‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 124 sur 124 · FIN DE LA DEUXIÈME JOURNÉE · texte numérisé non relu

FIN DE LA DEUXIÈME JOURNÉE

« — Louis Bonaparte a invente une chose qu'il appelle Commission Consultative, et qu'il charge de rédiger le post-scriptum du crime.

« Léon Faucher refuse d'en être, Montalembert hésite, Baroche accepte.

« — Falloux méprise Dupin.

« — Les premiers coups de feu ont été tirés aux Archives. Aux'Hallcs, rue Rambuteau, rue Beaubourg, j'ai entendu des détonations.

« — Fleury, l'aide de camp, s'est risqué à passer rue Montmartre. Un coup de fusil lui a traversé son képi. Il a vite pris le galop. A une heure on a fait voter les régiments sur le coup d'État. Tous adhèrent. Les élèves en droit et en médecine se sont réunis à l'école de droit pour protester. Les gardes municipaux les ont dispersés. Beaucoup d'arrestations. Ce soir, partout des patrouilles. Quelquefois, une patrouille, c'est un régiment tout entier.

« — Le représentant d'Hespel, qui a six pieds, n'a pu trouver à Mazas de cellule aussi longue que lui, et a dû rester chez le concierge où il est gardé i vue.

« — Mesdames Odilon Barrot et de Tocqueville ne savent pas où sont leurs maris. Elles courent de Mazas au Mont Valérien. Les geôliers sont muets. C'est le 19* léger qui a attaqué la barricade où a été tué Baudin. Cinquante hommes de gendarmerie mobile ont enlevé au pas de course la barricade de l'Oratoire, rue Saint-Honoré. Du reste le combat se dessines on sonne le tocsin à la chapelle Bréa. Une barricade renversée met vingt barricades debout. Il y a la barricade des Écoles, rue Saint- André-des-Arts, la barricade des rues du Temple, la barricade du carrefour Phélippeaux défendue par vingt jeunes hommes qui se sont fait tous tuer^ on la reconstruit ^ la barricade de la rue de Bretagne, qu'en ce moment Courtigis attaque à coups de canon. Il y a la barricade des Invalides, la barricade de la barrière des Martyrs, la barricade de la Chapclle-Saint-Denis. Les conseils de guerre sont en permanence et font fusiller tous les prisonniers. Le 50* de ligne a fusillé une femme. Huile sur le feu.

« — Le colonel du 49* de ligne a donné sa démission. Louis Bonapane a nommé à sa place le lieutenant-colonel Négrier.^ M. Brun, officier de police de l'Assemblée, a été arrêté en même temps que les questeurs.

« — On dit que cinquante membres de la majorité ont signé une protesution chez Odilon Barrot.

« — Ce soir, anxiété croissante i l'Elysée. On y craint l'incendie. On a ajouté aux sapeurs-pompiers deux bataillons de sapeurs du génie. Maupas fait garder les gazomètres.

« — Voici sous quelle griffe militaire on a mis Paris : — Bivouacs sur tous les points stratégiques. Au Pont Neuf et sur le quai aux Fleurs la garde

municipale i place de la Bastille, douze pièces de canon , trois obusiers, mèches allumées ^ à l'angle du faubourg , des maisons de six étages occupées par la troupe du haut en bas^ la brigade Marulaz, à l'Hôtel de Ville 3 la brigade Sauboul, au Panthéon 5 la brigade Courtigis, au faubourg Saint- Antoine ^ la division Renault, au iâubourg Saint-Marceau. Au palais législatif, les chasseurs de Vincennes et un bataillon du ij* léger 5 aux Champs- Elysées, infanterie et cavalerie j à l'avenue Marigny, artillerie. Dans l'intérieur du Cirque, un régiment entiers il a bivouaqué li toute la nuit. Un escadron de garde municipale bivouaque place Dauphine. Bivouac au conseil d'État, bivouac dans la cour des Tuileries. Plus les garnisons de Saint-Germain et de Courbevoie. — Deux colonels tués, Loubeau, du 72% et Quilico. Partout des infirmiers passent, portant des civières. Partout des ambulances : bazar de l'Industrie (boulevard Poissonnière )j salle Saint-Jean, à l'Hôtel de Ville j rue du Petit-Carreau. — Dans cette sombre bataille neuf brigades sont engagées, toutes ont une batterie d'artillerie 5 un escadron de cavalerie maintient les communications entre les brigades $ quarante mille hommes en lutte, avec une réserve de soixante mille hommes j cent mille soldats sur Paris. Telle est l'armée du crime. La brigade Rcibcll, i* et 2* lanciers, protège r Elysée. Les ministres couchent tous au ministère de l'intérieur, près de Morny. Morny veille, Magnàn commande. Demain sera une journée terrible. »

Cette page écrite, je me couchai et je m'endormis.

Pages.

Préface 269

Note 271

Page 1