‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 4 sur 91 · L ABEILLE · texte numérisé non relu

L ABEILLE

— Hélas ! je rampais, demi-nue, Sans ailes d'or, sans aiguillon.

Quand tout mon essaim, vers la nue, S'envola dans un tourbillon; Mais Dieu me sourit, Dieu, qui veille Sur un insecte sans secours, Me dit : « Vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

« Loin des tourbillons de poussière Que font les grands et leurs laquais, Dans la mansarde ou la chaumière, Murmure à de joyeux banquets ; Mais, en fuyant, pique à l'oreille Les Midas qui peuplent les cours ; Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

« Oui, garde bien, pauvre orpheline, Un dard caché pour les méchants; Mais, si quelque vierge enfantine Cueille des bluets dans les champs.

Va bourdonner dans sa corbeille.

Et fais-la rêver aux amours; Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

LE MYOSOTIS

« Mon souffle a reverdi la terre, Teinte du sang des oppresseurs; Longtemps l'éclat du cimeterre Sur l'Hymette efFraj-a tes sœurs; Mais à la Grèce qui s'éveille La Liberté rend ses beaux jours, Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours. »

Moi, dans les paroles divines Je me confie, et, sans savoir Si sur des fleurs ou des épines Il faudra m'endormir le soir, Quand vient la brise, je sommeille.

Et je m'abandonne à son cours :

— Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

ETITTiE ^ ÎSC. FI%^CrX. VITDOT

SU% L'Ii\C-T%I[\CE%lE (■829)

W^u AND les muses, pleurant la gloire de la France, Avec des souvenirs lui rendent l'espérance, Poète et citoyen, de quel œil peux-tu voir Une ligue hypocrite alarmer le pouvoir.

Et, frappant au guichet de Sainte-Pélagie, Tantôt pour la chanson, tantôt pour l'élégie, Avec le fer des lois poursuivre sans repos Un art dont la lumière a trahi ses complots?

LU M V o s O T I '

M.iis de l'opinion, souveraine immortelle,

Il éclaire les pas, il triomphe avec elle,

Et le pontife-roi, fulminant un cdit,

En vain sur leur empire a lancé l'interdit.

Ils ne sont plus, ces temps où la sainte parole

Tonnait et foudroyait du haut du Capitule;

Où la raison timide, en butte aux oppresseurs,

Dans l'exil ou les fers suivait ses défenseurs,

Et, comme leurs écrits, aux pieds du Saint-Office

Les voyait quelquefois brûler en sacrifice.

Zélateurs du passe, qui vers cet .igc d'or

Prétendez aujourd'hui nous repousser encor,

N'avez-vous donc jamais déroulé ses annales?

Elles offrent à peine, à de longs intervalles,

Au lecteur, fatigué de tableaux odieux,

duelques pages de gloire où reposer ses yeux.

Comme le diamant perdu dans la poussière,

Qui n'attend, pour briller, qu'un rayon de lumière,

Que de talents, alors méconnus, avilis,

Dans un cercueil obscur tombaient ensevelis!

Un Voltaire, un Rousseau, sous le chaume champêtre.

Ignorés de leur siècle, et d'eux-mêmes peut-être,

Expiraient tout entiers : l'étude au feu divin,

Qui, captif dans leur âme, y bouillonnait en vain.

Pour éclairer le monde eût ouvert un passage.

L'étude... Mais, hélas I de ce trésor du sage

Les peuples malheureux ne sachant pas jouir,

A l'ombre des autels le laissaient enfouir.

Ces transfuges légers de Grèce et d'Ausonie,

Ces livres, où les dieux du goût et du génie

Traçaient pour l'avenir leurs oracles sacrés,

Voltigeaient au hasard, dispersés, déchirés,

Semblables dans leur suite aux réponses qu'envoie

La Sibylle de Cume h l'exilé de Troie.

Un peuple envahissant, l'incendie à la main,

Foule aux pieds les débris du colosse romain,

Et le vent du désert sur l'Europe tremblante

Souffle, pour l'engloutir, sa poussière brûlante.

Déjà tout s'obscurcit... Mais, lorsque, avec effroi

Ramenant du passé mes yeux autour de moi,

Je cherche les fléaux qu'il semblait nous prédire,

Quel contraste ! partout le Fanatisme expire ;

A la voix de la Gloire et de la Liberté,

Un autre enthousiasme a partout éclaté.

Plus fécond en exploits que cette frénésie

Dont l'Europe chrétienne épouvantait l'Asie,

Terrible, mais laissant aux peuples satisfaits.

Après un jour d'effroi, des siècles de bienfaits.

Qui donc précipita ce mouvement rapide.

Et comme les Hébreux, quand tout marchait sans guide

Quel nuage de flamme éclaira par degrés

Une route inconnue aux peuples égarés?

Honneur à Gutenberg! et puisse d'âge en âge Son nom vivre et grandir ainsi que son ouvrage ! Honneur à toi, Mayence ! il a dans tes remparts Découvert l'art magique utile à tous les arts. Au lieu de fatiguer la plume vigilante,

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