‹ Œuvres complétes. Introd (volume 3)Chapitre 27 sur 34 · PRIÈRE DE RÉSIDENCE · texte numérisé non relu

PRIÈRE DE RÉSIDENCE

Les âges rentreront dans un âge absolu, Les fils retourneront vers le seuil paternel Et raviront de force et l'amour fraternel Et Tantique héritage et le bien dévolu.

Voici le lieu du monde où tout devient enfant, Et surtout ce vieil homme avec sa barbe grise, Et ses cheveux mêlés au soutlle de la brise, Et son regard modeste et jadis triomphant.

Voici le lieu du monde où tout devient novice, Et cette vieille tête et ses lanternements, Et ces deux bras raidis dans les gouvernements, Le seul coin de la terre où tout devient complice,

Et même ce grand sot qui faisait le malin, (C'est votre serviteur, ô première servante), Et qui tournait en rond dans une orbe savante, Et qui portait de Teau dans le bief du moulin.

Ce qui partout ailleurs est un arrachement N'est ici que la fleur de la jeune saison. Ce qui partout ailleurs est un retranchement N'est ici qu'un soleil au ras de l'horizon.

LA TAPISSERIE DE NOTRE DAiME

Ce qui partout ailleurs est un dur labourag^e

N'est ici que récolte et dessaisissement.

Ce qui partout ailleurs est le déclin d'un âge

N'est ici qu'un candide et cher vieillissement.

Ce qui partout ailleurs est une résistance N'est ici que de suite et d'accompagnement; Ce qui partout ailleurs est un prosternement N'est ici qu'une douce et longue obéissance.

Ce qui partout ailleurs est règle de contrainte N'est ici que déclenche et qu'abandonnement ; Ce qui partout ailleurs est une dure astreinte N'est ici que faiblesse et que soulèvement.

Ce qui partout ailleurs est règle de conduite N'est ici que bonheur et que renforcement ; Ce qui partout ailleurs est épargne produite N'est ici qu'un honneur et qu'un grave serment.

Ce qui partout ailleurs est une courbature N'est ici que la fleur de la jeune oraison ; Ce qui partout ailleurs est la lourde armature N'est ici que la laine et la blanche toison.

PRIÈRE DE RÉSIDENCE Ce qui partout ailleurs serait un tour de force N'est ici que simplesse et que délassement; Ce qui partout ailleurs est la rugueuse écorce N'est ici que la sève et les pleurs du sarment.

Ce qui partout ailleurs est une longue usure N'est ici que renfort et que recroissement ; Ce qui partout ailleurs est bouleversement N'est ici que le jour de la bonne aventure.

Ce qui partout ailleurs se tient sur la réserve N'est ici qu'abondance et que dépassement ; Ce qui partout ailleurs se gagne et se conserve N'est ici que dépense et que désistement.

Ce qui partout ailleurs se tient sur la défense N'est ici que liesse et démantèlement ; Et l'oubli de l'injure et l'oubli de l'offense N'est ici que paresse et que bannissement.

Ce qui partout ailleurs est une liaison N'est ici qu'un fidèle et noble attachement; Ce qui partout ailleurs est un encerclement N'est ici qu'un passant dedans votre maison.

LA tapisserie: de notre dame

Ce qui partout ailleurs est une obédience N'est ici qu'une gerbe au temps de fauchaison ; Ce qui partout ailleurs se fait par surveillance N'est ici qu'un beau foin au temps de fenaison.

Ce qui partout ailleurs est une forcerie N'est ici que la plante à même le jardin Ce qui partout ailleurs est une g-agerie N'est ici que le seuil à même le gradin.

Ce qui partout ailleurs est une rétorsion N'est ici que détente et que désarmement : Ce qui partout ailleurs est une contraction N'est ici qu'un muet et calme engagement :

Ce qui partout ailleurs est un bien périssable N'est ici qu'un tranquille et bref dégagement; Ce qui partout ailleurs est un rengorgement N'est ici qu'une rose et des pas sur le sable.

Ce qui partout ailleurs est un efforcement N'est ici que la fleur de la jeune raison ; Ce qui partout ailleurs est un redressement N'est ici que la pente et le pli du gazon.

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