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CHAPITRE PREMIER

Les grandeurs infinies de la divine Providence.

Le premier motif que je propose pour l'adoration perpétuelle de la divine Providence, est une vi\re foi de ce qu'elle est la connaissance des mérites et des qualités d'un bienfaiteur, et en relève beaucoup les grâces. Assurément on se tient obligé à un grand prince, des bienfaits dont il nous gratifie, d'une toute autre manière que si nous les recevions d'une personne du commun. Celui donc qui considérera avec grande attention, que la divine Providence est Dieu même, qui prend soin de nous, et de tout ce qui nous regarde , s'il est un peu pénétré des grandeurs infinies de cet Etre suradorable, aura bien de la peine à ne pas vivre dans un continuel esprit de sacrifice, en action de grâces •les soins inénarrables qu'il prend de ses cliétives créatures. 11 est vrai, et on ne le

peut jamais assez dire, la cause de toutes nos ingratitudes, et ensuite de nos malheurs, vient du peu de connaissance que le monde a de Dieu. Cette ignorance est suivie du peu d'estime, et le peu d'estime est la source de nos lâchetés et de nos froideurs dans l'exercice de son divin amour. Cette vue me presse de crier ici fortement : Hommes sans jugement, revenez à vous : insensés , devenez entin sages. Tenez-vous en repos par une mainte retraite; et là, per une véritable pénitence, par l'éloigneraent du péché et dans le silence de vos passions mortifiées, reconnaissez votre Dieu, voyez qu'il est le Seigneur très-haut et terrible, qui a tous les peuples sous sa puissance, qui a toutes lés nations'sous ses pieds. Depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, l'éclat de sa gloire parait. Ses éclairs ont brillé dans toute la terre : la terre les a vus, et en a frémi de crainte. Les montagnes se sont fondues comme la cire à sa vue : toute la terre a tremblé en sa pré-

L'ADORATION PERPETUELLE DE LA DIVINE PROVIDENCE

'sence. Les cioux racontent sa gloire et le firmament publie les ouvrages de ses mains. Son trône est établi dos l'éternité, et il esl élevé avant tous les temps. Il possède toutes les perfections possibles, dans toute retendue possible, sans aucune restriction. Elles sont toutes infinies, et il possède une infinité d'infinis. Les cieux ne sont pas. nets en sa présence, et les plus hautes puissances de l'empiréo se voilent la face par respect devant lui. 11 fait entendre sa voix au néant, comme aux choses qui sont. Il est celui qui est; et toutes les créatures, comparées à lui, ne sont rien.

Cependant ce Seigneur qui est le grand Dieu, prend soin de nous, de toutes ses créatures, et de tout ce qui arrive et se fait en la terre, au ciel, dans les abîmes. 0 Seigneur, qu'est-ce que l'homme , pour être un objet de votre souvenir? Vous avez mis toutes choses sous ses pieds ; toutes les brebis , les bœufs, les bêtes de la campagne, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer qui se promènent dans son étendue.

Vous êtes son refuge , son appui dans le besoin , et dans le temps de l'affliction. Vous êtes même plus porté à lui faire du bien, qu'il n'est à le recevoir; et il ne s'est jamais trouvé de créature dont la capacité répondit Il votre fécondité. Vous aimez , ô mon Dieu ! cet homme avec un amour infini ; vous en prenez le soin en personne, et de tout ce qui le touche. O Dieu, qui est semblable à vous ! Ne vous tenez plus dans le silence. Parlez aux peuples qui ne vous connaissent point, ni ne comprennent pas la douceur de votre providence. Envoyez un éclat de cette lumière à ces gens qui marchent dans les ténèbres. Juges de la terre, montrez votre grandeur; et vous, ô hommes, venez, adorons ce Dieu de toute grandeur, adorons sa divine Providence; prosternons-nous devant lui, pleurons devant ce Seigneur qui nous a faits; car c'est lui qui est le Seigneur notre Dieu. Et pour nous , nous sommes son peuple, et les brebis que sa main conduit.

C'est de lui que toutes les choses lumineuses empruntent leur clarté ; toutes les choses agréables et délicieuses , leurs beautés et leurs douceurs; toutes les puissances, leurs forces : et c'est lui dont sont remplis et environnés tous ceux qui se confient en ses bontés. L'a me donc qui le possède par amour , a plus infiniment , que si elle possédait tous les biens de la terre, que si elle jouissait de tous les plaisirs que l'on y peut goûter, qui, pour parler de la véritable lumière, ne sont que des ombres, n'ayant rien de solide; elle est plus soutenue, que si elle avait pour elle tous les rois et tous les peuples du monde : et elle est plus en assurance, que si elle était gardée par autant de personnes qu'il y a de créatures sur la terre. Ces vérités ne peuvent être ignorées que par ceux qui ne connaissent pas Dieu; elles ne peuvent êtres combattues sans impiété ; elles sont assurées de la dernière certitude. D'où vient donc qu'elles font si ueu d'impression sur les esprits ?

D'où vieni que les cœurs en sont si peu touchés? C'est que les hommes s'appliquent peu à la connaissance des grandeurs infinies de la providence de Dieu ; c'est que les hommes les savent peu estimer. Ah 1 Seigneur, ceux qui connaissent votre nom espèrent en vous! que ceux qui connaissentl.es grandeurs de votre divine providence, s'y confient 1 car c'est à eux proprement qu'appât- tient la confiance en vos divines bontés.

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