CHAPITRE BOrZTKME
Maladie de la Mère de l'Incarnation — Mort de Madame de La Peltrie
L'avènement de la vie sociale, régulière et [)rospère, au Canada, semble marquer le terme de la mission apostolique de la Mère de l'Incarnation. Suscitée de Dieu parmi une pléiade de grands caractères pour protéger le berceau et guider les premiers pas de ce peuple naissant, son œuvre est terminée dès que, échappé de ses langes, il peut s'élancer seul dans la vie. Ce fut, en effet, l'année même de cette transformation décisive (1664), qu'elle ressentit les premières atteintes du mal qui devait mettre un terme à la longue mort de son existence terrestre, * et la réunir pour jamais à son céleste Epoux. Exténuée de macérations, de travaux et de veilles, elle fut attaquée d'une fièvre continue, accompagnée d'un épanchement de bile et deco-
^ Dom Claude Martin. — M. de MontaUMMbcrt.
MARIE DE l'incarnation 413
liqu€S violentes, qui ne lui laissèrent de repos ni le jour ni la nuit. La maladie, agissant sur cette nature épuisée, fit des progrès effrayants ; mais la Mère de l'Incarnation, loin de partager les alarmes de ses sœurs, accueillit avec transport cette messagère de l'éternité qui lui prophétisait sa dissolution prochaine. En quelques jours, elle fut réduite à l'extrémité, et reçut les derniers sacrements, au milieu des larmes et •des gémissements de sa famille monastique, agenouillée autour de son lit de douleur. A la première annonce de sa maladie, la ville entière fut dans le deuil. Chaque famille désolée semblait menacée de perdre une mère; un concert de prières s'éleva, jour et nuit, du monastère des Ursulines et de toute la ville pour faire violence au ciel, et l'arracher des bras de la mort. Dieu se laissa toucher par tant d'instantes supplications, et consentit à prolonger son pèlerinage terrestre ; mais à dater de ce jour, son existence ne fut plus qu'une longue agonie.
Peu de temps après cette première attaque, elle fit une rechute qui se déclara avec les symptômes les plus alarmants, et signala des lésions organiques. Elle éprouva des vomissements continuels, un grand mal de côté et une colique néphritique, compliquée d'une contraction de tout le système nerveux. Dans cet état d'excessives souffrances, " j'eusse jeté les hauts cris, dit-elle, si Dieu ne m'eût soutenue. Mais pendant toute cette longue maladie, par la miséricorde du Seigneur, je n'ai ressenti aucun mouvement d'impatience.
Je dois cette faveur spéciale à l'aimable compagnie de mon Jésus crucifié, qui ne me permit pas de souhaiter un seul instant de relâche à mes souffrances, et m'y fit goûter une telle suavité que je désirais souffrir ainsi jusqu'au jour du jugement."
Les remèdes qu'on lui appliquait ne faisaient qu'aigrir le mal et accroître les douleurs, ce qui fit résoudre les médecins de l'abandonner entre les mains de Dieu, dont l'amour semblait vouloir la tenir attachée à cette croix.
Cependant on continuait à faire des vœux et des neuvaines dans toute retendue de la colonie pour ol)tenir son rétablissement. Plusieurs personnes, entie autres Mgr de Laval, qui la visitait régulièrement, la conjurèrent de demander elle-même sa guérison. Mai.=i elle leur répondit qu'elle se sentait dans l'impuissance de faire cette demande. "A quoi peut être utile maintenant, leur disait-elle d'une voix défaillante et pleine de supplications, une pauvre sexagénaire infirme ? Ah ! ne prolongez pas davantage mon exil, et laissez-moi m'en aller à Dieu."
L'heure n'était pas encore venue; huit années de langueur, de souffrances et d'épreuves, devaient encore s'écouler, avant qu'elle fût conviée au banquet des noces éternelles.
Cependant la servante de Dieu, minée par la maladie, et accablée d'infirmités, demanda à être déchargée du gouvernement de la maison, car, pour la troisième fois, elle venait d'être appelée à remplir cette dignité.
MARIE DE l'incarnation 416
Le p. Lalemant qui, malgré son grand âge, la conduisait encore, qui comprenait tout le prix et les bénédictions attachés à sa direction, et le bonheur que goûtait la communauté de vivre sous sa houlette, se garda bien d'écouter sa prière. L'humble Mère se soumit sans murmure à ce nouveau sacrifice, reprit sur ses épaules, " qui penchaient si fort vers la terre," le fardeau de la supériorité, et ne songea plus qu'à profiter des souffrances que le ciel lui envoyait.
" Ma disposition présente est tout aimable, mandait-elle alors à son fils, puisque la croix est le plaisir et les délices de Jésus. Je ne puis me remettre de ma longue maladie, qui a des suites très douloureuses et très pénibles. Mais la nature s'apprivoise aux souffrances et se familiarise avec les douleurs. J'y ressens même de l'attachement ; et j'ai peur que mes lâchetés n'obligent la divine bonté de me les ôter, ou du moins de les modérer. Tout ce que je prends m'est comme de l'absinthe, et me donne une continuelle mémoire du fiel de la passion de Notre-Seigneur. C'est ce qui me fait chérir cet état."
Sa maladie d'accidentelle était devenue chronique. Son estomac ne pouvait presque plus rien supporter, et elle était d'une telle faiblesse, qu'elle ne pouvait demeurer plus de cinq minutes à genoux, même en s'appuyant, sans tomber en défaillance. On lui ordonnait, dans les beaux jours de l'année, de prendre quelque exercice dans le jardin. On eût pu voir alors cette vénérable sexagénaire se traîner péniblement
SOUS les ombrages des allées solitaires, cherchant par obéissance une guérison qu'elle ne désirait pas. Ses traits décharnés, sa pâleur mortelle, ses yenx caves, sa tête chancelante, toute sa charpente naguère si robuste, maintenant courbée vers la terre, lui donnaient plutôt l'air d'une apparition d'outre-tombe que d'un être vivant. Mais sous cette enveloppe desséchée battait un cœur embrasé plus que jamais des ardeurs célestes. "Il me semble alors que ce cœur pressé par de continuels élans d'amour, doive s'éhmxer et sortir de son lieu pour se perdre en Celui qui .est toute sa vie. Car dans cette exténuation des forces de la nature, l'âme se sent plus vigoureuse et plus .capable d'agir en toute liberté, parce qu'elle n'envoie rien aux sens et retient tout en soi."
En la voyant dans cet état d'affaissement et d'effrayante maigreur, on était tout suri)ris qu'elle i)ût .encore vivre. Cependant, après trois ans de cette cruelle maladie, elle jeûna encore un carême ; et tandis que ses souffrances auraient dû, ce semble, la tenir clouée sur son lit, elle travaillait sans relâche. Toujours la première levée et la dernière au lit, elle ne i)renait aucun repos, assistait à toutes les observances, accomplissait tous les devoirs de sa charge, .écrivait un nombre prodigieux de lettres; et quand la fatigue ou la faiblesse l'empêchait de se livrer à d'autres travaux, elle s'occupait d'ouvrages de peinture ou de broderie, pour lesquels elle avait un goût .;exquis. En un mot. à l'Age de soixante-dix arts, et
dans un corps tout cassé et demi-mort, elle faisait ce qui paraissait au-dessus des forces de la meilleure santé. Son existence, dans les dernières années de sa vie, fut un mystère, comme avait été toute sa vie mystique.
Toujours poursuivie par cet amour des sauvages qui lui avait fait entreprendre tant de travaux, depuis trente ans, pour leur conversion, et voulant prolonger cet apostolat jusqu'au delà de la tombe, elle s'occupait sans cesse de l'instruction des jeunes sœurs destinées à lui succéder. Durant les matinées de l'hiver, elle les réunissait autour d'elle, et consacrait à leur •enseigner les langues sauvages les derniers restes de sa voix tremblante et près de s'éteindre.
A la fin de sa vie, ne pouvant plus se traîner seule à la salle des instructions, elle s'y faisait conduire par deux jeunes religieuses, qui soutenaient sa marche •chancelante. On se figure facilement avec quelle vénération et quelle sainte avidité les pieuses disciples écoutaient chacune de ses leçons, recueillaient •chacune de ses paroles.
Non contente de ces instructions, elle écrivit deux gros dictionnaires algonquins, outre un catéchisme iroquois, et un énorme volume de traductions de l'histoire sainte en langue algonquine.
Vous voyez, écrivait-elle à son fils en lui parlant de ces études, que la bonté divine me donne encore des forces, dans mon extrême faiblesse, pour laisser à mes reœurs de quoi travailler au salut des âmes. Mais
après avoir fait tout ce qui nous aura été possible, nous devons croire que nous sommes des servantes inutiles ; et moi en particulier, qui ne suis qu'un petit grain de sable au fond de l'édifice de cette nouvelle Église."
C'est au milieu de ces labeurs que l'épouse du Christ, le front ceint du diadème de toutes les vertus sous sa couronne de cheveux blancs, attendait l'immortel repos.
Plus elle approchait du terme, plus sa manière de traiter avec Dieu devenait simple et pleine d'abandon. " Je n'ai plus de paroles aux pieds de la divine Majesté. Mes oraisons ne consistent plus que dans ces aspirations: Mon Dieu! mon Dieu ! soyez béni, ô mon Dieu ! Les jours et les nuits se passent ainsi, et j'espère de la bonté divine qu'elle me fera expirer en ces mots, je dirais mieux en ces respirs."
Ces délices spirituelles furent cependant interrompues par une de ces épreuves dont Dieu se sert souvent pour achever de purifier ses plus fidèles serviteurs. Ce fut une très grande frayeur des jugements de Dieu. Elle se comporta dans cette épreuve comme dans toutes les autres, n'opposant aux pensées accablantes dont elle était tourmentée, qu'une profonde humilité et beaucoup de confiance. Ce tempérament de crainte et d'amour, qui favorise d'autant plus le progrès de l'âme, qu'il la tient plus à l'abri de la présomption, fut une des grâces du ciel dont la Mère de l'Incarnation témoigne une plus vive reconnaissance.
MARIE DE l'incarnation 419
C'est par les fruits qu'elle en tira qu'elle termine le récit de sa vie mystique.*
"Je me vois remplie d'infidélités; et j'en suis si souvent accablée devant Dieu, que je ne sais comment y apporter remède. Je vois mes dispositions dans une obscurité qui n'a point d'entrée ni d'issue. Me voilà à la fin de ma vie, et je ne fais rien qui soit digne d'une âme que le souverain juge doit bientôt faire comparaître à son tribunal. Néanmoins, tout imparfaite que je suis, et quelque anéantie que je sois en sa présence, je me vois toute perdue dans sa divine majesté. C'est une espèce de pauvreté d'esprit, qui ne me permet pas même de m'entretenir avec les anges, ni des délices des bienheureux, ni des mystères de notre foi. Je veux quelquefois me distraire pour m'y arrêter et m'égayer dans leurs beautés, mais aussitôt je les oublie, et l'esprit qui me conduit me remet plus intimement dans mon premier état. Je m'y perds dans Celui qui me plaît plus que toute autre chose. J'y vois ses amabilités, sa majesté, ses grandeurs, sa puissance, sans aucun acte de raisonnement et de recherches, mais en un moment qui dure toujours. Je ne puis exprimer autrement cette opération. Il r^'y a ici rien de matériel, mais une foi toute nue qui dit des choses infinies."
Cette âme séraphique n'habitait-elle pas déjà les
• Lo P. «le Charicvoix.
sphères invisibles, avant même d'avoir rendu à la terre sa dépouille mortelle ? Qui peut savoir ce qui se passe dans le cœur de ces élus, où se consomme dès ici-bas. le mystère de l'amour divin? Eux-mêmes peuvent à peine le balbutier dans notre langue grossière. L'homme, cette chrysalide immortelle qui doit s'ouvrir aux cieux, se transforme parfois sous les rayons de la grâce, et déploie ses ailes avant l'éternel printemps. On dirait que, chez les saints, cette enveloppe d'argile, desséchée par le feu des mortifications et des jeûnes, devient tout à coup translucide, et qu'alors leur œil dessillé contemple, à travers ce voile diaphane, les beautés infinies.
Arrivé à cet endroit de la vie de sa mère, Dom Claude Martin, son fils et son naïf biographe, s'exprime ainsi :
" Désormais ce n'est plus la Mère de l'Incarnation <iui parle: la mort, qui impose silence aux plus grand? saints, va lui fermer la bouche, et la mettre dans un état qui ne lui permettra plus de nous donner davantage connaissance des grands trésors que Dieu avait renfermés dans son âme, et dont nous ne connaîtrons jamais bien le prix que dans l'éternité. Il est temps que cette grande servante de Dieu, qui a porté depuie tant d'années un état continuel de victime en sonâmt et en son corps, se dispose au dernier sacrifice."
Nous n'entendrons plus en effet résonner dans cea pages cette douce voix qui leur donnait la vie et tout leur charme. La mort va poser son doigt glacé sur ses
MARTE DE l'iNCARNATION 421
lèvres; et désormais nous ne pourrons plus pénétrer à sa suite dans le sanctuaire de cette âme, où il nous a été donné tant de fois de nous prosterner avec un saint respect, de demeurer ravi devant les merveilles de la grâce, et d'adorer Dieu dont la majesté remplissait tout l'édifice. Il nous faudra maintenant cheminer seul dans la nuit que le trépas fait déjà autour d'elle.
A mesure que l'on avance, la solitude se fait plus profonde. Des trois fondatrices venues de Tours, il ne restait plus que Madame de La Peltrie auprès de la Mère de l'Incarnation : la Mère de Saint-Joseph était déjà allée depuis longtemps recevoir sa couronne ; et Madame de La Peltrie, chargée du précieux fardeau de ses soixante-huit années de mérites, était sur le point d'aller la rejoindre au rendez-vous éternel. Fruit mûr dont la frêle tige ne tenait plus à l'arbre de la vie que par une fibre, le souffle qui devait la jeter dans les jardins du ciel s'était déjà levé.
Le 12 novembre 1671, elle fut attaquée d'une pleurésie, qui en peu de jours la conduisit aux portes du tombeau. Toutes les vertus qu'elle avait pratiquées pendant sa vie, parurent s'assembler autour de sa couche funèbre pour lui faire cortège à ce dernier passage. Jamais en effet on ne la vit plus humble, plus affable, plus patiente, plus mortifiée, plus soumise à la supérieure, plus unie à Dieu, ni plus résignée à sa sainte volonté. * La pauvreté évangélique
* Relations des Jénuites.
avait été sa compagne de chaque jour pendant ses trente-trois années d'apostolat; elle voulut encore l'appeler à son chevet à son dernier soupir. L'opulente héritière d'Alençon ne ])Ossédait pour château qu'une pauvre cellule, pour tout ameublement que deux chaises en paille, une table de bois sur laquelle reposaient les saints Evangiles et un livre de méditations, et pour lit de repos qu'un misérable grabat. Au-dessus de la table pendait, sur la muraille nue, un crucifix peint sur bois ; c'était là la seule décoration et les seuls ameublements de son austère cellule, ainsi que l'atteste l'inventaire qui en fut fait après sa mort.
Ayant aperçu sur sa table quelques aliments délicats qu'on lui avait préparés pour soulager ses souffrances, elle les fit enlever immédiatement en disant que la pauvreté ne connaissait pas de telles douceurs. Le 15 novembre, quatrième jour de sa maladie, elle fit son testament en présence de l'intendant Talon, qui voulut y assister, tant pour honorer sa personne, que pour autoriser ses dernières volontés. Dans son humilité, se croyant indigne d'habiter le monastère qu'elle-même avait fondé, elle y demandait par charité l'aumône d'une tombe dans le caveau des Ursu" lines. Pour répondre au désir des PP. Jésuites, elle ordonna que son cœur Unir lût remis après sa mort ; mais elle rccoinnuiuda en même temps qu'il fût enfermé dans une [>ctito boîte toute simple et non polie que Ton remplirait de terre mêlée de chaux vive, afin qu'il lui plus prouiptemeut consumé. Il devait être
MARIE DE l'incarnation 423
porté en cet état dans l'église des PP. Jésuites, et enterré sous le marche-pied de l'autel, où reposait le Saint-Sacrement, afin d'y être réduit en poussière et anéanti en holocauste au pied de la majesté divine.
Deux jours après, le 17, son médecin lui déclara qu'elle ne passerait pas le lendemain. Bien loin de e'en effrayer, elle accueillit cette nouvelle avec allé-, gresse, et pria celles qui l'entouraient de ne plus lui parler que de l'éternité.
" N'avez-vous donc aucun regret de mourir ? lui demanda une des religieuses qui l'assistaient
— Oh non! reprit-elle vivement; j'estime mille fois plus le jour de ma mort que toutes les années de ma vie. "
Le ciel réservait à ses derniers moments une suave et délicate consolation. Le grand serviteur de Dieu, le protecteur dévoué qui lui avait aplani le chemin de sa vocaiion, et qui avait pris une si large part à la fondation des Ursulines, M. de Bernières, revivait en Canada, avec toutes ses vertus, dans un de ses neveux, M. Henri de Bernières, grand vicaire et curé de Québec, était en même temps supérieur des Ursulines ; ce fut de sa main que Madame de La Peltrie eut le bonheur de recevoir les onctions suprêmes, " avec des sentiments de componction pleins djiniour et de suavité, disent les Relations. Elle priait ses chères filles, qui étaient toujours auprès d'elle, de lui remettre souvent en mémoire ce premier verset du psaume 121 : Lœtatus suni in his qum dicta sunt mihi : in domum Domi-
ni ibimus. " Enfin elle entra en agonie en priant Pieu^ et expira doucement deux heures après, sur les huit heures du soir, le 18 novembre 1671.
Le lendemain, ses obsèques furent célébrées avec une grande pompe dans le monastère des Ursulines. Le gouverneur général, M. de Courcelles, l'intendant Talon, et tous les citoyens de distinction de Québec et des environs, voulurent honorer de leur présence la cérémonie de ses funérailles.
Après le service funèbre, le clergé, suivi des restes mortels de l'illustre défunte, entra dans le chœur des religieuses, pendant que les derniers accents de la psalmodie lugubre se prolongeaient sous les arceaux du cloître. Le corps, enfermé dans un cercueil de plomb, fut descendu dans le caveau.
Cette cérémonie fut suivie immédiatement de la translation du cœur de la fondatrice. La précieuse relique, voilée sous un crêpe noir, était portée par un des principaux citoyens de la ville, précédé du clergé. Le gouverneur, l'intendant Talon, et la foule fermaient la marche. Arrivée devant le portail de l'église des Jésuites, la procession s'arrêta ; M. de Bernières s'avança alors, portant la relique, et la remit entre les mains du supérieur, qui alla la déposer au pied des marches du grand autel, qu'on avait eu le soin d'orner des décorations dont Madame de La Peltrie elle-même l'avait enrichi pendant sa vie.
La religieuse piété des Ursulines nous a conservé le portrait de leur sainte fondatrice. Toute sa personne
MARIE DE l'incarnation 425
offrait le type de Paménité et de la douceur. Sa figure, d'un bel ovale, était remarquable par l'harmonie des lignes et la perfection des formes. Un nez légèrement aquilin, une bouche bien dessinée et toujours souriante, un regard limpide, voilé sous de longs cils, que l'habitude de la méditation tenait à demi baissés, imprimaient à sa physionomie une douceur exquise. Quoique sa taille frêle et délicate ne dépassât pas la moyenne, et que tout en elle respirât la modestie et l'humilité, sa démarche était néanmoins pleine de dignité et de noblesse j on reconnaissait, en la voyant, la descendante de ces hauts et puissants châtelains, de ces preux chevaliers, dont la vaillante épée avait soutenu le trône et l'autel. A travers la plus charmante simplicité, perçaient toujours ce grand air du dixseptième siècle et cette distinction parfaite, traditionnelle parmi les vieilles familles de France. Mais ce majestueux ensemble était tempéré par un air de recueillement et d'onction attractive qui donnait à sa conversation un charme infini, et qui avait conquis l'estime et l'afifection de tous ceux qui avaient eu le bonheur de la connaître. Telle était la fondatrice des Ursulines, Marie Madeleine de Ghauvigny de La Peltrie, une des gloires les plus touchantes, un des plus beaux noms que la Nouvelle- France ait gravés au frontispice de son histoire.