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se présenta avec une lettre à la maïn. M. Tournevau,
très ému, rompit l'enveloppe et devint pâle : il n'y avait
que ces mots tracés au crayon : « Chargement de morues retrouvé ; navire entré au port ; bonne affaire pour vous.
Venez vite. »
Il fouilla dans ses poches, donna vingt centimes au porteur, et rougissant soudain jusqu'aux oreilles : « Il faut, dit-il, que je sorte. » Et il tendit à sa femme le billet laconique et mystérieux. Il sonna, puis, lorsque parut la bonne : — « Mon pardessus, vite, vite, et mon
chapeau. » — A peine dans la rue, il se mit à courir en
sifflant un air, et le chemin lui parut deux fois plus long tant son impatience était vive.
L'établissement Tellier avait un air de fête. Au rez dechaussée les voix tapageuses des hommes du port faisaient un assourdissant vacarme. Louise et Flora ne savaient à qui répondre, buvaïient avec l’un, buvaient avec l’autre, méritaient mieux que Jamais leur sobriquet des « deux Pompés ». On les appelait partout à la fois : elles ne pouvaient déjà suffire à la besogne, et la nuit pour elles s’annonçait laborieuse.
Le cénacle du premier fut au complet dès neuf heures. M. Vasse, le juge au tribunal de commerce, le soupirant attitré mais platonique de Madame, causait tout bas avec elle dans un coin; et ils souriaient tous les deux comme si une entente était près de se faire. M. Poulin, l'ancien maire, tenait Rosa à cheval sur ses jambes : et elle, nez à nez avec lui, promenait ses mains courtes dans les favoris blancs du bonhomme. Un bout de cuisse
or
DES m0 À
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par une jarretière bleue, cadeau du commis voyageur.
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nue passait sous la jupe de soie-jaune relevée, coupant le drap noir du pantalon, et les bas rouges étaient serrés
La grande Fernande, étendue sur le sopha, avait les deux pieds sur le ventre de M. Pimpesse, le percemteur,set lé torse sur légilet® du jeune M. Phi
lippe donteile
accrochait le
sa main.
droite, tandis que de la gauche elle tenait une
cigarette.
Raphaële semblait
en pourparlers avec M. Dupuis, l'agent d'assurances, et elle termina Re tretien par ces mots : — « Oui, mon chéri, ce soir, je veux bien. » — Puis, faisant seule un tour de valse rapide à travers le salon : — « Ce soir, tout ce qu'on voudra, » cria-t-elle.
La porte s'ouvrit brusquementet M. Tournevau parut. Des cris enthousiastes éclatèrent : — « Vive Tourne-
54 LION PPT MATSON TELLIER ie 2 vau !» — Et Raphaële, qui pivotait toujours, alla tomber sur son cœur. Il la saisit d’un enlacement formidable, et sans dire un mot, l’enlevant de terre comme une plume, il traversa le salon, gagna la porte du fond, et disparut dans l'escalier des chambres avec son fardeau vivant, au milieu des applaudissements.
Rosa, qui allumait l’ancien maire, l’embrassant coup sur coup et tirant sur ses deux favoris en même temps pour maintenir droite sa tête, profita de l'exemple : — « Allons, fais comme lui, » — dit-elle. Alors le bonhomme se leva, et, rajustant son gilet, suivit la fille en fouillant dans la poche où dormait son argent. |
Fernande et Madame restèrent seules avec les quatre hommes, et M. Philippe s’écria * — « Je paye du champagne : M“ Tellier, envoyez chercher trois bouteilles. » Alors Fernande l'étreignant lui demanda dans l'oreille : — « Fais-nous danser, dis, tu veux ? » — Ilse leva, et, s'asseyant devant l’épinette séculaire endormie en un coin, fit sortir une valse, une valse enrouée, larmoyante, du ventre geignant de la machine. La grande fille enlaça le percepteur, Madame s’abandonna aux” bras de M. Vasse ; et les deux couples tournèrent en échangeant des baisers. M. Vasse, qui avait jadis dansé dans le monde, faisait des grâces, et Madame le regardait d’un œil captivé, de cet œil qui répond « oui », un « oui » plus discret et plus délicieux qu'une parole! :
Frédéric apporta le champagne. Le premier bouchon partit, et M. Philippe exécuta l'invitation d’un quadrille.
daine, convenablement, dignement, avec des manières, des inclinations et des saluts.
Après quoi l’on se mit à boire. Alors M. Tournevau reparut, satisfait, soulagé, radieux. Il s'écria : — « Je ne sais pas ce qu'a Raphaële, mais elle est parfaite ce soir. » — Puis, comme on lui tendait un verre, il le
vida d'un trait en murmurant : -— « Bigre, rien que
ça de luxe ! » | Sur-le-champ M. Philippe entama une polka vive,
et M. Tournevau s'élança avec la belle Juive qu'il
tenait en l'air, Sans laisser ses pieds toucher terre. M. Pimpesse et M. Vasse étaient repartis d'un nouvel
élan. De temps en temps un des couples s’arrêtait
près de la cheminée pour lamper une flûte de vin mous-
seux ; et cette danse menaçait de s'éterniser, quand
Rosa entr'ouvrit la porte avec un bougeoir à la main. Elle était en cheveux, en savates, en chemise, tout
animée, toute rouge : — « Je veux danser, » cria-telle. Raphaële demanda : — « Et ton vieux? » — Rosa s'esclaffa : — « Lui? il dort déjà, il dort tout de suite. »
— Elle saisit M. Dupuis, resté sans emploi sur le divan,
et la polka recommença.
Mais les bouteilles étaient vides : — « J'en paye une, » déclara M. Tournevau. — « Moi aussi, » annonça M. Vasse. — « Moi de même, » conclut M. Dupuis. Alors tout le monde applaudit. |
Cela s'organisait, devenait un vrai bal. De temps en temps même, Louise et Flora montaient bien vite, fai-