‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 41 sur 91 · MADAME EMMA FERRAND, DE LA GIRONDE · texte numérisé non relu

MADAME EMMA FERRAND, DE LA GIRONDE

DoRDEAUx, paradis de mes anges, Olympe de mes dieux, Bordeaux, J'irai te chanter des louanges, La besace homérique au dos.

Sur le grand chemin noir de pluie du'un blanc rayon tombe et l'essuie, Et demain, troubadour piéton.

Dans la haie aux grappes vermeilles.

Où dansent mes sœurs les abeilles.

Je veux me tailler un bâton.

LE MYOSOTIS

Humble oiseau, ma voix tremble, il neige..

Belle veuve du beau Ducos,

Pour dire tes gloires, que n'ai-je

Un luth fécond en mille échos I

Vers ta rive, qu'il a choisie.

Tout mon fleuve de poésie

Bondirait, dévorant ses bords.

Et chaque vague, chaque rime,

Bordeaux, ferait le bruit sublime

Que fait l'Océan dans tes ports.

Aux grands poètes ce grand rôle.

Les pieds pendants au fil de l'eau, Moi, j'aime à rêver sous un saule Avec l'amante d'Othello; Et pourtant voici la semaine Rouge d'une hécatombe humaine.

Rouge du sang de vingt héros Qui jetaient, fiers et sans murmures, Leurs belles têtes demi-mûres Dans la corbeille des bourreaux.

J'ai caché de la Muse antique L'autel proscrit dans mon grenier.

Je suis un païen de l'Attique Comme Vergniaux et les Chénier.

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