'il exigeait les acrifice de sa vie. La mère de Saint-Augustin, qui depuis longtemps était morte tout entière à elle-même, fit sans peine ce dernier
sacrifice. Elle ne songea plus qu'à sanctifier ses souffrances et à se préparer à paraître devant Dieu. Comme la lampe qui jette une lueur plus vive avant de s'éteindre, toutes ses vertus prirent un éclat qui n'avait jamais paru aussi admirable.
En entrant à l'infirmerie, elle avait supplié la mère Marie des Champs de Saint- Joachim de ne la jamaiconsulter sur ses goûts, ni sur ses besoins, afin de lui laisser l'occasion de pratiquer en tout la sainte obéissance.
" Jamais, raconte la mère de Saint-Bonaventure. jamais elle ne refusait rien de ce qu'on lui présentait, que'.ijue dégoût qu'elle en pût avoir. Sa soumission, sa patience et son humilité furent mises en toutes façons à l'épreuve. Tout lui était agréable pourvu qu'il ne vînt point d'elle. Nous n'avons pu remarquer en elle la moindre ombre d'imi^atieuce pendant toute sa maladie : le peu d'estime f^u'elle avait d'elle même lui faisait recevoir les petits services que chacune de nos sœurs lui rendait, avec des sentiments d'une si grande reconnaissance qu'on eût dit qu'elU; s'estimait indigne que l'on pensât à elle."
A ses douleurs corporelles qui étaient excessives se joignirent de grandes peines intérieurer. On a vu que très souvent la mère de Saint-Augustin s'était offerte en victime pour les pécheurs et pour les âme-y du purgatoire. Dieu avait eu cette offrande pour agréable, et lui avait souvent fait sentir les rigueurs de sa justice en expiation des péchés d'autrui. Il
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voulut encore, pendant sa maladie, l'éprouver par de grands délaissements, afin d'achever de purifier et de sanctifier cette sainte victime.
" Il faut avouer, dit à ce sujet le Père Chastellain. son confesseur, que sa maladie a été un exercice continuel de patience, accompagné d'un sentiment admirable de pénitence qu'elle faisait et qu'elle offrait pour les péchés d'autrui. Quoiqu'elle fît, selon sa coutume, tous ses efforts pour ne faire rien paraître qu'à moi de semblables pratiques, toutefois quelques personnes s'en aperçurent. Elle me dit une fois : Ne puis-je pas dire à la divine Majesté comme Jol> : Mirahiliter me crucias, Seigneur, vous me crucifiez merveilleusement ? En ce moment elle était attaquée d'une épouvantable tentation de désespoir; la divine Justice lui paraissait comme implacable à cause des péchés d'autrui dont elle s'était chargée. Alors elle joignait les abandons qu'elle sentait avec les adorables abandons de Jésus-Christ et elle disait avec lui: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonnée?
Le Père Chastellain ajoute que Notre-Seigneur appesantissait ainsi sa main sur sa servante, sans doute en expiat'on des péchés de deux personnes d'importance dont elle s'était chargée, et qui lui avaient été recommandées par son supérieur ecclésiastique, Mgr de Laval.
Cependant la maladie f.iisait de rapides progrès : la fièvre qui consumait la suinte malade allait toujours croissant et son extrême faiblesse faisait présager que
sa fin ne pouvait être éloignée. Le Père Chastellain fut appelé pour lui administrer les derniers sacrements, qu elle reçut avec une parfaite lucidité d'esprit et avec un renouvellement de ferveur.
Dès qu'une Hospitalière pouvait se dérober à ses occupations, elle s'empressait de venir la visiter pour lui rendre quelques services, s'édifier auprès d'elle et lui recommander ses intentions, lorsqu'elle serait au ciel. Qu: nt "i la mère supérieure, Saint-Bonaventure, elle ne quittait guère l'infirmerie que pour aller se prosterner au chœur, afin d'implorer le ciel de lui conserver encore la sainte du monastère.
Le soir du jour où elle fut administrée, vers l'heure (le minuit, on la leva de son lit où elle avait de la peine à resjnrer, et on la fit asseoir dans un fauteuil près de la cheminée. Elle y fut saisie d'un long évanouissement, durant lequel on crut qu'elle allait trépasser. Le pouls avait cessé de battre et la respiration était à peine perceptible. La lumière de la lampe qui donnait sur sa figure faisait voir la pâleur de la mort répandue sur tous ses traits.
La communauté accourut pour recueillir son dernier soupir et se mit à réciter les prières des agonisants. Cependant peu à peu elle revint de cet évanouissement et reprit l'usage de ses facultés.
" Durant l'espace d'un bon quart d'heure, raconte la mère de Saint-Bonaventure, ses yeux restèrent attachés fixement au ciel en la manière d'une personne fort appliquée. Toute notre communauté était
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très attentive à la considérer en cet état que nous jugions n'être pas ordinaire. Nous croyions avec probabilité qu'elle recevait en ce transport de son esprit une parfaite connaissance de sa mort, car revenant un peu à elle-même, et ayant un plein usage de ses sens, elle dit d'une voix claire et intelligible en parlant à Dieu : J^adore vos divines perfections, ô mon Dieu. J^adore votre divine justice, je m'y abandonne de tout mon cœury
Cet acte de soumission fut le terme de ses souffrances. Il se fit dans tout son être une réaction soudaine qui suspendit tout sentiment de la douleur et la laissa dans un état de bien-être semblable à celui d'une personne en parfaite santé. Notre-Seigneur voulut bien lui donner, avant sa mort, comme un avant-goût de cette impassibilité dont son corps glorieux jouit dans le ciel.
" Se tournant vers notre communauté, avec un visage fort gai et un renouvellement de forces qui nous semblait fort extraordinaire, elle demanda quelle heure il était. On lui répondit qu'il était trois heures. — Voilà qui est bien, reprit- elle, entre cinq et six heures il y aura du changement dans notre état ; mais cependant je suis guérie. On vient de me dire que tous mes maux sont passés, que tout est fait, qu'il n'y a plus de douleurs.
" Ce qui parut admirable, c'est qu'elle n'avait plus, en effet, aucune apparence de mal, pas même la moindre altération du pouls. Se tournant vers
moi, elle me dit d'un air souriant : " Vraiment, notre mère, il ne faut pas être ingrat d'un bienfait reçu. Je vous prie de me faire donner notre robe, pour aller au chœur, remercier Dieu de ses grâces." Je lui répondis que ce serait pour une autre fois. " Et bien donc, ma mère, répliqna-t-elle avec douceur, puisque vous ne le jugez pas à propos, je le veux ainsi. Mais chantons donc, s'il vous plaît, le Te Deum." Elle l'entonna elle-même de sa belle et ravissante voix, avec une force extraordinaire. Toute la communauté poursuivit l'hymne avec elle, jus qu'au verset : In te, Domine, speravi, non confundar in xternum, qu'elle répéta trois fois. La prière finie, elle nous dit que c'était tout de bon qu'elle était guérie, et qu'elle ne ressentait aucune incommodité. '' Pour vous faire voir que je dis vrai, ajouta-t-elle, donnez-moi à manger, car j'ai bon appétit." On lui apporta un bouillon qu'elle prit en disant, avec un sourire, que ce n'était pas assez pour une personne qui se portait bien.
*' Peu de temps après, elle demanda à se coucher afin de se reposer ; elle renvoya gracieusement nos pensionnaires qui, par amitié pour elle, avaient veillé comme nous. Quand elle fut au lit, on se retira tout consolé, dans la pensée qu'elle allait jouir d'une parfaite santé. Comme il était près de cinq heures et demie, on alla au chœur dire l'office; la supérieure resta auprès de la malade avec les infirmières et le Père Chastellain ; on la regardait fixement, n'osant
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se flatter qu'elle se portât mieux quoiqu'elle reposât avec la tranquillité d'une enfant. Un beau vermillon lui couvrait les joues et lui donnait un air d'embonpoint. Comme on craignait de l'éveiller, on gardait le silence ; mais l'infirmière ayant mis la main sur sa bouche, trouva qu'elle ne respirait plus.
La surprise de cette mort fut d'autant plus grande, que le changement extraordinaire survenu au der nier moment avait fait espérer contre toute espérance. La mère de Saint-Bonaventure surtout en fut anéantie; elle resta tellement suffoquée que, pendant plusieurs heures, elle ne put proférer une seule parole. Elle courut en toute hâte au chœur, où son apparition soudaine, ses traits bouleversés, les larmes qui inondaient ses joues, apprirent aux sœurs le malheur qui venait d'arriver. Ce fut un coup de foudre. La mère de Saint-Bonaventure acheva de confirmer pur ses signes la triste vérité, et alla se prosterner devant le saint Sacrement, abîmée dans sa douleur.
On récitait en ce moment l'heure de noue. Toutes les voi.K s'éteignirent l'une après l'autre, l'office fut interrompu, et l'on n'entendit plus, au milieu de ce silence, que soupirs, gémissements et sanglots. Si grande et si universelle était la désolation, qu'on aurait cru que chacune des religieuses venait de perdre une sœur selon la nature en même temps qu'une sœur selon la grâce. Agenouillées on^emble, elles donnèrent un libre cours à leurs larmes en présence de
Celui-là seul qui pouvait consoler leur inconsolable douleur.
Il faut renoncer à dire avec quel brisement ue cœur, avec quelle affectueuse vénération se fit l'ensevelissement de la bien-aimée défunte, et de combien de larmes fut arrosé son linceul.
Toute la ville de Québec, et l'on peut dire la population entière partagea le deuil de l'Hôtel- Dieu, car la réputation de sainteté extraordinaire de la mère de Saint-Augustin l'avait rendue chère dans tout le pay-. Pour satisfaire aux pieux désirs du clergé et des citoyens, son corps fut exposé près de la grille, pendant vingt- quatre heures. Tout le monde put ainsi admirer une merveille par laquelle Dieu voulut manifester quelque chose de la gloire dont il avait sans doute déjà couronné sa servante. Son teint animé, ses lèvres vermeilles exprimaient un sourire céleste ; tous ses traits illuminés la faisaient ressembler à une personne dormant d'un léger sommeil et témoin intérieurement d'une vision surnaturelle. La foule qui se succédait aux abords de la grille ne pouvait se rassasier de contempler cette figure de bienheureuse, sur laquelle on croyait voir un reflet de la béatitude éternelle.
" Madame d'Ailleboust, racontent les annales, vint comme bien d'autres pour !a voir, et comme elle contemplait ce corps pénitent, qui avait été le temi)lc du Saint-Esprit, il lui parut comme une image de la paix et de la sainteté ; et elle fut remplie d'un senti-
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ment assuré de la gloire dont cette sainte religieuse jouissait déjà dans le ciel. Notre-Seigneur lui dit fort intelligiblement : " 0 ma chère fille ! si tu voyais la beauté de son âme, et combien le jugement qu'elle a reçu a été doux et favorable, de quel bonheur elle jouit et quelle est la récompense de ce qu'elle a souffert."
" Madame d'Ailleboust se retira l'âme inondée d'une sainte componction et les yeux remplis de larmes, emportant avec elle une idée extraordinaire de la sainteté de la mère de Saint-Augustin."
Ses funérailles eurent lieu au milieu du concours de tout ce qu'il y avait de marquant parmi le clergé et les citoyens de Québec. Ses restes furent inhumés dans le caveau de l'Hôtel-Dieu, en attendant le jour où le bruit de ses miracles et l'accroissement de la vénération publique insprireraient aux Hospitalières la pensée de relever sa précieuse dépouille pour la déposer, avec plus d'honneur, dans un oratoire érigé dans l'intérieur du cloître.
Aussitôt après la mort de la mère de Saint- Augus tin, Mgr de Laval chargea le Père Ragueneau d'écrire sa vie d'après les mémoires que ses directeurs l'avaient obligée de rédiger pour faire connaître les voies de Dieu sur elle. La plupart des lettres qu'elle avait écrites en France furent recueillies par les Hospitalières et remises également au Père Ragueneau.
La vie de la mère de Saint- Augustin parut à Paris
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en 1671, et fut accueillie avec ano grande faveur parmi le monde religieux, qui était avide de ce genre d'ouvrages. Le mysticisme et les révélations dont ce livre abonde et qui en rendent aujourd'hui la lecture presque impossible, faisaient alors les délices des âmes pieuses. La foi ardente et les discussions doctrinales de cette époque y avaient préparé les esprits. Bientôt il n'y eut guère d'institution religieuse ou de monastère qui ne possédât un exemplaire de la vie de la mère de Saint-Augustin, et qui n'apprît à vénérer et à invoquer cette illustre servante de Dieu comme une sainte. Ce livre, qui dévoilait les secrets les plus intdmes d'une âme d'élite avec ses aspirations sublimes, ses actes d'immolation personnelle et de dévouement sans réserve, alla réchauffer la ferveur en excitant l'admiration de cette foule d'âmes consacrées à Dieu. Il servit d'aliment à la piété des familles chrétiennes aussi bien dans l'ancienne que dans la Nouvelle-France et contribua à augmenter l'intérêt qu'on portait aux missions du Canada. Il fut même, pour quelques-uns, l'étincelle divine d'où jaillit le rayonnement de la grâce, et devint l'origine de vies fructueuses ; témoin le fait suivant.
Un jeune Parisien oisif, qui promenait son désœuvrement dans les rues et les places publiques, s'amusait un jour à feuilleter quelques-uns des livres qu'on avait coutume, alors comme aujourd'hui, d'étaler sur la rampe des quais de Paris. Ses yeux
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tombèrent ]xvr ha-=anl sur la Vie de la mère de S'tint- Auguatin. Il en lut quelques passages et fut frappé d'admiration des sentiments célestes qu'il y découvrit. Il acheta le volume, l'emi)orta chez lui, en fit sa lecture quotidienne, et fut tellement enivré dcg parfums d'amour de Dieu qui s'exhalaient de ces pages, qu'il résolut de tout quitter, son avenir, sa famille et sa patrie, pour se consacrer à l'œuvre des missions. Il s'embarqua pour la Nouvelle-France, se mit au service des missionnaires, et termina ses jours dans l'exercice de la charité et de la mortification chrétienne, édifiant tout le monde par les élans de son zèle apostolique.
Des miracles éclatants arrivés tant en France qu'au Canada attestèrent à différentes reprises que Dieu avait pour agréable le culte de vénération qu'on rendait à la mère de Saint-Augustin. Le fait suiv;int eut pour théâtre une des villes de celte même Norînandie d'où était native notre sainte Hospitalière. A Caen, dans un couvent de la Visitation, une religieuse nommée sœur Anne-Suzanne des Maires, avait reçu, en tombant, une grave contusion au genou. Depuis près de trois mois, elle ne pouvait se soutenir ni marcher autrement qu'avec une béquille. Sur le récit qu'on lui avait fait de la vie et des nues mérites de la mère de Saint-Augustin, elle eut la pen.-éo de recourir à son intercession et pria j plusieurs de ses compagnes de se joindre à elle pendant une neuvaine qu'elle commençait en son honneur. Ses prières ne
furent pas d'abord exaucées;mais sans perdre courage, elle entreprit une seconde neuvaine avec un redoubloment de ferveur et de confiance. Elle appliqua en même temps sur son genou un morceau du voile de la vénérable mère, qui avait été envoyé au monastère.
Le dernier jour de sa neuvaine, s'étant fait conduire au chœur pour assister à la bénédiction du saint Sacrement, elle ressentit tout à coup d'étranges douleurs, accompagnées de craquements au genou qui lui causèrent une extrême frayeur. Elle se pr('ci|)ita à genoux toute saisie et tremblante, et à l'heure même se sentit parfaitement guérie. A l'issue de l'oflice, elle se releva et se mit à marcher avec la même facililé que si elle n'avait jamais souffert aucune incommodité. Le médecin qui la j^ansait voulut constater par lui-même la vérité de ce miracle: il visita son genou, il n'y trouva ni enflure, ni rougeur, mais seulement une peau nouvelle et fraîche qui indiquait une entière guérison. Toute la communauté en rendit des actions de grâces à Dieu et à la Sainte du Canada.
Le second fait qui nous reste à rapporter est plus rapproché de nous, de temps et de lieu. Un colon canadien, nommé Nicolas Malte, établi sur la seigneurie de Dombourg, * aujourd'hui la l'ointe-aux-
* Dombourg est l'anagramme de Bourdon, ft fut dé-igné ainsi [)ar le premier propriétaire de cotte seigneurie, Jeun Honrdon, procureur du roi en la Nouvelle-France.
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Trembles, avait un enfant qui souffrait depuis sa naissance d'un tremblement convulsif que les médecii.s avaient déclaré incurable. La grande dévotion que l'on avait alors dans notre pays iiour la mère de Saint-Augustin et les merveilles qui s'étaient opérées par son intercession, lui suggérèrent de r«^courir à sa l)uissance auprès de Dieu en faveur de son fils. Il commença avec sa famille une neuvaine en l'honneur de la mère de Saint-Augustin. A peine était-elle terminée que l'enfant ne gardait plus aucune trace de son infirmité. Le père, au comble de la joie, s'empressa de rendre gloire à Dieu en proclamant hautement la sainteté de la mère de Saint-Augustin, et en offrant même de signer de son sang l'attestation de ce miracle. Ces merveilles et bien d'autres qui ne ne peuvent trouver place dans cette histoire engagèrent en 1689 les religieuses de l'Hôtel-Dieu à demander à Mgr de Saint-Vallier, successeur de Mgr de Laval, l'autorisation d'exhumer le corps de leur vénérable défunte. Ses précieuses dépouilles furent déposées dans un riche coffret et transportées solennellement à l'intérieur du cloître dans une cellule désignée sous le nom d^oratoire du Calvaire.
En 1717, quelques-unes des religieuses de l'Hôtel- Dieu firent exécuter un autre coffret d'un bois plus I)récieux et plus richement décoré. C'est dans ce coffret que reposent encore aujourd'hui les restes de la sainte du monastère. La seconde translation qui eut liiu en cette circonstance fut faite avec une pompe
extraordinaire, la veille de l'Exaltation de la sainte Croix.
C'est devant ces saintes dépouilles que sont venues s'agenouiller l'une après l'autre et prier toutes les générations d'Hospitalières qui se sont succédé dans l'Hôtel-Dieu depuis un siècle et demi. C'est là que chaque religieuse vient encore aujourd'hui écouter, dans le silence et le secret du cœur, la grande voix qui s'élève de cette tombe et qui lui prêche la pratique de toutes les vertus claustrales dont la bienheureuse Catherine a été le modèle.
En retour de tous les bienfaits qui ont découlé du pied de cet oratoire, il est une dette de reconnaissance dont les Hospitalières doivent s'acquitter envers celle qui s'en est faite la médiatrice. C'est de hâter par leurs ardentes prières le jour où sa gloire éclatera au delà de l'enceinte de leur monastère, où son nom sera béni sur toutes les lèvres, comme il le fut autrefois sur celles de nos ancêtres, où enfin l'Eglise proclamera de sa voix infaillible la sainteté et autorisera le culte public de la mère Catherine de Saint-Augustin.