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CHAPITRE IV

Jésus caché dans la privation des biens temporels.

Comme c est le propre des souverains [de la terre de posséder beaucoup de biens temporels, et de jouir de grand revenus, il semble qu'être roi', et être riche ce soient des choses inséparables; et de vrai il serait bien difficile de se persuader, quoique l'on nous pût dire à la rencontre d'un pauvre, que ce fût un monarque, un souverain de quelque royaume florissant. Il n'appartient qu'à Jésus d'être le Roi des rois , le Seigneur des seigneurs, et d'être en même temps le plus pauvre de la terre. Oh 1 qui a jamais entendu parier d'une si extrêmepau vielé dans une personne royale? il a pour pafais en sa naissance , une chétive étable; pour courtisans de vils animaux; pour tapisseries et ameublements, les pierres des murailles, les toiles d'araignées; pour berceau, une crèche, de la paille, du foin; pour soulagement au milieu d'une nuit froide, une étable sans porte, exposéeaux injures du temps, et aux incommodités de lasaison rigoureuse de l'hiver. Dans la suite des temps, il mangera son pain à la sueur de son front , soutenant sa vie par le travail de ses mains , exerçant le métier de charpentier : ou bien il vivra des aumônes que de saintes dames lui donneront, le suivant dans ses voyages, comme il est rapporté dans l'Evangile. Enfin il sera dans un dépouillement de toutes choses à la mort , n'ayant pas même un pauvre morceau de toile pour couvrir la nudité de son corps exposé sur une croix : et pendant que les oiseaux ont des nids, et les renards des tanières pour se retirer, le Fils de l'homme n'aura pas où reposer sa tête.

O aimable Jésus 1 il faut bien dire que vos plus fortes et plus tendres inclinations vous portent à vous cacher en toutes manières. Ohommesl quelles marques de royauté pouvez-vous découvrir par toutes vos lumières naturelles, au milieu d'une pauvreté si affreuse, et si rebutante? O mon âme! celui que tu vois tout nu sur un gibet, est-ce le Seigneur à qui appartient tout le inonde, et toute la rondeur de la terre? û mon Seigneur, c'est la foi seule qui .me découvre dans un si grand dépouillement,

que vous êtes le roi des siècles, le roi des anges et des hommes, le maître absolu de tout l'univers. C'est cette vue de foi qui a touché si puissamment les cœurs de plusieurs rois et reines , de plusieurs grands princes et princesses, que quittant volontairement leurs royaumes et principautés , ils ont préféré l'obscurité des solitudes , et des cloîtres où ils se sonfretirés, h tout l'éclat de leurs couronnes, et de leurs honneurs. C'est cette vue qui a porté tant de personnes riches à se dépouiller de leurs biens, pour s'ensevelir tout vivants dans le tombeau de la religion. Oh! qu'il vaut bien mieux vivre inconnu, que de demeurer avec bruit et réputation dans les palais des grands du monde !

Cependant il faut avouer que la pauvreté volontaire, si recommandable par l'élection libre d'un état conseillé par la bouche de Dieu même , et qui en cela, et par la pratique des saints vœux, a tant d'avantages pardessus la pauvreté nécessaire, ne prive pas ordinairement de l'estime et des louanges des hommes. Elle porte avec soi un plus grand honneur que celui qu'elle quitte; et en fuyant la gloire, c'est lorsqu'elle la trouve plus abondamment. Il n'en va pas de même de la pauvreté nécessaire , dont la pratique est bien assurée, puisque sans doute elle est dans l'ordre de la volonté de Dieu : car sa nécessité cache tout ce qu'il y a de plus grand, de plus chrétien, et de plus saint dans son exercice; comme elle est méprisable aux yeux des nommes, elle met à couvert de leur estime, et en cela donne plus d'entrée dans la vie pauvre , et abjecte du Fils de Dieu. Cette vérité est bien consolante pour les personnes qui sont pauvres de naissance , ou qui ont été réduites dans la pauvreté par le changement d'état, ou la révolution de quelques autres affaires.

Mais l'orgueil, la superbe et la vanité do la créature ne peuvent souffrir l'abjection de l'état de pauvreté. Les pauvres de naissance s'en plaignent, et se croient malheureux, ne voyant pas l'honneur que Dieu leur fait , de leur donner un si grand rapport de vie à (elle qu'il a choisie pour l'amour de nous. Les autres s'impatientent, murmurent, et on a bien de la peine à donner quelque repos à leur esprit, demeurant dans la nature, sans s'élever avec le secours de h grâce, aux vues que la foi nous donne d'un état si utile aux âmes pour leur salut, et si considérable à Dieu pour sa gloire. Chose étrange, que l'orgueil de la créature dans sa corruption 1 Vous verrez des gens de basse naissance , et destitués des biens temporels de ce monde , exerçant des métiers vils et abjects, qui auront de la peine à passer pour être entièrement pauvres ; s'ils sont dans le besoin, ils auront honte d'être secourus, si ce n'est en cachette; il faut donnerdes combats pour les résoudre à manifester leur nécessité, quand on ne peut pas les assiste-r autrement. Dans toutes les conditions, c'est à qui cachera sa pauvreté, tout le monde a honte de cette livrée d»

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