I2(! DE LA BRUTALITÉ
légèrement, ou lui aura marché sur le pied; c'est une faille qu'il ne pardonne pas. La première chose qu'il dit à un ami qui lui emprunte quelque argent (3), c'est qu'il ne lui en prêtera point : il va le trouver ensuite, et le lui donne de mauvaise grâce, ajoutant qu'il le compte perdu. Il ne lui arrive jamais de se heurter à une pierre qu'il rencontre en son chemin, sans lui donner de grandes malédictions. 11 ne daigne pas attendre personne; et si l'on diffère un moment à se rendre au lieu dont l'on est convenu avec lui, il se retire. Il se distingue toujours par une grande singularité (4), ne veut ni chantera son tour, ni réciter (5) dans un repas, ni même danser avec les autres. En un mot, ou ne le voit guère dans les temples importuner les Dieux, et leur faire des vœux ou des sacrifices (ti).
NOTES
(1) Plusieurs critiques ont prouvé qu'il faut traduire ce passage : « S'il met un objet en vente, il ne dira point « aux acheteurs ce qu'il en voudroit avoir, mais il leur « demandcia ce qu'il en pourra trouver. »
(2) La Bruyère a paraphrasé ce passage obscur et mutilé d'après les idées de Casaubon : selon d'autres critiques, il est question d'un présent ou d'une invitation qu'on fait au brutal, ou bien d'une portion de victime qu'on lui | envoie (Voyez chap. xn, note 5; et chapitre xvu, note 2);