‹ Œuvres complètes [illustrées] (volume 3)Chapitre 48 sur 111 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes; MADAME BERGERET et ses filles, puis MADAME TORQUET.

LA CLA VERIE, se retournant.

Ah! les trois sœurs... Mesdames, vous formez à vous trois un groupe charmant de fraîcheur et de grâce. Je ne sais si c’est le long séjour que j’ai fait parmi les noirs, mais j’apprécie particulièrement le blanc et le noir de vos visages.

MADAME BERGERET, minaudière.

Oh! monsieur, c’est une flatterie... 11 est vrai que les Pouilly (nous sommes du Nord) ont toujours eu la peau blanche.

GROMANCE

Madame, mesdemoiselles. (Madame Bergeret va à Gromance.)

JULIETTE à La Claverie, rapidement.

J’ai laissé tomber le papier roulé en boule, sous le quatrième arbre, par là. (Elle montre la gauche.)

LE MANNEQUIN D’OSIER

LA CLAYERIE.

C’est donc ça que je n’ai rien trouvé. J’ai cherché par là.

Il montre la droite.

MADAME BERGERET, plus au fond.

Ah! voilà madame Torquet. Je soupçonne que, pour se venger des impolitesses de monsieur Bergeret, elle fait semblant de ne pas me voir. Je veux en avoir le cœur

net. (Elle s’installe.)

(Madame Torquet passe, afîectant d’être en grande conversation avec deux dames.) MADAME TORQUET, aux deux dames.

Faisons semblant de causer : madame Bergeret est là... Je préfère ne pas la voir... Comme ça... Et alors... Oui... Oh! parfait ! (Elles ont passé. ) Ouf! cette madame Bergeret est insupportable. Je plains son mari qui est très doux.

MADAME BERGERET, faussement méprisante.

Allons à la musique, tenez!... Ah! monsieur Roux!

JULIETTE

Vous m’aimez?

LA CLAVERIE.

Je vous aime.

JULIETTE, bas.

Je serai votre femme. J’ai confiance en vous. Je sais bien, moi, que vous êtes un honnête homme. Si vous n’étiez pas un honnête homme, je ne vous aimerais pas, d’abord. Mon cœur me le dit.

LE MANNEQUIN D’OSIER

LA CLAVERIE, un temps.

Alors vous viendrez?

JULIETTE

Jamais chez vous, jamais! Oh! pouvez-vous me proposer des choses pareilles ! C’est mal. Mais j’ai une idée

11 faudra bien qu’on nous marie. Vous verrez si j’ai de la résolution. J

MADAME BERGERET, qui pendant tout ce temps a rencontré M. Roux au

fond du théâtre, redescend.

Juliette, ne reste pas seule avec monsieur La Claverie. On vous voit causer ensemble seuls, c’est souverainement ridicule. Ce n’est pas convenable. Tu donnes continuellement raison à ton père. Je ne peux pourtant pas te surveiller, à ton âge, comme une petite fille qu’on préserve des voitures. Et monsieur La Claverie, qui est un homme du monde, devrait être plus réservé... (Elle est désireuse d’aller vers Roux.) Fais attention. (En s’éloignant.) Tu ne peux donc pas

causer avec ta sœur ? (Elle marche avec M. Roux, laissant Juliette derrière elle.)

JULIETTE, à La Claverie.

Dans dix minutes, trouvez-vous là, sur la berge, devant la musique. Je vous aime. Je suis à vous pour la vie.

(Elle remonte vers Pauline qui, pendant tout ce temps, cause avec deux dames

et un monsieur.)

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LE MANNEQUIN D’OSIER

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