SIC
les exercices de piété.
DIEU SEUL
Ma chère tille,
Dieu seul, Dieu seul en trois perionues, etc. Mais ce Dieu seul ne sera en nous que quand nous cesserons d"ètreà nous-mêmes.
Aussi noire divin Maître ordonne à tous ceux qui le veulent suivre le renoncement à eux-mêmes, et ce renoncement ne sera jamais qu'en quittant sa propre volonté, qui est un venin qui infecte les meilleures actions. C'est [lourquoi Dieu, dans l'Ecriture, proteste qu'il a en haine les solennités et les jeûnes de son peuple, parce que leur propre volonté s'y irouiuit {Isa. i, 13, li; Lviii, 3); et c'est une grande vérité que la propre volonté est accompagnée d'une vraie malédiction. Voilà ce qui ai-rive aux propriétaires {13) dans leurs jeilnes, dans leurs abstinences et dans les autres exercices de piété, à ceux qui funt leur propre volonté et ne se soumettent pas comme des enfants à leurs supérieurs, car c'est ainsi que l'on doit faire ; aus.-i seront-ils punis en l'autre monde et en relui-ci, pour leurs jeûnes, leurs abstinences et leurs autres exercices. A|jrès tout, il faut nous bien humilier aiirès nos fautes, prendre de saintes résolutions lie nous corriger avec le secours divin ; mais je vous le répèle toujours, jamais de découragement.
Je ne crois pas que la divine Providence nous fasse aller cet été à Paris. Nous devons être prêts à tous les événements que la divine Providence nous enverra sans la moindre réserve. Jamais il n'y a eu de plus sainte maison, de plus sainte famille que celle de notre bon Sauveur, de la très-sacrée Mère de Dieu ei du glorieux saint Joseph; et cependant la divine Providence l'a détruite, faisant mourir saint Joseph, ensuite notre bon Sauveur, et réduisant la trèspure \'ierge h vivre des aumônes des jiremiers Chrétiens. Saint Albert le Grand dit que l'aimable saint Jean l'Evangéliste lui portail la portion prise sur la communauté des biens des premiers lidèles; ensuite elle suivit saint Jean dans ses voyages, où elle ne vivait avec lui que des aumônes qu'ils trouvaient. Je salue, etc.
A Evreux, ce 26 de mai, jour de la précieuse mort de la B. sœur Marguerite du Suint-Sacrement, Carmélite, l'admirable dans la dévotion de la sainte enfance de notre bon i>auceur.
LETTRE XXIIL
Sur les distractions qu'elle éprouvait dans l'oraison. Conduite qu'on doit tenir en celte occasion.
DIEU SEUL
Ma chère lille.
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. Je ne crois pas (jue vous deviez vous embarrasser pour votre oraison, à raison des distractions que vous éi)rouvez, que je ne crois pas non plus être |iarfaitement volontaires. Quand vous prendriez des sujets dans des livres, ils ne vous les ôteront pas. Souvent il arrive que cet éiat est un exercice, dont le bon usage sert à i)urilier l'âme des recherches propres qu'elle avait dans ses pratiques spirituelles. Seulement il faut prendre garde de n'y pas donner lieu par un attacheiiient volontaire à quoi que ce soit, par une trop grande dissipation dans les choses qui ne sont pas nécessaires, ou par trop d'activité et d'empressement dans les choses que Dieu demande de nous. .\|)rès tout, cet état de distractions que nous ne voulons [las, ne nous distraira pas de Dieu, lorsque nous l'accepterons avec soumission, et comme étant irès-indignes de jienser ii lui, et méritant pour un jamais l'enfer où l'on ne pensera iioint du tout à Dieu par amour. Qu'il est donc juste, ma chère lille, que iiou-s soyons firivés[)our quehjue temps d'une giâce dont nous méritons la privation éternelle !
Supportons donc avec humilité ces soustractions, otfrons-les à Dieu, unissons-nous dans cet état aux privations que notre bon Sauveur a voulu éprouver ])Our nous. Oh I quel délaissement cet aimable Sauveur a éprouvé de la jiôrt de son Père sur la croix pour l'amour de nous! Mais ne s'est-il pas jirivé, durant toute sa vie voyagère.de la gloire qui était due à son corps, puisque son âme jouissait de la gloire? De plus, cel état qui est sans lumières, sans consolations et sans goûts spirituels, nous donne lieu de ne chercher que Dieu seul dans notre oraison, et d'éviter bien des recherches d'aniour-propre qui se trouvent ordinairement dans les lumières et lus douceurs. Car enfin il faut chercher Dieu pour Dieu, et de cette manière l'on entre dans une parfaite indifférence à l'égard de toutes sortes d'états, eê jiour l'intérieur, et (lour l'extérieur. L'on est content d'être dans les ténèbres comme dans les lumières, d'avoir une santé languissante comme la meilleure et la plus parfaite, d'être désapfirouvé et mésestimé des créatures comme d'en être approuvé ; l'on ne veut que ce (]ue Dieu veut, son bon plaisir divin fait notre plaisir; jamais donc on ne se décourage en quelque état que l'on se trouve; on se trouve toujours bien, quand on ne veut que ce que Dieu veut, et comment vouloir antre chose?
Je vous supiilie de saluer de ma part le R. P. Feuillant votre frère, et votre chère sœur. J'espère que la divine Providence nio mènera à Paris tians le mois de juin. Je salue votre bon ange, etc.
A Kvreux, ce 2a de mai, fêle des glorieux martyrs suint Mauxe et saint Vénérand.
(15) E\prossion énergique dont se sert Boulon pour (léb'giiiT ceux qui se coiuluisenl par veiueiil (le leur propre voloiilé.
lu mou-
817 IJCTTIIES. - A LA MKRE ELISAUETH DE SAINTE-MAUIE