‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 41 sur 76 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

Mon cher philosophe , il y a long-temps que je voulais vous écrire. La chose qui me manque le plus c'est le loisir. Vous savez que ce

La Serre ,

Volume sur volume incessamment desserre.

J'ai eu beaucoup de besogne. Vous êtes un grand seigneur qui affermez vos terres; moi, je laboure moimême, comme Cincinnatus ; de façon que j'ai rarement un moment à moi. J'ai lu une héroïde d'un disciple de Socrate , dans laquelle j'ai vu des vers admirables. J'en fais mon compliment à l'auteur, sans le nommer. La

DE VOLTAIRE A HELVETIUS. 225 pièce est roide ; Bernard de Fontenelle n'eut jamais ni osé ni pu en faire autant. Si vous avez reçu un Pierre 9 ce n'est pas Simon Barjone; ce n'est pas non plus le Pierre russe que je vous avais dépêché par la poste : ce doit être un Pierre en feuilles que Robin Mouton devait vous remettre. Je vous en ai envoyé deux reliés, un pour vous, et l'autre pour M. Saurin. Il a plu à messieurs les intendans des postes de se départir des courtoisies qu'ils avaient ci-devant pour moi. Ils ont prétendu qu'on ne devait envoyer aucun livre relié. Douze exemplaires ont été perdus. C'est l'antre du lion. J'ignore même si un gros paquet a été rendu à M. Duclos.

De quelles tracasseries me parlez-vous? je n'en ai essuyé ni pu essuyer aucune. Est-ce de frère Menou ? ah ! rassurez-vous : les jésuites ne peuvent me faire de mal; c'est moi qui ai l'honneur de leur en faire. Je m'occupe actuellement à déposséder les frères jésuites d'un domaine qu'ils ont acquis auprès de mon château. Ils l'avaient usurpé sur des orphelins, et avaient obtenu lettres royaux pour avoir permission de garder la vigne de Naboth. Je les fais déguerpir, mors-dieu, je leur fais rendre gorge; et la Providence me bénit. Je n'ai jamais eu un plaisir plus pur. Je suis un peu le maître chez moi, par parenthèse. Vous ai-je dit que le frère et le fils d'Orner sont venus chez moi, et comme ils ont été reçus? Vous ai-je dit que j'ai envoyé Pierre au roi, et qu'il l'a mieux reçu que le discours et le mémoire de Le Franc de Pompignan P II peut savoir qu'il n'a point de sujets plus fidèles que nous, ni.de plus capables de faire sentir le ridicule des cuistres qui voudraient renouveler les temps de la Fronde.

N'avez-vous pas bien ri du voyage de Pompignan à la cour avec Fréron , et de l'apostrophe de monsieur le Dauphin,

Et l'ami Pompignan pense être que'que chose.

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