‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 55 sur 91 · LA V O U L Z I E · texte numérisé non relu

LA V O U L Z I E

De dore au jour mes yeux battus d'un si long vent, Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage, Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge, Dormir encore au bruit de tes roseaux chanteurs, Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.

LE T)E%n.IE% JOU%

J'ai dit souvent : « Dieu confonde Ce monde et tout avec lui 1 »

Mais, quand de ce pauvre monde Le jour suprême aura lui, Changeant de ton dès l'aurore, Je dirai, j'en fais l'aveu :

« Pauvre globe, tourne encore, Tourne, tourne encore un peu, »

LE DERNIHR JOUR

A cette heure épouvantable, Tous vos hôtels trembleront, Riches; et de votre table Bien des miettes tomberont.

« Affamés, qu'on se restaure!

Dirai-je, et trinquons, morbleu ! »

Pauvre globe, etc.

L'effroi que ce jour fiiit naître (Et pour ma part j'en ris bien) Empêche de reconnaître Son lit, sa femme et son bien.

Plus de bourgeois matamore, Plus d'huissiers! le Code au feu!

Pauvre globe, etc.

Le vieux soleil file, file, Et s'éteint dans le brouillard :

Allons, truands, par la ville.

Jouer à Colin-Maillard.

Tremblez, Rose, Hortense, Laure :

J'ai la main heureuse au jeu.

Pauvre globe, etc.

Et vite, chez la reinette.

Dont un soir je fus épris, Allons de ma chansonnette Réclamer gaîment le prix.

Aux appas qu'en vers j'adore Allons dire en prose adieu.

Pauvre globe, etc.

Puis à mon hôte Grégoire Répétons, le verre en main :

« N'ayez souci du mémoire, J'attends mon père demain. »

Car qui m'a fait? je l'ignore; Mon Credo dit que c'est Dieu.

Pauvre globe, etc.

Je fredonnais de la sorte, Dormant, rêvant à demi, Q.uand tout à coup i ma porte Retentit un pas ami.

Avril en fleur vient d'éclore.

Mes vitres ont un ciel bleu:

Pauvre globe, tourne encore, Tourne, tourne encore un peu.

oV/Z. HUIT CET^T TTiE'K.TE-SIX

« Tu ne tueras point ! »

(Dc'ralogiif.)

L-' I E u rordoiine, et je vous en prie, Moi qui vais chantant sur vos pas, Même pour sauver la patrie, O mes frères, ne tuez pas!

Quand cette arme qui fume encore A tonné, mon vers tricolore Recula soudain, blanc d'effroi; Ma pitié devint du délire.

Et, reniant ses dieux, ma lyre A murmuré : « Vive le roi I »

LE MYOSOTIS

Quand un jury tue, à la face Si nous lui jetons le remord ; Si du code rouge on efface Par degrés la phrase de mort; A Thémis, tant de fois trompée, Si l'on veut arracher l'épée Où pendent des gouttes de sang; Ce n'est pas pour que, dans la rue, Le fer justicier tombe et tue.

Ramasse par vous en passant.

Dans le palais, aux jours d'alarme.

Regardez : ne voyez- vous rien, Rien, que le sabre du gendarme Ou du marchand prétorien?

Oh I quoi qu'ait prêché dans ce livre, Dont le parfum de sang enivre, Saint-Just, l'apôtre montagnard, Enfants, la morale éternelle Au seuil des rois fliit sentinelle Pour en écarter le poignard.

Forgeron, laisse sur l'encUinie Le fer vengeur inachevé :

L'arme du siècle, c'est la plume, Levier qu'Archimède a rêvé !

Écrivons : quand, pour la patrie, La plume de fer veille et cric

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