VS
ue, LE sé + de :
— Je vous le jure, je vous le jure.
Elle cherchait sur quoi jurer, n’osant point invoquer les choses sacrées. Il l'interrompit :
— Il te suivait pourtant dans les coins et il te mangeait des yeux pen- Te dant tous les repas. on ut Lui as-tu promis ta NU \ ES foi, hein, dis ?
Cette fois, elle regarda son maître en face.
— Non, jamais, ja-
mais, et je vous jure par le bon Dieu que s'il venait aujourd’hu:
me demander, je ne
voudrais pas de lui.
Elle avait l'air telle-
ment sincère que le
fermier hésita. Il re-
prit, comme se parlant à lui-même :
— Alors, quoi? Ilne t'est pourtant pas arrivé un malheur, on le saurait. Et puisqu'il n’y a pas eu de conséquence, une fille ne refuserait pas son maître à cause de ça. Il faut pourtant qu'il y ait quelque chose. |
Elle ne répondait plus rien, étranglée par une angoisse.
Il demanda encore : — « Tu ne veux point ? »
Elle soupira : — « Je n'’peux pas, not maître. » Et il tourna les talons. |
Elle se crut débarrassée et passa le reste du jour à peu près tranquille, mais aussi rompue et exténuée que si, à la place du vieux cheval blanc, on lui eût fait tourner depuis l'aurore la machine à battre le grain. | :
Elle se coucha sitôt qu'elle le put et s’endormit tout d'un coup.
Vers le milieu de la nuit, deux mains qui palpaient son lit la réveillèrent. Elle tressauta de frayeur, mais
AU elle reconnut aussitôt la voix du fermier qui lui disait : — « N'aie pas peur, Rose, c’est moi qui viens pour te parler. » Elle fut d'abord étonnée ; puis, comme il essayait
et se mit à trembler très fort, se sentant seule dans l'obscurité, encore lourde de sommeil, et toute nue, et dans un lit, auprès de cet homme qui la voulait. Elle ne consentait pas, pour sûr, mais elle résistait nonchalamment, luttant elle-même contre l'instinct toujours plus puissant chez les natures simples, et mal protégée par
“. la volonté indécise de ces races inertes et molles. Elle 4 tournait sa tête, tantôt vers le mur, tantôt vers la ua. chambre, pour éviter les caresses dont la bouche du
fermier poursuivait la sienne, et son corps se tordait un peu sous sa couverture, énervé par la fatigue de la lutte. Lui, devenait brutal, grisé par le désir. Il la découvrit d'un mouvement brusque. Alors elle sentit bien qu'elle
118 HISTOIRE D’UNE FILLE DE FERMES: 0 à
de pénétrer sous ses draps, elle comprit ce qu'il cherchait :
$ a à ee à :
| : ne pouvait plus résister. Obéissant à une pudeur d’au- | truche, elle cacha sa figure dans ses mains et cessa de se défendre.
É TR Le fermier resta la nuit auprès d'elle. Il y revint le + soir suivant, puis tous les jours.
Ils vécurent ensemble.
Un matin, il lui dit : — « J'ai fait publier les bans, nous nous marierons le mois prochain. »
Elle ne répondit pas. Que pouvait-elle dire à Elle ne résista point. Que pouvait-elle faire ?
Elle l’épousa. Elle se sentait enfoncée dans un trou aux bords inaccessibles, dont elle ne pourrait jamais sortir, et toutes sortes de malheurs restaient suspendus sur sa tête comme des gros rochers qui tomberaient à la première occasion. Son mari lui faisait l'effet d'un
homme qu'elle avait volé et qui s’en apercevrait un jour ou l'autre. Et puis elle pensait à son petit d'où venait tout son malheur, mais d'où venait aussi tout son bonheur sur la terre.
Elle allait le voir deux fois l'an et revenait plus triste chaque fois.
Cependant, avec l'habitude, ses appréhensions se calmèrent, son cœur s'apaisa, et elle vivait plus confiante avec une vague crainte flottant encore en son âme. ;
Des années passèrent ; l'enfant gagnait six ans. Elle était maintenant presque heureuse, quand tout à coup l'humeur du fermier s'assombrit.
Dépuis deux ou trois années déjà il semblait nourrir