‹ Œuvres complètes illustréesChapitre 59 sur 72 · CN CES · texte numérisé non relu

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Quant à Simon, ils ne le connaissaient pas, car il ne sortait jamais, et ilne galopinait point avec eux dans les rues du village ou sur les bords de la rivière. Aussi ne l’aimaient-ils guère ; et c'était avec une certaine joie, mêlée d'un étonnement considérable, qu'ils avaient accueilli et qu'ils s'étaient répété l’un à l’autre cette parole dite par un gars de quatorze ou quinze ans qui paraissait en savoir long tant il clignait finement des YEUX :

— Vôus savez... Simon... eh bien, il n'a pas de papa.

Le fils de la Blanchotte parut à son tour sur le seuil de l’école.

Il avait sept ou huit ans. Il était un peu pâlot, très propre, avec l'air timide, presque gauche.

Il s'en retournait chez sa mère quand les groupes de ses camarades, chuchotant toujours et le regardant avec les yeux malins et cruels des enfants qui méditent un mauvais coup, l’entourèrent peu à peu et finirent par l'enfermer tout à fait. Il restait là, planté au milieu d'eux, surpris et embarrassé, sans comprendre ce qu'on allait lui faire. Mais le gars qui avait apporté la nou-

ee velle, enorgueilli du succès obtenu déjà, lui demanda :

— Comment t’appelles-tu, toi ?

1] répondit : — « Simon. »

— Simon quoi ? reprit l’autre.

L'enfant répéta tout confus : — « Simon. »

Le gars lui cria : — « On s'appelle Simon quelque chose... c’est pas un nom ça... Simon. »

ro

' Et lui, prêt à pleurer, répondit pour la troisième fois :

— Je m'appelle Simon.

Les galopins se mirent à rire. Le gars triomphant éleva la voix : — « Vous voyez bien qu'il n’a pas de papa. »

Un grand silence se fit. Les enfants étaient Vire par cette chose extraordinaire, impossible,monstrueuse,

— un garçon qui n'a pas de papa ; — ils le regardaient . comme un phénomène, un être hors de la nature, et ils : sentaient grandir en eux ce mépris, inexpliqué jusque- 1 "

de leurs mères pour la Blanchotte.

Quant à Simon, il s'était appuyé contre un arbre pour ne pas tomber ; et il restait comme atterré par un désastre irréparable. Il cherchait à s'expliquer. Mais il ne pouvait rien trouver pour leur répondre, et démentir cette chose affreuse qu'il n'avait pas de papa. Enfin, livide, il leur cria à tout hasard : — « Si, j'en ai un. » À

— Où est-il ? demanda le gars.

Simon se tut ; il ne savait pas. Les enfants riaient, très excités ; et ces fils des champs, plus proches des bêtes, éprouvaient ce besoin cruel qui pousse les poules d'une basse-cour à achever l’une d'entre elles aussitôt qu'elle est blessée. Simon avisa tout à coup un petit voisin, le fils d'une veuve, qu'il avait toujours vu, comme lui-même, tout seul avec sa mère.

— Et toi non plus, dit-il, tu n’as pas de papa.

— Si, répondit l’autre, j'en ai un.

— Où est-il ? riposta Simon.

180 LE PAPA DE SIMON — Ilest mort, déclara l'enfant avec une fierté superbe,

il est au cimetière, mon papa. : 2 Un murmure d'approbation courut parmi les garnements, comme si ce fait d’avoir son père mort au cime- .tière eût grandi leur camarade pour écraser cet autre qui n’en avait point du tout. Et ces polissons, dont les. pères étaient, pour la. plupart, méchants, ivrognes, voleurs et durs à

leurs femmes, se bousculaient en Lse =serrant de plus en plus, comme si eux, les légitimes, eussent voulu étouffer dans une pression celui qui était hors la loi.

L'un, tout à coup, qui se

cs a trouvait contre Simon, lui tira la langue d'un air narquois et lui Cria :

— Pas de papa ! pas de papa!

Simon le saisit à deux mains aux cheveux et se mit à lui cribler les jambes de coups de pied, pendant qu'il lui mordait la joue cruellement. Il se fit une bousculade énorme. Les deux combattants furent séparés, et Simon

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