‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 50 sur 91 · A JUAN DE PARIS · texte numérisé non relu

A JUAN DE PARIS

Et tu diras, le soir, froissant un corps de femme :

« Es-tu content de moi, don Juan, mon maître ? » Infâme !

Non, tu n'es pas don Juan ; car don Juan, le maudit,

A l'œil émerveillé comme un spectre grandit.

Auprès de ce géant tu n'as pas une toise ;

Il venait de l'enfer, toi tu viens de... Pontoise.

Il chantait, il raillait; et toi, tu n'es qu'un sot

Qu'on peut tuer d'un vers et bâillonner d'un mot.

C'était un oiseleur qui, d'un coup de résille,

Attrapait Elvira, Léonor, Inésille,

Papillons qu'au Prado le soir voyait courir,

Si frêles qu'un baiser trop lourd les fit mourir,

Et si beaux qu'on aurait enrichi vingt chapelles

Avec la poudre d'or que secouaient leurs ailes.

Convoitait-il un ange aux cheveux noirs ou blonds,

Son échelle de soie avait tant d'échelons

Qu'il eût, de cieux en cieux, pu monter, je parie.

Pour baiser les pieds nus de la vierge Marie.

Si la foudre eût bougé, prêt à tous les combats,

A la vieille grondeuse il aurait dit : « Plus bas 1 »

Par une corde à puits te hissant aux gouttières.

Toi, tu vas dénicher des filles de portières;

Auprès de la beauté qui te doit sa pâleur,

La duègne, qui plaida ta cause avec chaleur.

Ne froisse étincelants ni missel ni rosaire,

A des haillons pour mante, et pour nom : la Misère.

L'oiseau dans tes filets ne tomba pas vaincu

A l'appel de ton chant, mais au son d'un écu.

Tu n'as rien, fils du Nord, de ce sang qui pétille,

170 Lli MYOSOTIS

Sous un regard de femme, au soleil de Castille; Sang créateur des Cids, qui plus tard même a pu Produire encor des Juans, lorsqu'il s'est corrompu. Le peuple, ivre de faim, qui ronfle au coin des bornes. Quand le taureau royal le pique de ses cornes. Se réveillant d'un bond du lourd sommeil qu'il dort, Lui, du moins, sait combattre en beau toréador. Mais toi !... Soulève encor des bruits de Bacchanales ; Essuie encor du sang à des gorges vénales; Crève encor des chevaux, blesse encor des maris; Tu ne seras jamais rien... que Jean de Paris. Oh 1 si le plébéien que ton pistolet tue. Sur sa fosse, à Clamart, revivait en statue. Et qu'au son de minuit, quand meurt le gaz tremblant, Quittant son piédestal, l'homme de marbre blanc. Dans le sombre café que ta visite honore. Allongeait ses pas lourds sur la dalle sonore. Pour te marquer au front d'un signe flétrissant Il n'aurait pas trempé son index dans le sang; Non, mais ses doigts de pierre, en souffletant ta joue, Y laisseraient empreinte une tache de boue. Large, noire, et sa voix tonnerait en ces mots : « Ton enfer n'est pas prêt, lâche auteur de mes maux. Vis : Dieu te couvre encor d'un mépris débonnaire; Tu ne dois pas mourir par un coup de tonnerre : Sous le poids du mépris, vieux sans avoir vécu. Tu mourras..., tu mourras d'un coup de...l »

LE %EVE^^n.T

Air: Des Vendanges (^Dh rerang ek).

J'ai lu Pythagore, et souvent Je me confie A sa philosophie.

Après la mort, son, flamme ou v( Chose légère comme avant, J'aimerai ce que j'aime en vie :

Fuyons un corps que nul ne bénira, Vers mon pays mon ame s'en ira.

! LE MYOSOTIS

Si, rêveuse, après mon trépas, Vous pleurez, Laure, Et visitez encore Ces champs où croissaient sous nos pas Des fleurs... que je ne voyais pas, A votre appel, sœur que j'adore, Un feu follet en dansant vous suivra : Pour vous aimer mon âme survivra.

Qiiand, sylphe joyeux des hivers, Le punch bleuâtre Danse et rit devant l'âtre, Amis, si vous chantez les vers Dont je parfumais vos desserts, Tour à tour plaintif ou folâtre, Sur la montagne un écho s'entendra A vos chansons mon âme répondra.

Q.uand sonne enfin l'heure d'oser, S'il vous arrive Que la beauté craintive Essaie encor de refuser Et murmure sous le baiser, Emportant sa plainte tardive, Un vent complice entre elle et vous fui A vos amours mon âme sourira.

LE revhnan:

Je meurs ! et pourtant, Liberté, Tu nous appelles A des fêtes nouvelles.

Que ton chêne ressuscité Sur ma fosse au moins soit planté!

Et, chantant et battant des ailes, De branche en branche une fauvette ira A ton réveil mon âme applaudira.

J'ai lu Pythagore, et souvent Je me confie A sa philosophie.

Après la mort, son, flamme ou vent.

Chose légère comme avant.

J'aimerai ce que j'aime en vie :

Fuyant un corps que nul ne bénira, Vers mon pays mon âme s'en ira.

SUTiGITE. Î\C0TITUI

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