‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 23 sur 72 · ABS · texte numérisé non relu

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Les cinq amis achevaient de diner, cinq hommes du monde mûrs, riches, trois mariés, deux restés garçons. Ils se réunissaient ainsi tous les mois, en souvenir de leur jeunesse, et, après avoir diné, ils causaient jusqu'à deux heures du matin. Restés amis intimes, et se plaisant ensemble, ils trouvaient peut-être là leurs meilleurs soirs dans la vie. On bavardait sur tout, sur tout ce qui occupe et amuse les Parisiens ; c'était entre eux, comme dans la plupart des salons d’ailleurs, une espèce de recommencement parlé de la lecture des journaux du matin. |

Un des plus gais était Joseph de Bardon, célibataire

et vivant la vie parisienne dela façon la plus complète

É Ga RE DES ONBADES et la plus fantaisiste. Ce n'était point un débauché ni e un dépravé, mais un curieux, un joyeux encore jeune; car il avait à peine quarante ans. Homme du monde dans le ‘sens le plus large et le plus bienveillant que puisse mériter ce mot, doué de beaucoup d'esprit sans: grande profondeur, d'un savoir varié sans érudition vraie, d'une compréhension agile sans pénétration | sérieuse, il tirait de ses observations, de ses aventures, ee i - de tout ce qu’il voyait, rencontrait et trouvait, des à anecdotes de roman comique et philosophique en même temps, et des remarques humoristiques qui lui faisaient par la ville une grande réputation d'intelligence. ae C'était l'orateur du diner. Il avait la sienne, chaque fois, son histoire, sur laquelle on comptait. Il se mit à la dire sans qu'on l'en eût prié.

2 Fumant, les coudes sur la table, un verre de fine É champagne à moitié plein devant son assiette, engourdi LE dans une atmosphère de tabac aromatisée par le café chaud, il semblait chez lui tout à fait, comme certains | __ êtres sont chez eux absolument, en certains lieux et en certains moments, comme une dévote dans une chapelle, comme un poisson rouge dans son bocal.

Il dit, entre deux bouffées de fumée:

: — Il m'est arrivé une singulière aventure il y a quelque temps.

Toutes les bouches demandèrent presque ensemble: « Racontez. »

IL'reprit:

— Volontiers. Vous savez que je me promène beau-

CA

Pi: coup dans Paris ‘comme les bibelotiers qui fouillent

ce qui passe, et tout ce qui se passe.

Re”: Or, vers la mi-septembre, il faisait très beau temps à

.ce moment-là, je sortis de chez moi, uneaprès-midi, sans

1 savoir Où j'irais. On a toujours un vague désir de faire

une visite à une jolie femme quelconque. On choisit dans sa galerié, on les compare dans sa pensée, on pèse l'intérêt qu'elles vous inspirent, le charme qu'elles vous imposent et on se décide enfin suivant l'attraction du jour. Mais quand le soleil est très beau et l'air tiède, ils vous enlèvent souvent toute envie de visites.

Le soleil était beau, et l’air tiède ; j'allumai un cigare et je m'en allai tout bêtement sur le boulevard extérieur. - Puis comme je flânais, l’idée me vint de pousser jusqu’au cimetière Montmartre et d'y entrer.

J'aime beaucoup les cimetières, moi, ça me repose et me mélancolise : j'en ai besoin. Et puis, il y a aussi de bons amis là dedans, de ceux qu'on ne va plus voir; et j y vais encore, moi, de temps en temps.

Justement, dans ce cimetière Montmartre, j'ai une histoire de cœur, une maîtresse qui m'avait beaucoup pincé, très ému, une charmante petite femme dont le souvenir, en même temps qu'il me peine énormémént, me -donneides regrets. des regrets. de. toute nature... Et je vais rêver sur sa tombe... C’est fini pour elle.

Et puis, j'aime aussi les cimetières, parce que ce sont des villes monstrueuses, prodigieusement habitées.

D Lis (TOMBALES Nr es

lés vitrines. Moi je guette les spectacles, les gens, tout

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