‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 1 sur 44 · [Oeuvres complètes] · texte numérisé non relu

[Oeuvres complètes]

Celle lettre fat écrite de Fonie pend ml le séjour que l'auteur vient d'y faire. Elle avait pour but d'expliquer la conduite du Saint-Siège dans ces derniers temps, conduite aussi remarquable que ces temps sont difficiles. Le Saint-Siège a un malheur qui lui est commun avec tous les grands hommes et toutes les grandes œuvres , c'est qu'il ne peut être équitablement jugé par le siècle où il agit, et comme il est immortel, il vit insulté entre sa gloire passée et sa gloire future , semblable à Jésus-Christ crucifié au milieu des temps, entre le jour de la création et celui du jugement universel. L'auteur ne se flattait pas, malgré son amour profond pour Rome chrétienne, de comprendre toute la sagesse de

son action providentielle ; il savait que l'amour même est impuissant à tout comprendre , là où l'Esprit-Saint verse sans cesse les flots de cette lumière qui aveugle les profanes, et qui ne se laisse pénétrer qu'à demi par ceux qui doivent croire pour mériter de voir. Mais lors même qu'une justice complète est impossible, il est toujours bon de la rendre au degré où on le peut.

Une des plus graves erreurs aujourd'hui répandues contre le Saint-Siège, c'est qu'il est entré dans l'alliance des gouvernements absolus, et qu'il voit avec inimitié tout pays dont les institutions essaient de rappeler les anciennes franchisesdeTEurope catholique. On classe Rome dans un parti, elle qui est la mère commune de tous les peuples, et qui respecte toutes les formes de gouvernement qu'ils se donnent, ou que leur crée la force des choses du temps; et cette fausse accusation lui attire nécessairement des haines que mérite bien peu l'antique impartialité dont elle conserve fidèlement la tradition. Il suffît d'habiter Rome avec un esprit droit et attentif pour s'apercevoir tout de suite de la sphère élevée où elle respire , et combien les nuages de la terre , qui troublent ailleurs et partagent quel-

quefois les Églises particulières elles-mêmes, passent loin à ses pieds. On sent qu'on habite la patrie universelle, l'asile de la défaite et de la victoire, le lieu unique au monde où la réconciliation est éternellement assise, tenant dans ses mains les deux clefs qui ouvrent et qui ferment sans s'étonner d'être amies. L'auteur a vécu deux fois dans ces régions pacifiques ; deux fois il a connu l'équité, la douceur, la liberté et le coup d'œil surhumain du gouvernement apostolique. Il n'a pu s'empêcher, dans un moment où son cœur sentait plus vivement l'injustice des ennemis de sa patrie spirituelle , d'écrire pour sa défense la lettre courte et imparfaite qu'on va lire, simple indication d'un point de vue que le temps développera de lui-même.

Des circonstances particulières en ont retardé la publication jusqu'aujourd'hui. L'odieux attentat de Cologne , qui révèle tant de choses jusque-là moins visibles, et qui crée pour le Saint-Siège de nouvelles difficultés , ne permet pas de taire davantage les vérités que contient cet écrit. Il eût été facile d'y ajouter beaucoup , et de le rendre moins indigne du sujet qu'il traite et des lecteurs qui s'en occuperont. ]\Iais il y a des raisons de le laisser tel qu'il est , et

qui lui donnent plus de prix que l'auteur ne saurait lui en donner par lui-même. Heureux, à sa rentrée en France, de pouvoir mêler aux premières joies du retour le souvenir ineffaçable des grandeurs de Borne et de^ bontés d'un pontife dont le cœur palei-nei ad besoin de la justice qui lui est ici rendue que par amour de ceux qui la lui refusent.

l.ETTHK

SUR

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