V. Marie Claire, née en 1802 ; Pauline, née en
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remplit cette charge avec honneur et intégrité jusqu’à la défaite de l’armée française sous Montcalm en 1759.
Voyant que la colonie allait passer sous la domination britannique, il se retira à Berthier, où il vécut de sa profession jusqu’à sa mort, arrivée en 1801. Il était alors âgé de quatre-vingt-huit ans. De dix enfants issus de son mariage, quatre seulement atteignirent l’âge de maturité. L’aîné, Barthélemi, suivit la profession de son père, qu’il exerça pendant cinquante-cinq ans. Il mourut en 1828, à l’âge patriarcal de quatrevingt-quatorze ans. Le plus jeune, Jean-Baptiste, est le père du célèbre fondateur de Faribaultville, dans le Minnésota.
C’est ce hardi défricheur auquel nous avons fait allusion au commencement de cette biographie, et dont nous avons promis de raconter les aventures, parce qu’elles nous offrent la réalisation de l’un de ces types, taillés si largement dans la nature, que nous avons mis en présence.
Après avoir fréquenté l’école de son village jusqu’à l’âge de dix-sept ans, le jeune Jean-Baptiste s’engagea à Québec, dans une maison de commerce, et y servit pendant cinq ans. Il y fit preuve d’un talent et d’un génie inventif fort remarquable.
Un incident de sa vie, qui fit sensation à Québec, en offre un curieux exemple.
En 1791, pendant qu’il était au service de la maison McNider et Cie, le prince Edouard, qui plus tard est devenu l’aïeul du prince de Galles actuel, vint à Qué-
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bec accompagné de son superbe régiment, le 7e fusiliers.
Le jeune Faribault, frappé de l’air martial du prince et de la tenue militaire de son régiment, se mit à l’ouvrage et en fit une si belle représentation en carton découpé, que son œuvre fut l’objet de l’admiration générale.
Le prince Edouard fut si satisfait de cette idée originale, qu’il résolut de récompenser son auteur en lui offrant une commission dans son régiment ; notre Canadien refusa respectueusement cette faveur, à la prière de ses parents.
Le prince lui ayant donné la permission de nommer à sa place celui de ses amis qu’il voudrait choisir, il présenta un jeune homme qui n’était autre que M. de Salaberry, devenu plus tard colonel d’armée, chevalier du Bain, et le héros de Châteauguay.
Très souvent, pendant sa vieillesse, lorsqu’on lui rappelait l’épisode de son jeune âge, Jean-Baptiste faisait remarquer que son tendre respect seul pour ses parents l’avait empêché d’entrer dans l’armée.
A l’époque de cet incident, il était dans sa vingtdeuxième année. De taille au-dessous de la moyenne, d’un extérieur agréable, il jouissait d’une constitution saine et d’un tempérament robuste.
Fatigué de la monotonie de sa situation, il sentait, chaque jour, un besoin irrésistible de s’ouvrir une carrière plus en rapport avec sa nature ardente et intrépide.
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Il s’engagea comme agent de la compagnie du Nord- Ouest, qui fut transformée plus tard en compagnie américaine.
John Jacob Astor en était alors président.
Au printemps de 1796, il partit de Montréal pour le détroit de Mackinaw, en canot, accompagné de treize hommes, neuf pour le rendre à sa destination, et quatre pour l’aider à faire la traite.
Ils se rendirent en quinze jours à la Grande- Rivière; ce trajet fut alors considéré comme très court, à raison de l’état affreux de la route qu’ils eurent à parcourir, obligés souvent de faire de longs portages au milieu de forêts désolées et d’impraticables marais, portant sur leurs épaules leur canot, leur équipage et leurs provisions.
Après être demeuré quelques jours à Mackinaw, il engagea pour guide un Potowatomis, et se dirigea vers la résidence du général Harrison, gouverneur du territoire de l’Indiana, alors fixé au Port-Vincent sur le Wabash, afin d’obtenir une permission que tout sujet anglais était obligé de se procurer pour avoir le droit
de faire la traite sur le territoire des Etats-Unis.
Il faillit périr pendant ce voyage par la perfidie de son guide, qui voulut l’égarer dans ces déserts inhabités.
Le gouverneur Harrison l’accueillit avec bienveillance, et l’engagea à demeurer avec lui pendant quatre jours, afin de se rétablir des fatigues qu’il avait endurées. Il retourna à l’embouchure du Kankakee, où il séjourna le reste de l’année.
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Sa seconde étape fut le poste des Moines, où il demeura plusieurs années, faisant un commerce très lucratif avec les Sakis, les Renards, les Iowas, et les Yankons. De là il se dirigea sur le Saint-Pierre, où il traita avec d’autres tribus de Sioux, et entreprit de leur enseigner l’agriculture.
Il épousa en cet endroit une métisse, fille de M. Ainse, alors surintendant des sauvages. De ce mariage, il eut huit enfants, dont quatre seulement vivent encore, trois fils et une fille, qu’il fit instruire à grands frais, malgré le peu de cas que l’on faisait de l’éducation dans le désert sauvage où il s’était fixé ; mais il voyait dans l’avenir le progrès de la civilisation et il voulait l’anticiper.
Après avoir servi comme agent de la compagnie du Nord-Ouest pendant dix ans, il entreprit un commerce à son propre compte et réalisa une belle fortune, qu’il perdit pendant la guerre de 1812.
A cette époque, l’Angleterre achetait au prix de l’or tous les traitants anglais qui étaient établis sur les frontières, pour gagner, par ce moyen, les tribus sauvages à ses intérêts. M. Faribault ne voulut pas se laisser corrompre, et trahir la cause américaine qu’il avait embrassée.
Un jour que ses affaires l’appelaient à Mackinaw, peu après le siège du fort que les Américains y avaient élevé, il fut fait prisonnier par les Anglais comme traître aux intérêts britanniques.
De là, il fut ramené à la Prairie-du-Chien, sa rési-
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dence, par plusieurs centaines de sauvages, accompagnés de troupes régulières qui étaient venues pour s’emparer de ce poste.
A l’approche de l’ennemi, madame Faribault, ignorant complètement ce qui était advenu à son mari, et ne sachant pas qu’il était prisonnier si près d’elle, prit la fuite avec toute la population du village, n’emmenant avec elle que ses enfants.
A la reddition du fort, M. Faribaul t fut mis en liberté, mais il ne lui restait plus de domicile. Pendant l’engagement, les Winabagos, alors hostiles à la cause américaine, avaient démoli sa maison, tué ses animaux, et lui avaient volé pour la valeur de $15,000 de marchandises.
Quelques jours après, il reçut des nouvelles de sa famille, qui s’était réfugiée dans une localité appelée Winnona, mot sauvage qui signifie la fille aînée, et qui, par une allusion qu’on ignore, fut ainsi nommée en mémoire de cet événement.
A plusieurs reprises, M. Faribault éprouva d’autres pertes considérables.
Il faillit souvent perdre la vie dans ses voyages au milieu des prairies, qu’il parcourut en tout sens, pendant de longues années. Il fut fait prisonnier plusieurs fois par les sauvages, fut laissé deux ou trois fois pour mort, couvert de blessures, mais il échappa toujours par quelque heureux hasard.
Dans un combat acharné contre les Sioux, un Dacotah lui plongea son couteau dans le dos, un peu au-
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dessous de l’os de l’épaule, et lui fit une blessure dont il se ressentit toute sa vie.
M. Faribault fut le premier qui cultiva le sol de l’ouest du Mississippi, du côté nord des Moines.
Il y a un demi-siècle, il acheta des instruments d’agriculture dans le but d’enseigner la culture aux peaux rouges, et réussit parfaitement dans cette entreprise.
Son influence était immense sur les sauvages, qui avaient en lui une confiance entière ; il était universellement connu parmi toutes les tribus indiennes de ce vaste territoire qui s’étend du Mississippi au Missouri, et de là, vers le nord, jusqu’à la rivière Rouge.
Missionnaire autant que défricheur, il jeta les semences de l'évangile parmi les blancs aussi bien que parmi les sauvages.
Quoiqu’il fût plus de quarante ans sur les frontières sans rencontrer de prêtre catholique, il ne faiblit jamais dans ses croyances religieuses.
Ce n’est qu’en 1817 qu’il put faire bénir son mariage et baptiser ses enfants selon les rites de l’Église.
Le premier prêtre qu’il vit ensuite fut le Père Salky, envoyé, en 1840, comme missionnaire de Saint-Pierre par l’évêque Loras, de Dubuque.
M. Faribault trouva ce missionnaire mourant, au milieu des soldats du fort Snelling, d’une maladie contractée pendant le trajet qu’il avait fait dans un canot découvert de Dubuque à cette mission.
Il le fit transporter à sa maison, où il lui donna
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l'hospitalité pendant quatre ans. Dans cet intervalle, il fit bâtir, à ses propres frais, une église convenable, la première qui ait été construite au Minnesota.
En 1843, le Père Ravoux arriva de France pour évangéliser les Sioux. Lui aussi reçut l’hospitalité chez M. Faribault jusqu’à ce qu’il eût appris la langue de ces sauvages.
Le brave pionnier évangélisateur passa les dernières années de sa vie chez sa fille, mariée au major S. H. Forvler, vétéran de la guerre du Mexique, l’un des plus honorables citoyens de Faribaultville. Alexandre, l’aîné des fils de notre vieux forestier, est le fondateur et le principal propriétaire de cette ville.
M. Faribault mourut en 1860, après avoir légué son nom à l’un des comtés du Minnésota.
Qu’on cherche en dehors de l’histoire chrétienne un plus beau caractère, une carrière mieux remplie, une existence plus digne de Dieu et des hommes, plus utile à l’humanité. C’est le vrai type du pionnier canadien dans toute sa mâle beauté, tel qu’il nous apparaît à toutes les époques de notre histoire.
Cependant le poème épique de cette vie, qui n’est lui-même qu’un chant dans cette grande épopée qu’ont écrite en actions, de siècle en siècle, ses devanciers — défricheurs, civilisateurs comme lui — resterait sans écho dans l’avenir, si à leur suite n’apparaissait cet autre type que nous avons signalé, et dont la vie de celui qui fait le sujet de cette biographie offre un bel exemple
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George Barthélemi Faribault naquit à Québec le 3 décembre 1789. Comme la plupart des jeunes gens de son temps, il ne fit pas de cours d’études régulier. Il fréquenta, pendant quelques années, l’école d’un professeur écossais de Québec, M. John Fraser, ancien vétéran de l’armée du général Wolfe. *
* M. John Fraser tenait son école dans la rue Desjardins, en arrière du couvent des .Récollets. Des fenêtres mêmes de cette école, M. Faribault fut témoin, en 1796, de l’incendie du monastère de ces religieux. Il se plaisait à raconter toutes les circonstances de cet événement, qui était toujours resté présent à 6a mémoire, parce qu’il avait valu un demi-jour de congé à toute sa classe.
A la bataille des plaines d’ Abraham, ce même John Fraser, alors soldat dans le régiment des Fraser's Highlanders, avait fait prisonnier le Dr Badelart d’une manière assez singulière. Au moment de la déroute, le chirurgien, occupé au soin des blessés, s’aperçut qu’il était cerné par l’ennemi. Avisant alors un soldat écossais blessé, étendu à terre, le dos appuyé contre une clôture, il se constitua son prisonnier, en lui remettant la seule arme qu’il eût : un pistolet à double coup. Le soldat avait reçu un coup de sabre et le sang s’échappait en abondance de la blessure ; Badelart se mit sur le champ en devoir de le secourir.
Les deux ennemis étaient loin de penser, en ce moment, que cette rencontre au milieu des boulets et de la fumée, était la première poignée de main d’une amitié inaltérable, et qu’ils allaient vivre pendant quarante ans porte à porte dans les murs de cette même ville de Québec, que leurs deux nations se disputaient avec tant d’acharnement.
Le pistolet du Dr Badelart fut remis par notre vénérable concitoyen, M. James Thompson, entre les mains de la famille Badelart- Panet, au centième anniversaire de la bataille d’Abraham.
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Après avoir suivi les leçons du vieux professeur, M. Faribault compléta ses études par lui-même, à force d’énergie et de persévérance.
Il se livra ensuite à l’étude du droit chez l’honorable J. A. Panet, et fut admis au barreau de Québec en
Pendant la guerre de 1812, il servit dans les rangs des milices canadiennes. *
Quoiqu’il se soit peu livré à l’exercice de sa profession, néanmoins il en avait acquis une connaissance approfondie, ainsi que l’attestent plusieurs causes difficiles qui lui furent déférées par les tribunaux, et qu’il sut éclaircir avec une rare habileté.
Dès cette époque, il manifesta un goût prononcé pour les études archéologiques et historiques qui devaient remplir une si large part dans son existence.
En 1822, il entra au service de la chambre d’assemblée du Bas-Canada, et passa successivement par les emplois de secrétaire de comité et de traducteur français. En 1832, il fut promu au poste de secrétaireadjoint de la chambre, en remplacement de M. Boutillier.
A l’époque de l’union des deux Canadas (1841), il fut nommé adjoint du secrétaire de l’Assemblée législative, poste qu’il occupa jusqu’en 1855.
* En qualité de lieutenant dans la compagnie légère du 6e bataillon de la milice incorporée. {Mémoires inédits de M. le major Lafleur.)
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A part les devoirs de sa charge, il consacra, durant cette longue période, une partie considérable de son temps à la formation d’une collection d’ouvrages et de documents importants relatifs à l’histoire du Canada.
Cette collection s’élevait à plus de 1600 volumes, lorsqu’il eut la douleur de la voir complètement détruite par l’incendie du palais législatif à Montréal en 1849.
Sans perdre courage, l’infatigable antiquaire se remit de nouveau à l’œuvre, et recommença une seconde collection.
Ce fut pour compléter ce long travail que la législature le députa en Europe en 1851.
Il partit de Québec le 3 octobre, accompagné de madame Faribault et de sa fille.
Après un court séjour à New- York, il s’embarqua pour Londres, d’où il se rendit à Paris le 10 novembre. Il y trouva un ami dévoué des Canadiens dans la personne de M. de Puibusque, qui lui fut d’un secours immense pour ses recherches. Ils s’étaient connus en Canada et s’y étaient liés d’une vive amitié, pendant le séjour que M. de Puibusque y avait fait de 1846 à 1850. Celui-ci l’aida continuellement de ses conseils, et lui ouvrit l’entrée des différents ministères.
Tout semblait présager le plus heureux succès, lorsque les événements du 2 décembre vinrent entraver toutes ses démarches. Les réponses aux demandes qu’il avait faites aux divers ministres, furent surtout retardées pendant un temps considérable.
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Mais d’autres circonstances, bien autrement douloureuses, interrompirent soudainement sa mission en le plongeant dans la plus profonde affliction.
Madame Faribault, dont la santé avait été ébranlée par la frayeur que lui avaient causée les graves incidents du coup d’Etat, tomba dangereusement malade, et fut enlevée à la tendresse de son époux dans le cours du mois de mars 1852.
Anéanti par ce choc funeste, et malade lui-même depuis plusieurs semaines, il fut longtemps incapable de reprendre ses occupations.
Un témoignage de sympathie qu’il reçut au milieu de ce deuil, le toucha d’autant plus vivement qu’il se trouvait alors complètement isolé, loin de ses amis, sur une terre étrangère. La famille Faribault du Mans, qu’il n’avait encore jamais vue, qu’il ne connaissait que par correspondances, accourut du fond de sa province à Paris, pour se jeter dans ses bras, et mêler des larmes aux siennes sur cette tombe fraîchement ouverte.
Le gouvernement canadien, instruit de son malheur et de la situation précaire de sa santé, envoya de Londres son agent, M. Wicksteed, pour lui prêter assistance.
Dès que sa santé lui permit de travailler, M. Faribault s’empressa de compléter sa collection d’ouvrages, dont une grande partie était déjà commandée. Partout, dans les différents ministères, et auprès des secrétaires des diverses académies, il reçut le plus bienveillant accueil.
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“ De généreux et magnifiques dons, dignes de la “ France, dit-il dans son rapport, me furent faits pour “ la bibliothèque, quoique plusieurs de ces ouvrages “ lui eussent été déjà présentés en 1849. Il m’est impossible en ce moment d’en montrer toute la richesse “ et toute l’importance, mais la valeur en peut être “ estimée à plus de £400 sterling.”
Dès que sa mission fut terminée, M. Faribault se hâta de reprendre la route du Canada. “Mais, hélas ! s’écriait-il en partant, la joie de revoir mon pays ne pouvait adoucir l’amertume de ma douleur. Mon existence était brisée, mon âme déchirée ; j’avais perdu la meilleure part de moi-même; ma pensée ne vivait plus qu’au delà du tombeau. J’étais inconsolable en songeant qu’il me fallait laissfer, loin de ma patrie, la dépouille chérie de celle qui, pendant tant d’années, avait partagé avec moi le fardeau de la vie. Sur cette tombe solitaire et inconnue qui s’élevait sous les ombrages du cimetière Montmartre
Nul ne viendrait verser des pleurs.”
Seuls, quelques arbustes verts et le gazon soigneusement entretenu par une main étrangère, indiquaient qu’une pensée triste veillait toujours sur ce coin de terre.
Un jour seulement on vit errer dans le cimetière Montmartre deux voyageurs canadiens qui cherchaient cette tombe sans pouvoir la retrouver.
“ J’ai rempli envers toi et ta mère, écrivait l’un d’eux
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à une nièce de M. Faribault, la promesse que je vous ai faite d’aller visiter le lieu de la sépulture de madame Faribault. Je fus deux fois avec ta tante visiter le cimetière Montmartre, sans avoir pu trouver le moindre indice non seulement de la date de son décès, mais même du lieu où elle a été inhumée.
“ Enfin je m’y rendis hier avec ta tante, accompagné par la femme de M. Chapelais; et, après une marche de plus d’un quart d’heure, nous trouvâmes cette tombe que je désirais tant voir. Tout est en parfait ordre, le terrain en est petit, mais il est enfermé par une galerie en bois, haute de deux pieds; la terre paraît y être bien entretenue, il n’y a pas une seule mauvaise herbe.
“ Dans l’enceinte du terrain se dresse, sur le corps même, une croix faite de buis, dont je t’emporte quelques boutures ; et, aux quatre coins du sol, se trouve un beau petit arbre bien vert et à peu près de ma hauteur, dont j’ai ôté deux rameaux, pour toi et sa chère fille Mlle Faribault. Il y a une pierre à la tête de la tombe, où sont écrits le nom de ta chère tante et le jour de son décès, 17 mars 1852 ; il y a, en outre, une croix en pierre bien polie et bien saillante aux yeux des visiteurs ; mais hélas ! on n’y voyait aucun souvenir d’amis ou de parents, aucune couronne d’immortelles placée aux bras de cette croix, tandis que tant d’autres en sont couvertes. J’y déposai un “ Souvenir d’un ami ; ” ma femme acheta un joli pot d’héliotrope, qu’elle fit placer sur la tombe, d’où nous ne pûmes nous retirer sans verser bien des larmes.”
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Madame Faribault devait y dormir quatre ans, avant que sa famille pût faire ramener ses cendres et les déposer, parmi les siens, sur le sol natal.
L’assemblée législative vota à M. Faribault une gratification de £250, en reconnaissance de l’habileté et de l’intelligence qu’il avait déployées dans l’accomplissement de sa mission.
Un de nos poètes, M. L. J. C. Fiset, rappela en vers délicats les incidents de ce voyage, aussi fertile pour le pays que navrant pour M. Faribault. Ces vers, adressés à sa fille, sont écrits au bas d’un portrait de Jacques Cartier.
Lorsqu’à travers la plaine humide, Cartier, l’intrépide marin,
N’ayant que son grand cœur pour guide, Vers nos bords s’ouvrit un chemin ; Songeait-il, au fond de son âme,
Aux faveurs exemptes de blâme Qui se lieraient à ses travaux ;
Ou bien, pesait-il seul dans l’ombre L’or et les richesses sans nombre Dont il chargerait ses vaisseaux ?
Oh ! non, la gloire, plus réelle, Enflamme l’esprit du héros :
Fils de la France, c’est pour elle Qu’il brave les vents et les flots ; Non, le seul rêve de sa vie Se résume en ce mot, patrie !
Qu’il porte gravé dans son cœur.
Il ne veut d’autre récompense Que l’honneur d’illustrer la France Par ses hauts faits et sa valeur !
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Ainsi, dans sa modeste sphère,
Pour être utile à son pays,
Depuis longtemps votre vieux père Consume les jours et les nuits.
De l’oubli sauvant notre histoire,
Rassemblant ses titres de gloire Pour en doter nos monuments,
L’amour du pays l’encourage A grossir ce noble héritage Qu’il veut léguer à nos enfants !
Fidèle à sa tâche sublime,
Nouveau Cartier, bravant la mort,
Il part décoré de l’estime Qui couronne son noble effort.
Ce n’est pas que, de nouveaux mondes Découverts au loin sur les ondes,
Il veuille sonder les secrets ;
Mais il apportera de France,
Pour nous tous, les arts, la science,
Pour lui, hélas ! deuil et regrets.
Grâce aux soins continuels de M. Faribault, la nouvelle bibliothèque nationale avait atteint le chiffre de 20,000 volumes, lorsque, dans la nuit du 1er février 1854, l’incendie du magnifique palais du parlement, a Québec, en réduisit encore une partie en cendres. Près de 7000 volumes périrent dans les flammes, parmi lesquels se trouvait un nombre considérable de publications du seizième et du dix-septième siècles, dont plusieurs ne pourront peut-être plus jamais être remplacées.
La douleur que M. Faribault en ressentit, affecta sensiblement sa santé, toujours chancelante depuis la
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perte cruelle qui avait jeté un voile de tristesse sur son voyage en Europe.
L’année suivante, il offrit sa démission à la chambre d’assemblée, qui lui alloua, en témoignage des services éminents qu’il avait rendus au pays, une pension de retraite de £400.
Il est étonnant que M. Faribault, avec l’érudition qu’il avait acquise, et surtout la connaissance approfondie qu’il possédait de l’histoire du Canada, n’ait pas laissé d’autre écrit que son Catalogue raisonné d'ouvrages sur l'histoire de V Amérique.
Ecrivant avec assez de facilité, il eût pu prendre un rang distingué parmi les historiens du Canada; mais, humble et désintéressé autant qu’érudit, il se réservait tout ce qu’il y avait de pénible et d’ingrat dans sa tâche patriotique, et laissait à d’autres la gloire de profiter de ses recherches, de s’enrichir avec les trésors qu’il avait lentement accumulés.
Son Catalogue, qu’il publia en 1837, fut regardé à cette époque comme un des ouvrages les plus complets en ce genre; et aujourd’hui encore, malgré sa date assez ancienne, il est un des guides indispensables de l’historien de l’Amérique.
C’est le témoignage qu’en rendait en 1846 un juge compétent, M. Adolphe de Puibusque, antiquaire luimême.
“ J’ai lu d’un bout à l’autre votre Catalogue raisonné et annoté d’ouvrages sur l’histoire de l’Amérique et
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particulièrement du Canada. Ce beau travail d’un bibliophile consciencieux m’en a plus appris en quelques pages que certaines histoires en trois ou quatre gros volumes; et sa place est déjà marquée dans ma bibliothèque à côté de mon ami Ternaux-Compans, le premier bibliographe américain de Paris.” *
Malgré ses infirmités, M. Faribault continua toujours, dans sa retraite, à s’occuper des antiquités canadiennes, à rechercher et à mettre en lumière tout ce qui pouvait se rattacher à nos gloires nationales, auxquelles il avait voué une sorte de culte.
Depuis longtemps il nourissait une touchante et patriotique pensée dont la réalisation était un des rêves de sa vieillesse. Il ne voulut pas mourir sans couronner par cette noble action ses longs travaux.
C’était de mettre à exécution le plan du monument funéraire que les troupes françaises avaient résolu d’élever, en 1761, à la mémoire de Montcalm, dans l’église des Ursulines de Québec, à l’endroit même où le héros avait été inhumé dans une fosse creusée par une bombe.
Ce projet présentait plusieurs difficultés; mais M. Faribault voulut les trancher d’un seul coup, en prenant sur lui toutes les responsabilités; comptant sur
* Entre bien d’autres que nous pourrions citer, le même éloge est rendu à l’érudition de M. Faribault clans le Mémorial de V Education de M. J.-B. Meilleur, prédécesseur de M. Chauveau au ministère de l’instruction publique.
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le patriotisme de ses concitoyens de Québec pour l’aider, quand le monument aurait été installé. Voici d’abord l’histoire de l’inscription qui devait y être gravée.
Lorsque les braves soldats de Montcalm, débris de sa petite mais vaillante armée, eurent l’idée de rendre ce dernier hommage d’admiration à leur chef, ils s’adressèrent à l’Académie des inscriptions et belleslettres, qui traduisit ainsi leurs nobles sentiments :