‹ Œuvres complétesChapitre 95 sur 397 · DILU SEUL. — PART. II, PRATIQUES · texte numérisé non relu

DILU SEUL. — PART. II, PRATIQUES

son royaume, et l'accomplissement <Ir sa

volonté en la terre comme an ciel. Que l'âme chrétienne demande donc, à la bonne heure, le pain quotidien; qu'elle demande au Père des miséricordes ses nécessités corporelles et des lumières : il faut avoir recours à lui pour toutes choses, mais qu'elle ne fasse pas de l'accessoire le principal. 0 mon Seigneur, je ne puis considérer le procédé ordinaire des hommes, san-s être vivement touché; car est-il possible, ô grandeur infinie, que la créature s'occupe presque toujours de ses intérêts, ne pensant quasi point aux vôtres ! Je regarde ce qui se passe dans les pèlerinages, dans les dévotions de tant de personnes qui font célébrer des messes, qui font des neuvaines, qui donnent des aumônes, qui pratiquent des austérités, et presque partout je ne vois que ces vues temporelles. O éternité , que tu entres peu dans l'esprit des hommes 1 On prie pour être délivré d'une fièvre : on fait des vœux, les villes s'assemblent pour être délivrées de la peste : les uns demandent la santé, les autres des biens temporels. C'est où tend tout le grand concours des peuples ; c'est où se terminent les dévotions. Quand il est question des choses temporelles, l'on s'empresse, tout le monde va enfouie, tout le monde est touché, et cela est bien bon, nous l'avons déjà dit: il faut avoir recours à Dieu en toutes choses; mais jamais ne pensera-t-on à l'intérêt de Dieu? Le principal ne l'emportera-t-il point par-dessus l'accessoire? Il me prendrait ici l'envie de criera tout le monde : Pensez à Dieu, souvenez-vous de Dieu, ayez a cœur ses intérêts, soyez touché de sa gloire. Dieu seul '. Dieu seul ! Dieu seul ! C'est la première pratique que nous donnons aux associés, que nous conjurons par le Dieu d'infinie majesté de faire de temps en temps des neuvaines, des pèlerinages, des jeûnes, des aumônes, des prières, de faire célébrer des messes pour demander l'établissement de l'intérêt de Dieu et l'avènement de son royaume.

Il m'est tombé entre les mains, depuis peu, la Vie d'une grande âme et fondatrice des ïhéatines en Italie, dans le siècle dernier. J'ai été grandement consolé, y lisant qu'elle avait établi ûes prières continuelles pour l'avènement du royaume de Dieu, et la sanctification de son saint nom. En écrivant ceci, et jetant les yeux sur un livre de sainte Thérèse (le Chemin de perfection), ma pauvre et très-chétive âme s'est trouvée comblée d'une joie indicible, y lisant ces paroles : « Quand nous vous demanderons, mon Dieu, des honneurs, des rentes, de l'argent ou des choses qui. tentent le monde, ne nous exaucez pas ; mais pour ce qui touche l'honneur de votre Fils, pourquoi n'exaucez-vous point les prières d'une personne qui perdrait mille honneurs et mille vies pour vous? Faites cela, non pour notre considération, mon Dieu, mais pour celle du sang de votre Fils et de ses mérites. Considérez les mérites de sa glorieuse Mère, et de tant de saints et de martyrs qui sont

morts pour vous. >; Et au chapitre premier du même livKe : « Non, mes sœurs (ditelle parlant à ses religieuses), vous n'êtes point ici assemblées afin de prier pour le succès des alfaires des gens du monde, car je me ris ou plutôt je m'afflige des choses qu'ils nous viennent recommander ici, nous priant de demander pour eux des rentes et de l'argent ; ce sont des personnes pour qui je voudrais prier Dieu de leur faire la grâce de fouler le monde aux pieds. Non, non, mes sœurs, il n'est pas temps de traiter avec Dieu d'affaires de peu d'importance. »

On voit par ces paroles que l'intérêt de. Dieu et Jésus-Christ était le sujet des grandes dévotions de sainte Thérèse. Or, je prie Notre-Seigneur d'inspirer cette pratique à ses serviteurs et à ses servantes. Je suis encore consolé, me souvenant d'avoir connu une troupe d'écoliers qui, faisant plusieurs dévotions, et, entre autres, allant souvent en pèlerinage en des lieux consacrés à Dieu en l'honneur de sa très-sacrée Mère, qui était leur divine princesse et leur très-chère Mère, lorsqu'ils y faisaient célébrer le Irèssaint sacrifice, c'était dans la pure vue de l'intérêt de Dieu et de l'admirable vierge Marie

DEUXIÈME PRATIQUE

Procurer tous les moyens possibles de faire connaître et aimer Dieu.

Ce n'est pas assez de faire des dévotions pour demander l'établissement de l'intérêt de Dieu, mais il faut de plus se servir de toutes sortes de moyens justes et légitimes pour l'avènement cîe son royaume. Or, les principaux moyens sont de travailler à ce que les bénéfices soient conférés à des personnes très-dignes, n'y regardant ni la cnair ni le sang, particulièrement 'ceux qui regardent le plus le bien public, comme les évêchés, les dignités des cathédrales et les cures : il n'y a personne, s'il est un peu éclairé, qui ne sache que l'intérêt de Dieu dépend de là ; c'est pourquoi on ne peut assez déplorer le peu de soin que l'on prend en ces choses. O mon Dieu, quelle misère de vous voir si peu considéré 1 Combien prend-on de vicairesT'généraux peu attachés à l'intérêt de Dieu , Combien d'archidiacres négligents à faire leurs visites 1 Ne vend-on pas souvent les ollicialités? n'y met-on pas des vice-régents peu sensibles à la gloire de Dieu, des promoteurs qui oublient les affaires de l'Eglise? en sorte que les intérêts de Dieu sont même négligés de ceux qui, par leur état et leur profession, ont une obligation très-particulière de les soutenir. On donne les chaires sur un simple mot de lettre, sans examiner si ceux que l'on présente ont l'esprit apostolique, s'ils sont puissants en œuvres aussi bien qu'en paroles; ce qui est un des plus grands abus et un des plus grands maux de notre siècle, où l'on fait un métier de la prédication ; plusieurs la faisant servir honteusement et criminellement à leur intérêt, à leur ambition et à leur vanité. Quel désordre souvent dans

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDl»

les ordres sacrés! Comoien d'indignés y sont introduits 1 Nous parlons de choses dont nous ne pouvons douter. De dire ensuite combien il en arrive de sacrilèges, de profanations, d'irrévérences , d'impiétés, d'abominations, je soutiens que c'est ce qui ne peut s'expliquer. Les associés sont invites à faire tout leur possible, par eux et par tous ceux auprès desquels ils auront quelque accès, pour remédiera ces grands maux, travaillant à ce que l'Eglise soit pourvue de Ivons ouvriers. Ceux qui y ont quelque pouvoir, auront tout sujet de trembler à la mort; car un terriblejugement de Dieu les attend, s'ils ont été négligents en une chose de la dernière conséquence. C'est encore une chose très-considérable de remplir les charges de l'état séculier de personnes de probité, zélées pour la gloire de Dieu, et capables.

Enfin, un des moyens les plus propres pour la sanctification du nom de Dieu, c'est de procurer des missions, tant dans les lieux et terres des chrétiens, que dans les pays étrangers où l'infidélité règne. Avec peu de frais, on peut faire beaucoup en cette rencontre : premièrement, dans les campagnes, où la plupart des pauvres gens qui y habitent sont bien éloignés de faire la volonté vie Dieu, puisque même ils ne la savent pas. On les voit plongés dans un oubli si profond de l'éternité, que plusieurs vivent comme s'il n'y en avait pas. Les missions donnent le remède à l'ignorance par les instructions qui s'y font ; elles oient le péché par l'horreur qu'elles en donnent: pour l'ordinaire, il s'y fait beaucoup de restitutions. Plusieurs personnes ennemies s'y réconcilient ; plusieurs qui, par honte, n'osent pas se confesser aux prêtres avec lesquels ils sont fort souvent, déchargent leurs consciences ; plusieurs font des confessions générales qui leur sont nécessaires, ayant commis beaucoup de fautes notables en leurs confessions précédentes ; et il n'est pas croyable le bien que les missions font, particulièrement pour ce qui regarde les confessions ; et j'estime, par l'expérience que mon ministère me donne, que quand il n'y aurait pas d'autre sujet de procurer des .missions que la confession, ce seul motif serait bien capable de s'y employer fortement. Si le sacré concile veut que l'on donne de temps en temps d^s confesseurs extraordinaires aux religieuses, qui ne manquent pas de lumières pour savoir ce qu'elles doivent faire, Nosseigneurs les prélats qui ont ordonné la même chose pour les habitants des campagnes, comme plusieurs l'ont fait, montrent eu cela une conduite douce et sage, et même nécessaire, donnant 1;J liberté à leurs diocésains, plusieurs fois l'année, de choisir des confesseurs à leur liberté, pourvu qu'ils eussent leur approbation.

En second lieu, personne ne peut douter de la nécessité des missions pour les pays étrangers ; la chose parle d'elle-même, mais elle parle bien haut à celui qui a des oreil-

les pour entendre. 11 faut i ci que je m'écrie : Où est la foi, où est le zèle de l'intérêt de Dieu, où est l'amour de sa gloire? C'est en ce sujet qu'il faut, reconnaître que cette terre est une terre d'oubli, où l'on ne pense point à ses vrais intérêts, ni que la vie présente est une vallée de larmes, où toute l'occupation d'une âme éclairée est 4e gémir, de pleurer et de soupirer. On nous rapporte tous les ans que l'on découvre, dans le Canada, des pays immenses, où l'on pourrait publier l'Evangile. Ou sait que dans la Grèce grand nombre de schismatiques tendent les mains pour la réunion à la sainte Eglise romaine, qui est la seule et véritable Eglise. Le vaste empire de la Chine est ouvert aux prédicateurs de la foi, aussi bien que l'empire du Grand ïartare. Une multitude incroyable de provinces, de pays et de peuples, sont disposés à recevoir le nom de Jésus-Christ; cependant, misérables que nous sommes, nous vivons dans un profond sommeil, ne nous occupant nullement de «l'intérêt de Dieu. O christianisme 1 où es-tu réduit? Pour un prébende, on prend la poste, on court à toute bride. Pour quelque revenu temporel, pour quelque charge, pour quelque honneur, on court jour et nuit : les familles s'assemblent, tous les amis s'intéressent ; on va, on vient, on écrit, on prie, on brigue avec empressement, avec ardeur, avec feu :'et .pour Dieu à peine fera-t-on un pas 1 Qui court la poste pour l'intérêt de Dieu ou s'empresse pour sa gloire ? Qui sollicite pour son honneur? Où e-t le soin, où est le courage, où est le zèle pour notre souverain Maître? Hélas 1 je vous le demande à vous qui lisez ceci. Pour un habit, on emprunte même quelquefois de l'argent, quoique les ornements n'aient point d'autre nécessité que la vanité. On n'épargnera rien pour un festin, et souvent même pour un vilain plaisir: et pour l'intérêt de Dieu, on a bien de la peine à fournir quelque chose. Il sagit, Chrétiens, d'acquérir des empires à votre Maître, à votre Sauveur, à votre Dieu; je le répète, à votre Dieu ; pensez un peu à ces mots : A votre Dieu; et songez qu'un seul degré de sa gloire vaut mieux que tous les biens du monde ensemble. Faites réflexion ensuite, que non-seulement pour tout le monde, mais pour une petite place dans ce monde, par exemple, pour une ville, on lève des armées, on n'épargne ni les biens ni les vies. *

Je vous laisse donc a penser, mais àj) loisir, mais après une bonne confession, ce que l'on doit faire, non pas pour un seul degré de gloire de Dieu, qui vaut mieux cependant que tous les biens de ia terre, mais pour une infinité de degrés de la gloire de Dieu. 11 s'agit, ô Chrétiens, de faire régner votre maître dans un lieu qui lui appartient, dont il est chassé, où il est blasphémé, où régnent les diables, ses ennemis éternels. Il s'agit, ô Chrétiens, de faireconnaitre le doux nom de notre Sauveur aux peuples qui l'ignorent, de le leurfaire aimer; de leur'faire connaître et aimer Ja très-sainte Vierge, sa

4Gj

douce Mère, les anges, les saints, l'éternité. Il s'agit d'affaires d'étranges conséquences, puisqu'il y va de l'éternité: et après tout, ô honte, ô contusion du christianisme, ô horreur, ô abomination ! on perdra en une heure mille pistoles, deux mille pistoles pour une fantaisie du jeu ; on fera desfestins magnifiques, qui coûteront dos dépenses incroyables; on emploiera sans difficulté ue grandes sommes d'argent pour un ehétif honneur, pour un misérable intérêt qui ne durci;! guèrp. Entendez bien cette vérité, vous savez qu'elle est certaine: La mort viendra bientôt. Tour Dieu, pour Dieu, je le répète dar/s l'amertume de mon cœur, chacun est resserré. Pour peu d'argent, on entretiendrait toutes les missions étrangères;: c'est ce que l'on ne trouve pas. O grands saints qui disiez que vous eussiez voulu souffrir ton-- les tourments des cruels brasiers du purgatoire jusqu'au jour du jugement, pour un seul degré de gloire de Dieu, que ditesvous à la vue d'un tel spectacle ? Hélas ! que les jours de mon pèlerinage sont longs, et que la demeure parmi les habitants de Cédarest ennuyeuse 1 O mon divin Maître, ô mon adorable Sauveur, ô le Dieu d'infinie majesté! vous n'êtes point connu; faites donc, pour l'honneur de votre saint nom, que votre royaume arrive, que tous les peuples confessent et publient vos grandeurs et celles de votre auguste Mère. O âme chrétienne! ces vérités méritent bien que l'on y pense, et en même temps pensez en quel état nous serions, nous, et nos amis, et nos provinces, si les missionnaires de la foi n'y eussent fait connaître Jésus-Christ. Encore un peu, dit le Psalmiste, mon âme eût habité dans l'enfer : que la vue de ce malheur iutini vous fasse penser aux malheurs des autres, pour la gloire et l'honneur de Dieu seul.

TROISIÈME PRATIQUE

Travailler à l'extirpation du péché, et particulièrement des péchés publics, du schisme et des hérésies.

Quand l'amour pur, dit sainte Catherine de Cènes, voit la moindre imperfection, il serait capable, si Dieu n'y pourvoyait, de convertir en poudre, non-seulement le corps, mais encore l'âme, si elle n'était immortelle; et, en effet, lui ayant été montré intérieurement combien importait un seul péché véniel, il lui vint en son cœur un assaut de feu si grand, qu'il semblait que tout son corps fût en pièces, ne le pouvant supporter, craignant d'avoir quelqu'un de ces [téchés véniels, parce que l'amour pur et droit est si jaloux, qu'il ne craint rien que l'offense. Ces sentiments qui viennent du pur amour, sont communs à tous les fidèles amants de Dieu seul qui est le pur amour. Les associés donc feront tout leur possible, en la vertu de Jésus-Christ, et sous la protection de la glorieuse Vierge et des saints anges, pour détruire le règne du péché dans leur cœur, et dans tous les cœurs de toutes les personnes dans lesquelles elles pour-

DHEU SEUL. — PART. H, PRATIQUES. 4fi6

ront travaillera l'établissement du royaume de Dieu seul. Je ne puis me lasser de dire et redire, mais en vérité c'est avec larmes, que mon Dieu n'est pas connu ; que la grandeur tic cet être suradorable est inconnue aux enfants des hommes, qui se laissent aller avec tant de fiicililé à l'offense d'une telle majesté, et qui se mettent si peu en peine de travailler à sa destruction. Est-il possible que nous nous en rapportions à ce que nos yeux voient, à ce que l'expérience nous fait toucher? Ces choses arrivent-elles dans un pays où les hommes disent qu'ils croient et adorent un Dieu? Sommes-nous, vivonsnous, parmi des chrétiens? Hélas ! on est sensible à tout, pour un peu de bien on fait de grands procès, et quelquefois un si misérable sujet porte la division, le bruit et l'inimitié entre les meilleurs gmis, entre les pères et les enfants. On fait des combats pour un point d'honneur, on lève des troupes, on fait des armées pour empêcher qu'une ville ne soit prise; mais quand il s'agit de détruire le péché, et d'empêcher qu'une majesté infinie ne soit offensée, personne ne dit mot. O Chrétiens ! apprenez ce que la théologie nous enseigne, qu'il vaudrait bien mieux que tous les biens des hommes fussent perdus, que toutes les villes fassent saccagées, que toutes les monarchies fussent détruites, que tout le monde ensemble fût brûlé, que tous les anges et les saints fussent anéantis, qu'un seul péché véniel ne lût commis. Ces vérités nous sont enseignées, on les prêche, on les dit : mais quelle en est la pratique? Pensez-y; voyez ce que vous faites.

J'entendais un jour une personne touchée vivement du pur amour, s'écrier lamentablement : O grand Dieu des éternités 1 on oublie

bien, et d'une manière très-étrange, vos sacrés intérêts. Ah ! que ne vous connaît-on, que ne sait-on qui vous êtesl Sans doute, oui, la chose est très-certaine, si Dieu était connu, et qu'on vînt dire aux fidèles amants : Il y a une personne au monde qui est en dessein de faire un péché véniel ; aussitôt on se mettrait en [trières, on ferait des processions, le jeûne serait commandé, les prières publiques ordonnées ; le cilice servirait d'habit, on ne coucherait que sur la cendre, on crierait pitoyablement de toutes parts : Miséricorde, miséricorde ! La frayeur se saisirait de tous les cœurs, on répandrait des torrents de larmes, les princes s'armeraient, on lèverait des troupes, on irait jusqu'au bout du monde, s'il était nécessaire, [tour se saisir de cette personne. On exposerait mille vies, on se sacrifierait mille ibis pour lâcher d'empêcher que ce péché véniel ne fût commis. Celui qui aime entend bien ce langage, et il sait, s'il a le pur amour, que l'on choisirait plutôt tous les tourments des diables, que de commettre le moindre péché véniel. Si cela est à l'égard du péché véniel, et d'un seul, que doit-on faire [tour en empêcher plusieurs? mais queue ferait-on pas pour empêcher, non un péché mortel, mais pour en empêcher des millions? La plume

nie tremble quand j'écris ces choses, et que je vois la dureté des cœurs des hommes. Voit-on des personnes plaider pour la destruction du péché? Où lève-t-on des troupes? Quelquefois je considère, en passant ]>ar les rues, des gens qui se battent, et je vois que l'on rit : quelques-uns se mêlentils de les apaiser? Qui pense à l'intérêt de Dieu en la destruction du péché? Je vois que l'on chante publiquement plusieurs cbansonjs impures; je vois une troupe de gens qui les entendent, des personnes graves et d'autorité qui passent : qui prend la cuise de Dieu en main ? Un seul mot suffirait pour empêcher ces choses : si une personne d'autorité parle, tout le monde garde le silence. Si l'on frappait un chien qui fût à une personne de condition , on s'en ressentirait; et pour Dieu, il n'entre pas si avant dans le cœur. O l'horreur des horreurs ! Qui le pourrait croire , si nos malheurs ne nous l'apprenaient certainement?

On fait des ordonnances sévères conlre les blasphémateurs : combien de juges les font-

' ils exécuter? qui prend soin de les faire valoir? On n'y manquerait pas, s'il s'agissait d'un petit intérêt de la créature. 11 est vrai •pie j'ai connu une personne, qui entendant blasphémer prenait le parti de Dieu, allait en justice accuser le blasphémateur, et si on ne lui faisait raison, en appelait aux cours souveraines, où elle poursuivait le procès. Voilà un homme d'affaire de Dieu; mais chacun ne peut ignorer combien cela est rare. Certes , partout les rois ont leurs avocats, leurs procureurs ; et les plus simples , les dernières personnes du monde en trouvent partout pour plaider leurs causes : il n'y a que le Dieu de toute grandeur qui n'en trouve presque point. Si l'on propose une affaire de Dieu, quelque mal à empêcher, cela passe pour une affaire de rien, pendant que les affaires de rien soift l'occupation des hommes. O hommes, ô hommes!

jusqu'à quand aimerez-vous le mensonge?

Ce n'est pas tout : où trouverons-nous parmi ceux qui font profession de dévotion , un véritable zèle pour détruire le péché? Feu M. de Rcnty (72*) avait fort bien remarqué que si un enfant est malade, on 'court au médecin, ou est inquiet; les amis viennent au secours, on fait tout pour détourner le cours de la maladie : mais s'il s'agit d'empêcher le péché dans un enfant, on se contente de dire une parole, et comme en passant; tant il est vrai que l'on est peu sensible à ce qui regarde Dieu. Celui qui aime

\ Dieu en vérité, ne peut agir d'une manière si peu sensible ; on lui enlève le cœur quand il apprend les offenses que l'on commet contre la divine majesté, et il fait tout ce qu'il peut pour empêcher un si funeste désordre.

C'est ce que les associés doivent faire particulièrement à l'égard des péchés publics, qui, selon le témoignage de saint Augustin, sont la grande cause des guerres, des pestes,

et des autres maux que Dieu envoie. Car se peut-il trouver un sujet plus capable d'attirer les effets de la juste colère de Dieu sur nous, que les péchés que l'on commet publiquement à la vue de tout le monde, tout le monde se taisant, et tous les magistrats ne se servant point de leur autorité pour les empêcher? N'est-ce pas mépriser le Dieu que l'on adore ? Mais il ne faut pas, dit l'Apôtre, se tromper: on ne se moque pas de Dieu. (Galat. vi, 7.) De là vient que les sacrés canons ordonnent aux évêques et aux archidiacres de s'enquêter soigneusement, en leurs visites, des désordres publics ; et nous pouvons dire, par l'expérience que nous en avons dans la visite d'un grand nombre de paroisses que notre dignité nous oblige rigoureusement de faire tous les ans, que l'on peut y apporter très-souvent du remède, pourvu qu'on aille en l'esprit de Dieu voir les personnes qui sont dans le mal, et les chercbercharitablement jusque dans leurs maisons si elles ne se trouvent pas dans l'Eglise, qu'on leur parle avec douceur, qu'on attende avec patience leur conversion, qu'on ne se rebute pas, si l'on ne voit pas sitôt les effets des bons desseins qu'on doit avoir. J'estime qu'il ne faut pas se servir des censures, ni desautres peines dont on peut user, si ce n'est à l'extrémité. En attendant, fai attendu le Seigneur, dit le Psalmiste, et il a écouté mes prières. (Psal. xxxix, 1.) Tel se rend après quelques années, qui, si on l'avait trop pressé, serait tombé dans des extrémités d'où il ne serait pas revenu.

Or, entre les péchés publics, les blasphèmes et les jurements sont les offenses qui sont les plus injurieuses à la divine majesté. Les inimitiés sont un étrange mal parmi les chrétiens, dont la loi est une loi toute d'amour, et même à l'égard de ceux qui nous veulent du mal ; car notre divin Maître nous l'a ainsi ordonné. De dire les malheurs et toutes les misères que le détestable péché d'impureté cause, c'est ce qui ne se peut; mais on peut bien dire qu'il se rend fort commun, ce qui attirera sans doute de grandes malédictions de Dieu, dont l'esprit ne demeure pas dans une âme de chair sensuelle. Il ne faut pas beaucoup s'en étonner, voyant la liberté que l'on prend aujourd'hui, et les familiarités des hommes et des femmes ; ce désordre est arrivé à un point d'extrémité incroyable. Les associés sont conjurés de faire la guerre à ce péché sans aucune trêve, les pères veillant sur leurs enfants, les maîtres sur leurs domestiques, ne souffrant jamais les paroles impures, les chansons qui ne sont pas honnêtes, les familiarités trop grandes, les amitiés que le grand saint François de Sales appelle amourettes, et qui, selon son témoignage, aboutissent enfin à de puantes charnalilés; les cajoleries, les paroles à double entente, les livres, et entia tout ce qui peut portera un péché qui cause la condamnation de la plupart de ceux qui porteront la colère de Dieu éternellement.

(72') \'oy. sa Y te, nouvellement réimprimée à Avignon, chez Séguin aîné

PILU SEIL. - PAU

Saint Charles Rorromée ayant estimé qu'il était à propos, par les avis qu'il en a donnés au publie, d'exhorter qu'on prit soigneusement garde a ne pas mettre dans de mômes lits les enfants, particulièrement ceux qui sont de sexe différent, et de recommander aux personnes mariées de ne mettre jamais des enfants, ni dans leur lit ni proche de leur lit, à raison des grands désordres qui en arrivent souvent, et saint François de Sales ayant donné les mômes avis, j'ai cru qu'il y allait de la gloire de Dieu d'insérer ici ce que ces saints ont voulu que les peuples sussent pour ôter tous les moyens du péché le plus commun et le plus dangereux de tous les péchés. Le zèle de L'intérêt de Dieu ne se contente pas défaire tout le possible pour préserver de ce péché ; mais il. emploie toutes sortes de moyens pour en délivrer les âmes qui sont tombées ; et ceux qui sont revêtus du véritable zèle de l'intérêt de Dieu, ont un cœur tout plein de compassion pour ces pauvres âmes, qui ont coûté la vie d'un Dieu : ils travaillent à leur conversion sans aigreur, sans rebut, les traitant avec douceur, avec cordialité, avec patience, sans se lasser de leurs défauts, se souvenant de ce qui est écrit, que nous gérons mesurés à la même mesure dont dont nous aurons mesuré les autres. (Luc. vi, 38.) Hélas ! sera-t-il dit que des malheureux remplis de l'esprit du démon et de la chair, n'épargneront ni biens, ni honneur pour un plaisir et pour perdre les âmes; et que ceux qui font profession de servirDieu, auront bien de la peine à contribuer de quelque chose pour l'intérêt de Dieu, et pour le salut éternel ? On donne des carrosses, quelquefois on.loge somptueusement des personnes, on a des douceurs, des déférences pour l'établissement du péché; et pour le règne de Dieu, lorsqu'il faut soutenir ses intérêts, on n'a que des sévérités, on reçoit les personnes, on les traite d'une manière très-chétive, et à peine les considère-t-on. Ce qui a fait dire autrefois à l'incomparable saint François de Sales ces paroles d'un cœur plein de charité :« Il cme semble qu'il n'y a que Jésus-Christ et moi qui aimions cordialement les pécheurs. » Il voulait dire qu'il y en avait bien peu.

Enfin l'amour de Dieu déclare la guerre à tout ce qui s'oppose à son culte, à l'impiété, au libertinage, qui se glisse encore parlout, et même dans les choses de la religion, les matières les plus saintes et les plus cachées de la théologie, servant d'entretien aux femmes et aux esprits sans science et sans humilité ; en sorte que chacun prenant la liberté de disputer de la prédestination, de la grâce, et autres questions sublimes, on vient à révoquer en doute ce qu'il y a' de p! as certain en notre foi. De là est venu l'esprit de schisme, que l'on a remarqué avec douleur dans beaucoup d'esprits, qui ne voulant pas obéir aux puissances établies de Dieu, ont rejeté avec une superbe de démon les décisions du Saint-Siège apostolique, n'ayant ni soumission ni déférence (pie pour les lumières de leur propre esprit, dont ils fir dou-

T. Il, PRATIQUES. 410

taieiit en aucune manière, pendant qu'ils croyaient que le pape et les évêques étaient dans l'erreur. Or, combien d'autres se perdent par l'attache qu'elles ont a leur propre jugement ! Combien en résulte-l-il d'hérésies 1 Ces vues doivent faire prier ceux qui n'y peuvent apporter le remède, que Dieu tout bon regarde son Fglise en pitié :ct ceux

3ui peuvent travailler pour la destruction e ce malheur, y doivent apporter tous les soins que le zèle de Dieu doit faire prendre en ces occasions. Sainte Thérèse assure que les dégâts que les hérétiques faisaient en France, venant à sa connaissance, lui causèrent une grande affliction; et il lui semblait qu'elle eût donné mille vies pour le salut d'une âme du grand nombre de celles qui s'y perdaient. Ensuite parlant à ses religieuses, elle leurdit: « O mes sœurs laidez-m.oi à demander à Noire-Seigneur le remède d'un si grand mal. C'est ici votre vocation, ce doivent„êlre vos affaires, ici doivent tendre vos désirs, pour ce sujet doivent couler vos larmes ; en un mot, ceci doit être l'objet de vos requêtes et de vos instances. » C'est ainsi que parlent les saints, parce que les saints sont attachés à l'intérêt de Dieu, et ont en horreur tout ce qui s'y oppose. Demandons à Dieu la même grâce, et tâchons de nous y rendre fidèles

QUATRIÈME PRATIQUE

Assister les âmes du purgatoire.

11 suffit de savoir ce que c'est que la gloire de Dieu, pour être excité fortement à soulager les âmes qui brûlent dans les feux et les flammes du purgatoire, pour les assister de prières, de jeûnes , d'aumônes, de messes, et de la pratique de toutes sorles de bonnes œuvres. Plusieurs motifs, et tous très-pressants, sont plus que suffisants pour donner une dernière pitié et une charité ardente en faveur des âmes rachetées du précieux sang d'un Dieu, qui sont dans une misère extrême, et qui souffrent des tourments qui surpassent tout ce qu'on en peut dire. Mais le motif du pur amour est le seul intérêt de Dieu seul , et sa seule gloire. C'est ce qui l'anime, c'est ce qui le fait agir. 11 voit donc que la gloire- n'étant autre chose qu'une pure connaissance suivie de louange, à proprement parler, le paradis est le lieu de la gloire de Dieu, puisque c'est en ce sacré séjour qu'il y est connu parfaitement, qu'on y découvre ses beautés sans voile et sans nuages, que ses grandeurs y sont manifestées , et qu'il y est loué sans distraction, sans intermission, sans aucune peine, sans aucun soin. 11 sait de plus que les âmes du purgatoire sont assurées d'entrer dans ce lieu de la gloire de Dieu, et qu'aussitôt qu'elles seront nettes de la peine due a leurs péchés , en même temps elles seront reçues dans cette terre des vivants, où Dieu seul est béni, est loué, est aimé très-uniquement en toutes choses. Ce qui lui faisait assez remarquer que l'intérêt ue Dieu se rencontre dans la délivrance de ces âmes soutirantes; et quelquefois il arrive qu'il y

en a telle qui expie queiqnes imperfections dans ce lieu de feu, qui, étant ornée d'une multitude de grâces toutes particulières, sera placée parmi les séraphins ; ce qui la ineltia en état, lorsqu'elle sera purifiée et purgée , de donner plus de gloire à la majesté infinie de Dieu, qu'un très-grand nomlire d'Ames qui jouissent déjà de la béatitude. Ces vues servent de motifs au pur amour, et l'âme qui la possède en est tellement pénétrée, qu'il n'y a rien qu'elle ne voulut faire pour un sujet si glorieux à celui qui est le très-unique Tout de tout ce qu'elle est, et de tout ce qu'elle fait. Plusieurs, pour le faire d'une manière plus désintéressée, remettent tout ce qu'ils peuvent faire en la vertu de Jésus-Christ, soit par jeûnes , soit par aumônes, soit par le moyen du très-saint sacrifice de la messe , entre les mains et au pouvoir de la glorieuse Vierge, Mère de Dieu, pour en faire l'a pplication aux âmes, selon sa sainte volonté. Voilà une belle voie pour coopérer à l'intérêt de Dieu , sans intérêt de la créature. Celui qui n'aime que Dieu seul, ne se met eu peine que de lui ; c'est pourquoi, comme sa seule gloire est tout ce qu'il regarde, il est ravi que îes œuvres, qu'il a opérées par la miséricorde de Dieu, soient au pouvoir de sa très-digne Mère: car elle les appliquera sans doute aux âmes selon le bon plaisir divin, surtout en celles ou elle verra «pie son Fils en sera plus glorifié. Pour nous , nous pouvons bien nous y tromper, et, en suivant notre pente, ne pas faire toujours les choses qui seraient à la plus grande gloire de notre Maître, et particulièrement en ces lieux d'où nous n'avons pas des connaissances de tous les états des âmes en particulier.

CINQUIÈME PRATIQUE

Avoir une dévotion cordiale à V admirable

Mère de Dieu et aux anges.

Il n'est pas possible de s'attacher à l'intérêt de Dieu, sans aimer les choses où il s'est trouvé parfaitement établi. Or, entre les pures créatures, la très-sainte Vierge et les saints anges sont les incomparables, en la recherche, en l'amour, en l'attache de l'intérêt de Dieu seul ; ce qui les doit rendre extrêmement aimables à tous ceux qui ont quelque affection à l'intérêt sacré de leur souverain Maître. La très-divine Marie , dès le premier moment de sa conception trèsimmaculée, a été glorieusement perdue en Dieu seul ; tous les moments de sa vie toute pure ont été remplis de Dieu ; sa vie et sa mort ont été une vie et \me mort du pur amour. Jamais l'amour-propre n'a eu le moindre accès auprès de sou aimable cœur, fournaise du divin amour. Jamais le propre intérêt n'a eu de place en ce cœur précieux, sanctuaire de Dieu seul, l'entrée n'en étant ouverte qu'à la majesté infinie de Dieu. C'est pourquoi le dis< iple du pur amour, le grand et l'aimable saint Jeae l'evangéliste, nous l'a représentée dignement sous la forme d'une femme environnée cl toute cou-

(JEUYRES COMPLETES DE BOL'DOX.

verte du soleil; car non-seulement elle a eu sa demeure en la plénitude des saints, mais en la plénitude de Dieu seul , ce qui lui est particulier, les saints n'ayant pas été toujours à Dieu seul , ayant commis quelques péchés véniels, ou au moins ayant contracté l'originel. Si les intelligences de l'empyrée ont éié exemptes de péché, olle les surpasse en ses grâces. Plusieurs filles ont amassé des richesses éternelles, mais celle-ci les surpasse toutes. Elle doit être appelée la créature du puramoUr, la Reine de l'intérêt de Dieu.

Les anges, quoique d'une manière inférieure , participent divinement à ces qualités, puisqu'aussilôt qu'ils ont commencé d'être, ils ont été au pur amour, à Dieu seul ; et ce qui les rend aussi aimables qu'admirables , c'est qu'ils y ont toujours été. Cette pensée donne à mon cœur des inclinations si douces, mais si fortes pour ces esprits d'amour, que je ne trouve point de paroles pour les expliquer. J'aurais grande envie d'aller criant partout ces paroles du grand saint Léon : « Faites des amitiés avec les anges. » Chacun fera ce qu'il voudra; mais pour moi ma grande ambition est d'être ami ûas anges, et à mon goiU, il ne me semble pas possible de n'avoir pas des inclinations tendres pour ces glorieux princes de l'éternité; ce qui fait que je ne crains pas de ne les pas aimer, mais bien de ne les aimer pas assez. O Dieu d'amour, qu'il est doux de considérer ces grands de l'empyrée toujours attachés à l'intérêt de Dieu, et jamais attachés à leur propre intérêt ; toujours à Dieu seul, Jamais à eux-mêines; grands du ciel sans imperfections, sans aucun défaut, et ornés de dons, de faveurs et.de grâces inestimables 1 Qu'on peut bien appliquer à cette troupe glorieuse ces paroles de l'Ecriture : Vous êtes toute belle, et jamais la moindre tache ne s'est trouvée en vous! (Cant. iv, 7.) Disons donc que ce sont los créatures de la gloire de Dieu. .

Cette pratique tend à leur rendre des honneurs très-particuliers , ainsi qu'à la trèssainte Mère de Dieu, mais après elle qui est toujours l'incomparable. O admirable Vierge, ma très-douce mère, c'est ce qui fait les plus douces joies de mon cœur. Que feront donc les associés en l'honneur de la Reine des célestes esprits? Je réponds que c'est ce que je ne puis dire : la pensée, le désir et le dessein que j'en ai, surpassent l'expression que j'en pourrais faire. J'aime bien mieux vous dire généralement que vous aimiez Marie, que vous aimiez les anges selon toute l'étendue du mouvement de votre grâce, autant (jue Dieu tout bon l'exige de vous; car tout ce qui est au-dessous n'est pas assez ; tout ce qui est moins ne peut pas contenter un bon cœur. O hommes! aimez celle qui est la plus aimante, la plus aimable et la plus aimée qui fut jamais : aimez celle qui a toujours été l'objet des plus douces complaisances d'un Dieu; aimez celle que Dieu. a plus aimée que tout le reste des créatures ensemble; aimez celle qui a ravi le Verbe

DIEU SEUL1

ART. Il, PRATIQUES.

du sein du Père éternel, et qui l'a tiré en son sein virginal et tout |>ur; aimez celle qui est les délices de toute la très-sainte Trinités aimez celle qui, après Dieu, fait les amours des bienheureux, et que tous les Sons cœurs ont aimée; aimez celle qui est lo grand chef-d'œuvre de Dieu , le miracle du ciel et de la terre, l'étonnement de toute la sainte éternité; aimez celle qui est la reine de toutes les vertus, le prodige de la giàre, l'ornement de la gloire, un abîme de perfection et de grandeurs; aimez celle qui ne peut être jamais assez aimée. Nos pauvres cœurs ont beau faire, iis n'arriveront jamais à l'amour qu'elle mérite; et comme il n'y a que celui qui l'a faite qui sache les grâces et les dons qu'il lui a communiqués, il n'y a que lui seul qui puisse l'aimer autant qu'elle mérite d'être aimée. En vérité, avant ravi le cœur de Dieu, il n'y a point de cœur que son amour et sa dévotion ne doivent enlever. O hommes 1 aimez aussi les anges : ils sont nos maîtres, nos frères, nos conducteurs, nos tuteurs, nos avocats, nos procureurs; ils sont nos directeurs, nos gardiens, nos lumières, notre défense, notre appui, notre consolation; ils sont nos médecins, nos amis, nos amants; mais enfin ils sont et ils ont toujours été à Dieu seul. Aimez-les de tout l'amour que toutes ces qualités méritent : en peu de paroles, c'est beaucoup dire. Seulement nous voulons bien vous dire que, quand nous parlons des anges, nous n'entendons pas simplement les anges du dernier chœur, mais tous les espritsdes neuf chœurs : et parmi tous ces célestes esprits, ô mon Dieu, que les séraphins sont aimables ! J'avoue que ce sont les saints de ma grande dévotion. Ne vous contentez pas de la dévotion que vous pouvez avoir en votre particulier à la très-pure Vierge et aux saints anges, mais établissez-la dans les autres autant que vous pourrez. Pour ce sujet, lisez volontiers les livres qui traitent de la dévot on à la très-digne Mère de Dieu et aux sains anges, faites-les lire, ne manquez pas d'avoir ces meubles de dévotion, donnez-en quelquefois aux autres, si vous le pouvez. Parlez de celle dévotion à la campagne, lorsque vous y allez, et dans les conversations des villes : parlez-en aux pauvres que vous assistez, aux prisonniers que vous visitez, et leur en inspirez quelque pratique qui soit solide. C'est un des plus beaux moyens et des plus assurés pour l'établissement du seul intérêt de Dieu seul.

SIXIÈME PRATIQUE

Quelques dévotions particulières pour les associes.

Cette dernière pratique en renferme plusieurs qui sont autant de moyens pour l'établissement de l'honneur et de la gloire de Dieu, et de ses seuls intérêts.

Jésus-Christ seul sera le chef de cette sainte société, considéré en ses divins états, où il professe qu'il ne cherche pas sa gloire, et que sa nourriture est de faire la volonté de son Fèie. La tête du très-saint sa rement

sera la principale solennité de l'association.

L'admirable Mère de Dieu sera reconnue, respectée et aimée par tous les associés, comme l'unique directrice de l'association, comme celle qui en est la très-douce mère et la puissante protectrice. C'est pourquoi on célébrera avec un culte particulier les fêtes de sa Conception Immaculée et de sa glorieuse Annonciation : la fête de son Immaculée Conception, comme l'unique parmi toutes les conceptions des pures créatures, en laquelle Dieu seul et ses seuls intérêts se sont trouvés; la fête de sa glorieuse Annonciation, puisque c'est le jour heureux dans lequel le Fils de Dieu a commencé de réparer parfailement les divins intérêts de son Père éternel. L'on s'y disposera par jeûnes, veilles, oraisons, mortifications extérieures et intérieures, aumônes, visites d'églises, petits pèlerinages de dévotion, lectures spirituelles, conférences de piété : ç*a été la pratique de plusieurs âmes illustres eu sainteté et en doctrine. Saint François se dispo sait à célébrer une des fêtes de la très-sainte Vierge par un jeune de quarante jours, et le cardinal Tolet, Jésuite, faisait la même chose, mais il jeûnait au pain et à l'eau. D'autres s'y sont disposés par d'autres exercices, et la* Mère du pur amour a bien voulu révéler qu'elle obtient des grâces et des privilèges particuliers à ceux qui ont soin de se préparer à ses fêtes.

Les saints anges, j'entends tous les neuf chœurs de ces esprits célestes, seront les patrons de l'association ; c'est pourquoi l'on honorera d'un culte spécial la fête de saint Michel, la fête des saints Anges Gardiens, qui est le deuxième jour d'octobre, s'il n'est point empêché par quelque autre fête ; la fête de saint ,Gabriel, qui est célébrée ou le 18 mars ou le 24; la fête de saint Raphaël, le ^septembre ou le 19 ; et le 1er jour de mars sera en une vénération particulière, y ayant encore plusieurs églises qui célèbrent en ce jour la fête des saints Anges. L'on s'y disposera comme aux fêtes de la Mère de Dieu.

Enfin l'on aura un respect particulier pour tous les saints et saintes qui ont euplus de dévotion àj'intérèt de Dieu, qui ont été le plus au pur amour, qui ont le plus travaillé pour son établissement, comme saint Joseph, saint Jean-Raptiste, les saints apôtres, et spécialement saint Pierre, le chef de l'Eglise ; saint Paul, l'apôtre des nations; saint Jean évangéliste, le disciple du pur amour; tous les saints qui ont établi l'Evangile dans les lieux où il n'était pas connu; les saints fondateurs d'ordres, saint Ignace, qui avait pour sa maxime : A la plus grande gloire de Dieu; sainte Thérèse, sainte Catherine de Gênes, et tous les autres qui ont paru les plus zélés du pur amour et de l'intérêt de Dieu seul.

De temps en temps on fera célébrer des messes, on donnera des aumônes, ou fera quelques petits pèlerinages et toutes sortes de bonnes œuvres , conformément à son état, pour demander à Dieu l'établissement de ;e^ intérêts, ."honneur et la gloire de sa

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

divine majesté en elle-même el en ses saints, la connaissance de son saint nom, .'amour de sa divine bonté parmi les infidèles, les hérétiques et les schismatiques, et parmi les fidèles qui, le connaissant, l'aiment bien peu. On ne séparera jamais Marie de Jésus; c'est pourquoi l'on aura attention de prier Dieu qu'il donne sa sainte dévotion à ceux qui ne l'ont pas, et qu'il l'augmente dans tous les cœurs de ceux qui font. On fera la même chose à l'égard de la dévotion des anges. On pourra dire pour oraisons jaculatoires : Que votre nom, ô mon Dieu! soit sanctifié! ou : Que votre royaume nous arrive ! ou bien : Que votre volonté se fasse en la terre comme au ciel! [Matth.w, 9, 10.) Omon Dieu ! faites connaître de plus en plus votre sainteMère; augmentez, s'il vous plaît, la sainte dévotion envers elle! O mon Seigneur ! donnez la connaissance et Vamour de vos anges !

Tous les ans on prendra, pour la grande fête de l'intérêt de Dieu, avec celle du trèssaint Sacrement, la fête de l'Epiphanie, qui est la fête du royaume de Jésus-Christ. On s'y disposera par une neuvaine, qui commencera le jour des saints Innocents, pour finir la veille de l'Epiphanie. Tous les jours de la neuvaine, on prendra un des chœurs des anges, que l'on tâchera d'honorer par quelques dévotions spéciales, singulièrement par la fréquente pensée de ces esprits d'amour, les considérant, s'entretenantavec eux cordialement, les saluant par des révérences et des génuflexions, lorsqu'on sera en particulier : on en pourrait faire neuf tous les jours, leur demandant leur bénédiction, récitant leurs litanies, communiant en leur honneur, lisant quelques livres qui parlent de leur dévotion, donnant neuf aumônes ; enfin, l'amour, pour peu que Ton en ait, ne manquera pas de suggérer assez de moyens. Le premier jour donc on honorera les saints anges du dernier chœur : ce sont les gardiens des hommes. Le second, les archanges : ces esprits sont envoyés icibas pour les affaires de la plus grande considération, qui regardent l'Eglise ou les Etats. Le troisième, les vertus : ces esprits président aux saisons, ont soin de l'ordre de l'univers ; H faut les invoquer pour les biens de la terre, dans les temps ou de trop de pluie, ou de trop de sécheresse, dans les temps de famine et de peste. Le quatrième, les principautés : ils gouvernent les premières personnes de l'Egide et des monarchies. Le cinquième, les puissances : on les invoque contre les démons, les tentations; et leur secours est un moyen trèspuissant pour triompher de ces esprits, qui sont terribles à la faiblesse humaine. Le sixième, les dominations; ces esprits reçoivent et intiment les ordres de la première hiérarchie aux autres : on les invoque pour avoir bon et prompt succès dans ses affaires auprès de la divine majesté. Le septième, les tiones : on les invoque pour la paix du cœur et l'union de volonté avec celle de Dieu. Le huitième, les chérubins : on les invoque pour obtenir la science des saints.

Le neuvième, les séraphins • ce sont les patrons du pur amour. Ces différentes vues donnent lieu a l'âme de s'occuper avec ces esprits du ciel d'une manière différente, non-seulen ent pour cette neuvaine, mais dans les occasions où l'on a besoin de leur secours, selon les nécessités où l'on se trouve, et selon le pouvoir que Dieu tout. bon leur a donné. Celte façon de se préparer à la fête de l'Epiphanie sera une bonne disposition pour toutes les autres fêtes, et donnera en même temps lieu à la dévotion des anges, lorsqu'on s'en sert pour les prier devenir à notre secours pour l'établissement de l'intérêt de Dieu. Je l'ai pourtant marquée particulièrement pour ce temps-là, afin qu'on finisse l'année, et qu'on la commence par la dévotion et l'amour de l'intérêt de Dieu. Tous les jours de la neuvaine, on fera quelque mortification, ou intérieure ou extérieure, afin que l'on finisse aussi et commence l'année dans l'esprit de la pénitence; il serait bon de veiller le dernier jour de l'année jusqu'après minuit, pour finir encore et commencer dans l'exercice actuel du pur amour. J'ai vu arriver des merveilles par ces sortes de neuvaines.'des personnes délivrées de très-puissantes tentations, des desseins et des efforts extraordinaires des diables, ruinés et anéantis. *0 intérêt, ô intérêt de Dieu seuil mon âme te désire, mon âme brûle de te voir établi partout ; mon cœur te souhaite, te veut, t'aime uniquement. O intérêt de Dieu seuil tu seras toujours ma grande et chère dévotion. Que je meure, pourvu que tu règnes. O intérêt de Dieu seul, mes délices, ma gloire, mon ambition, toutes mes richesses 1 O Dieu seul, Dieu seul ! Dieu seul en la vie, en la mort, dans le temps et dans l'éternité de Dieu seul '

Oraison.

Je vous offre, ô Père étemel 1 les amples satisfactions que notre Seigneur Jésus-Christ a faites à la justice divine pour les pécheurs sur l'arbre de la croix, le priant de rendre efficace, dans son âme et dans toutes celles qui sont criminelles, les mérites de son sang précieux ; de lui offrir la soumission de volonté de son Fils à toutes les volontés divines, pour obtenir, par le mérite de cette volonté divine, le mérite précieux de cette obéissance , l'accomplissement de celte sainte volonté en mon âme et dans toute la terre.

Aspiration.

Posséuez-moi, mon Dieu, soyez maître de mon cœur; je vous livre ma volonté. Ainsi soit-il.

Salutation à la sainte Vierge.

Je vous salue, ô lis blanc de la resplendissante et toujours paisible Trinité, et rose éclatante de l'aménité céleste, de laquelle le Roi (\cs cieux a voulu naître el du lait de laquelle il a voulu être repu ; repaissez nos Ames, je vous prie, de vos divines influence:-. Amen.

477 LA DEVOTION AU REGNE DE DIEU. — A LA TRES-SAINTE TRINITE." 478

Page 1