‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 101 sur 124 · ANS LE SÉPULCRE · texte numérisé non relu

ANS LE SÉPULCRE

-, s'écria Cournet, j'ai des vedettes dans Tim-

icndront nous avertir si le bataillon s'y engage.

a barricadée en un clin d'œil. Nous sommes ici

inmes armes et résolus, et nous serons deux cents

..m1. Nous avons des munitions. Vous pouvez délibérer

il éleva le bras droit et l'on vit sortir de sa manche un Li'il y tenait caché, et il fit de l'autre main sonner dans % j>ommeaux d'une paire de pistolets. — Eh bien! dis-jc,

r plus jeunes et des plus éloquents orateurs de la gauche, Bancel,

j rAricgc) et Victor ChaufFour, opinèrent successivement. Tous

:nt importunés de cette idée que, notre appel aux armes n'ayant

encore être affiché, les divers épisodes du boulevard du Temple et

c Bonvalet n'ayant pas amené de résultats, aucun de nos actes, grâce

pression de Bonaparte, n'ayant encore réussi à se produire, tandis que

lait de la mairie du x' arrondissement commençait à se répandre dans

■^is, il semblait que la droite eût fiait acte de résistance avant la gauche.

^ généreuse émulation du salut public les aiguillonnait. C'était une joie

pour eux de savoir qu'un bataillon prêt à attaquer était là, à quelques pas,

et que peut-être dans peu de minutes leur sang allait couler.

Du reste les avis se multipliaient, et avec les avis les incertitudes. Quelques illusions se produisaient encore. Un ouvrier adossé tout près de moi à la cheminée venait de dire à demi-voix à un de ses camarades qu'il ne fallait pas compter sur le peuple et que si l'on se battait « on ferait une folie».

Les incidents et les faits de la journée avaient modifié à quelques égards mon opinion sur la marche à suivre en ces graves conjonctures. Le silence de la foule au moment où Arnaud (de TAricge 1 et moi avions apostrophé les troupes, détruisait l'impression que m'avait laissée quelques heures auparavant l'enthousiasme du peuple au boulevard du Temple. Les hésitations d'Auguste m'avaient frappé, l'association des ébénistes semblait se dérober, la torpeur du faubourg Saint-Antoine était visible, l'inertie du faubourg Saint-Marceau ne l'était pas moins, je devais recevoir l'avis de l'ouvrier mécanicien avant onze heures, et il était plus de onze heures-, les espérances s'éteignaient successivement. Du reste raison de plus, selon moi, pour tonner et réveiller Paris par un spectacle extraordinaire, par un acte hardi de vie et de puissance collective de la part des représentants de la gauche, par l'audace d'un immense dévouement à la République expirante.

On verra plus tard quel concours de circonstances toutes fortuites a em-

pcchc cette pensée de se réaliser comme je la comprenais. Les représentants ont fait tout leur devoir, la Providence n a pcut-ctrc pas fait tout le sien. — Quoi qu*il en soit, en supposant que nous ne fussions pas emportes tout de suite par quelque combat nocturne et immédiat, et qu'à rhcurc où je parlais nous eussions encore un lendemain, je sentais le besoin de fixer tous les yeux sur le parti à adopter pour la journée qui allait suivre. — Je pris la parole.

Je commençai par déchirer complètement le voile de la situation. Je fis le tableau en quatre mots : la Constitution jetée au ruisseau, TAssemblce menée à coups de crosse en prison, le conseil d*Etat dissipé, la Haute Cour chassée par un argousin,un commencement évident de victoire pour Louis Bonaparte, Paris pris sous l'armée comme sous un filet, la stupeur partout, toute autorité terrassée, tout pacte mis à néants il ne restait plus debout que deux choses, le coup d'État et nous.

Nous! et qui sommes-nous.'^ Ce que nous sommes, dis-je, nous sommes la vérité et la justice! nous sommes le pouvoir suprême et souverain, le peuple incarné, le droit!

Je poursuivis :

Louis Bonaparte, à chaque minute qui s'écoule, fait un pas de plus dans son crime. Pour lui, rien d'inviolable, rien de sacrée ce matin il a violé le palais des représentants de la nation, quelques heures plus tard il a mis la main sur leurs personnes, demain, tout à l'heure peut-être, il versera leur sang. Eh bien! il avance sur nous, avançons sur lui. Le péril grandit, grandissons avec le péril.

Un mouvement d'adhésion se fit dans l'assemblée, je poursuivis : Je le répète et j'insiste.

Ne faisons grâce à ce malheureux Bonaparte d'aucune des énormités que contient son attentat. Puisqu'il a tiré le vin — je veux dire le sang — il faut qu'il le boive. Nous ne sommes pas des individus, nous sommes la nation. Chacun de nous marche vêtu de la souveraineté du peuple. 11 ne peut frapper nos personnes sans la déchirer. Forçons sa mitraille .à trouer nos écharpcs avec nos poitrines. Cet homme est dans une voie où la logique le tient et le mène au parricide. Ce qu'il tue en ce moment, c'est la patrie! Eh bien! la balle du pouvoir exécutif à travers l'écharpe du pouvoir législatif, c'est là le parricide visible! C'est là ce qu'il faut qu'on voie!

— Nous sommes tout prêts! crièrent-ils. Votre avis sur les mesures à prendre?

— Pas de demi-mesures, répondis-je, un grand acte! Demain — si nous sortons d'ici cette nuit — trouvons-nous tous au faubourg Saint-Antoine...

On m'interrompit : — Pourquoi le faubourg Saint-Antoine.'^

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