SCÈNE PREMIÈRE
UNE SAGA
Arrêtons-nous. Voici, par la lune baigné,
Dans les pins noirs, le mur du tombeau désigné.
Mais la porte de fer se tait, obscure et lourde;
Et rien encor, ni voix, ni pas, ni lampe sourde.
La jeune fille est proche et viendra sans retard.
On m appelle, on me cherche, à cause de mon art.
J ai senti bien des pleurs mouiller mes doigts arides Et bien des baisers frais s’attacher à mes rides.
Je suis chère aux amants; plus d’un se fatigua A presser les genoux de la vieille saga.
Dans la ville et les bourgs il n’est pas de servante Qui n’ait dit aux enfants combien je suis savante.
Musique.
Oui, j’en sais plus que tous, et je vis maigrement.
La faim me fait sentir son lent égorgement.
Le repos convient mal à la vieille indigente :
Allons sur les tombeaux que l’astre pâle argente
Arracher la racine aux secrètes vertus
Que nourrissent les corps de ceux qui ne sont plus.
POÉSIES