MET
n i; u K F. u X MéJor, si j'ai bonne mémoire. Je t'ai connu jadis maigre et hideux; Chien sans pâtée et poète sans gloire, Dans le ruisseau nous barbotions tous deux. Lorsque à mes chants si peu d'échos s'émeuvent, Lorsque du ciel mon pain tombe à regret, A tes abois Dieu sourit, les os pleuvant : Chien parvenu, donne-moi ton secret.
Aux chiens lépreux, oui, le malheur m'égale : Battu des vents, par la foule outragé, Si je caresse, on a peur de la gale ; Si j'égratigne, on m'appelle enragé.
Pour qu'au bonheur je puisse enfin renaître, Dieu sait pourtant qu'un peu d'or suffirait; Bien peu..., celui de ton collier peut-être : Chien parvenu, donne-moi ton secret.
J'eus comme toi mes longs jours de paresse. Un lit moelleux et de friands morceaux; J'ai frissonné sous plus d'une caresse, D'abois moqueurs j'ai talonné les sots.
Puis, dans la foule où l'on pousse, où l'on beugle J'ai vu s'enfuir Plutus qui s'égarait : Pour devenir le chien de cet aveugle, Chien parvenu, donne-moi ton secret.
Aux dominos sais-tu comment l'on triche?
Nouveau Paris arbitre de beauté,
As-tu donné la pomme à la plus riche.
Fait le gentil, fait le mort, ou sauté?
Ton sort est beau; moi, chien d'humeur bizarre
Pour égayer le Riche à son banquet.
Je ne sais rien..., rien que flatter Lazare :
Chien parvenu, donne-moi ton secret.
136 LE MYOSOTIS
Tombe, dit-on, dans un pays de fées Dont ta laideur mit le peuple en émoi, On essuya tes pattes réchauffées, De blanches mains te bercèrent; mais moi!... Chien trop crotté pour que la beauté m'aime, Si j'entrais là, le pied me balaîrait.
Hué de tous et mordu par toi-même :
Chien parvenu, donne-moi ton secret.
L^ SŒU% T)U T^4SSE
Dans l'ombri; de mon cœur mes plus fraîches amours, Mes amours de seize ans refleuriront toujours.
h1 bien avant Mercœur, la Sapho de la Loire, Le poète a servi de pâture à la gloire. Sphinx dévorant qui veille aux portes de Paris; Et peut-être (qui sait?) de la chambre où j'écris Le Tasse un jour fut l'hôte, et ma table de hêtre, Boiteuse, sous son coude a chancelé peut-être. Assis sur l'escabeau, peut-être, où je m'assieds. Il écoutait Paris bourdonner à ses pieds,
138 LE MYOSOTIS
Et pensif, arrêtant chaque nue au passage,
Pour son pays lointain la chargeait d'un message.
Il ne l'envoyait pas à Ferrare, où pourtant
Aux genoux d'une Arniide il dormit un instant;
Non : sa blessure au cœur était enfin guérie ;
Non, mais il soupirait : « Loïsa, sœur chérie,
Mes premières amours, que fliites-vous là-bas?
Quand je jette au Destin le gage des combats,
Dame de ma pensée, au Christ d'un oratoire
Sans doute vos soupirs demandent ma victoire.
Oh 1 priez : veuf de vous, mon cœur n'a point vécu ;
Mais je ne reviendrai qu'après avoir vaincu.
Vous sauriez bien encor, généreuse en silence,
De votre pauvreté me f;ùre une opulence;
Mais pour dot à ma sœur je n'irai plus offrir
Mon trésor de misère, et je saurai souffrir,
La Poésie aidant!... Pour conduire ma plume.
Seul flambeau de mes nuits, quand l'œil d'un chat s'allume.
Des chœurs d'esprits follets, poétiques sabbats.
Viennent fleurir sous moi la paille des grabats ;
Des palmiers, des drapeaux frissonnent sur ma joue :
Salut, bel Orient! adieu, Paris de bouc!
Chevaliers, ouvrez-moi vos rangs hospitaliers;
Pour le Christ et l'honneur, combattons, chevaliers !...
Puis vient l'Amour Protée et ses métamorphoses :
Renaud, l'homme de fer, se rouille sur des roses;
Clorinde l'infidèle expire, et son amant
Baptise avec ses pleurs un front pâle et charmant.
Mais l'illusion fuit le jour qui l'intimide;