‹ Œuvres complètes [illustrées]Chapitre 64 sur 119 · LE REFUS · texte numérisé non relu

LE REFUS

Au fond de la chambre élégante Que parfuma son frôlement,

Seule, immobile, elle dégante Ses longues mains, indolemment.

Les globes chauds et mats des lampes Qui luisent dans Fobscurité,

Sur son front lisse et sur ses tempes Versent une douce clarté.

Le torrent de sa chevelure,

Où l’eau des diamants reluit,

Roule sur sa pâle encolure Et va se perdre dans la nuit.

IDYLLES ET LÉGENDES

Et ses épaules sortent nues Du noir corsage de velours, Comme la lune sort des nues Par les soirs jorageux et lourds.

Plie croise devant la glace,

Avec un tranquille plaisir,

Ses bras blancs que 1 or fin enlace Et qui ne voudraient plus s’ouvrir,

Car il lui suffit d'être belle :

Ses yeux, comme ceux d’un portrait, Ont une fixité cruelle,

Pleine de calme et de secret;

Son miroir semble une peinture Que quelque vieux maître amoureux Offrit à la race future,

Claire sur un fond ténébreux,

Tant la beauté qui s’y reflète A d'orgueil et d’apaisement,

Tant la somptueuse toilette Endort ses plis docilement,

Et tant cette forme savante Paraît d’elle -même aspirer A 1 immobilité vivante Des choses qui doivent durer.

POÉSIES

Pendant que cette créature,

Rebelle aux destins familiers, Divinise ainsi la Nature De sa chair et de ses colliers,

Le miroir lui montre, dans l'ombre, Son amant doucement venu,

Au bord de la portière sombre, Offrir son visage connu.

Elle se retourne sereine,

Dans l amas oblique des plis,

Qu'en soulevant la lourde traîne Son talon disperse, assouplis,

Darde, sans pitié, sans colère,

La clarté de ses grands yeux las,

Et, d'une voix égale et claire,

Dit : « Non! je ne vous aime pas. »

Février 1871.

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