‹ Œuvres complètes illustrées de Edmond RostandChapitre 28 sur 41 · D E V X I È M E TABLEAU · texte numérisé non relu

D E V X I È M E TABLEAU

LA VOIX DE PHOTINE, dehors.

Il dit encor : « Je vous le dis, en vérité, Mon Héritage est fait pour le déshérité ! »

UX MARCHAND, avec teneur.

Entendez-vous ces mots qui pleuvent sur la ville ?

LE PRÊTRE, à celui qu'il envoie.

Demande des soldats. C'est la guerre civile, Si l'on n'arrête pas...

LA VOIX DE PHOTINE, se rapprochant.

Il dit : « Des deux chemins Prenez le plus étroit ! »

LE PRÊTRE, au marchand.

Va chercher les Romains !

Le marchand sort en courant.

PHOTINE, rentrant, suivie d'une foule plus nombreuse.

Il dit encor : « Toute science est un fantôme.

Le Prêtre. — L'ordre public troublé... le peuple i^ui s'excite...

C'est aux pau\Tes d'esprit qiu' srra mon R()\'aume ! » Il dit...

UN HOMME, qui la suit, éperdu, chancelant, enivré.

Écoutez tous ! Pressez-vous sur ses pas ! Car ce sont là des mots que l'on n'invente pas ! Un Dieu seul peut dicter ces paroles d'aurore ! — Photine, que dit-il encore ?

PHOTINE

Il dit encore :

« Soyez doux. Comprenez. Admettez. Souriez. Ayez le regard bon. Ce que \'ous voudriez Qu'on vous fît, que ce soit ce qu'aux autres vous faites : Voilà toute la loi, voilà tous les prophètes ! Envoyez votre cœur souffrir dans tous les maux !... » Enfin, que sais-je, moi ! Des mots nouveaux ! Des mots Parmi lesquels un mot revient, toujours le même : « Amour... amour... aimer !... Le ciel, c'est quand on aime. Pour être aimés du Père, aimez votre prochain. Donnez tout par amour. Partagez \-otre pain Avec l'ami qui vient la nuit, et le demande. Si vous vous souvenez, en faisant votre offrande, Que votre frère a quelque chose contre vous, Sortez, et ne venez vous remettre à genoux Qu'ayant, la paix conclue, embrassé votre frère... D'ailleurs, un tel amour, c'est cncor la misère. Aimer son frère est bien, mais un païen le peut. Si vous n'aimez que ceux qui \'()us aiment, c'est peu : Aimez qui vous opprime et qui \ous fait insulte ! Septante fois sept fois pardonnez ! C'est mon culte D'aimer celui qui veut décourager l'amour. S'il vous bat, ne criez pas contre, priez pour. S'il vous prend un manteau, donnez-lui deux tuniques. Aimez tous les ingrats comme des fils uniques. Aimez vos ennemis, \'ous serez mes amis. Aimez beaucoup, pour qu'il vous soit beaucoup remis. Aimez encore. A'.mez toujours. Aimez quand même. Aimez-vous bien les uns les autres. Quand on aime. Il faut sacrifier sa vie à son amour.

Moi je vous montrerai comment on aime, un jour...

DEUXIÈME TABLE A'U

Tous. — Qu'est ceci ? Quelle est cette doctrine?

Amour ! N'ayez que de l'anidur dans la poitrine !... Aimez-vous ! »

TOUS, tombant à genoux.

Qu'est ceci ? Quelle est cette doctrine ?

Tumulte, cris.

Le Roi, fils de David ! — Le Christ ! — Le roi des Cieux ! — Suivons-la.

A ce moment, tous, enthousiasmés, se relèvent, s'élancent derrière Photine, vont partii mais ils sont refoulés brutalement par des soldats qui entrent, et un centurion paraît.

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