‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 45 sur 76 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

Voici , mon illustre philosophe, un gentilhomme anglais très-instruit , et qui, par conséquent, vous estime. Je me suis vanté à lui d'avoir quelque part à votre amitié; car j'aime à me faire valoir auprès des gens qui pensent. M. Makartney pense tout comme vous ; il croit , malgré Orner et Christophe , que si nous n'avions point de mains il serait assez difficile de faire des rabats à Christophe et à Orner, et des sifflets pour les bourdons de Simon-îe-Franc , favori du roi, etc. etc. etc. Il trouve notre nation fort drôle. Il dit que sitôt qu'il paraît une vérité parmi nous, tout le monde est alarmé

DE VOLTAIRE A HELVETIUS. ^33 comme si les Anglais faisaient une descente. Puisque vous avez eu la bonté de rester parmi les singes, tâchez donc d'en faire des hommes. Dieu vous demandera compte de vos talens. Vous pouvez plus que personne écraser Terreur, sans montrer la main qui la frappe. Jean-Jacques dit, à mon gré, une chose bien plaisante , quoique géométrique , dans sa lettre à Christophe, pour prouver que dans notre secte la partie est plus grande que le tout. Il suppose que notre Sauveur Jésns-Christ communie avec ses apôtres : «En ce cas, » dit-il, il est clair que Jésus met sa tête dans sa bouche. » Il y a par-ci par-là de bons traits dans ce Jean- Jacques. On m'a envoyé les deux extraits de Jean Mélier. Il est vrai que cela est écrit du style d'un cheval de carrosse : mais qu'il rue bien à propos ! et quel témoignage que celui d'un prêtre qui demande pardon en mourant d'avoir enseigné des choses absurdes et horribles! Quelle réponse aux lieux communs des fanatiques qui ont l'audace d'assurer que la philosophie n'est que le fruit du libertinage!

Voie : je vous estime autant que je vous aime.

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