‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 101 sur 146 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Ceux qui, interrogt'S sur le discours que je (is à l'Académie françoise le jour que j'eus l'honneur d'y être reçu, ont dit sèchement que j'avois fait des caractères, croyant le blâmer, en ont donne' l'idée la plus avantageuse que je pouvois moi-même désirer; car, le public ayant approuvé ce genre d'écrire où je me suis appliqué depuis quelques années, c'étoit le prévenir en ma faveur que de faire une telle réponse. Il ne restoit plus que de savoir si je n'aurois pas dû renoncer aux caractères dans le discours dont il s'agissoit; et cette question s'évanouit dès qu'on sait que l'usage a prévalu qu'un nouvel académicien compose celui qu'il doit prononcer, le jour de sa réception, de l'éloge du Roi, de ceux du cardinal de Richelieu, du chancelier Seguier, de la personne à qui il succède, et de l'Académie françoise. De ces cinq éloges il y en a quatre de personnels ; or je demande à mes censeurs qu'ils me posent si bien la différence qu'il y a des éloges personnels aux caractères qui louent, que je la puisse sentir, et avouer ma faute. Si, chargé de faire quelque autre harangue, je retombe encore dans des peintures, c'est alors qu'on pourra

1. On peut voir, dans la Vie de La Bruyère, placée en tête du tome I, p. XVIII et suiv., l'historique des faits qui se rapportent au Discours de réception et à la Préface de ce Discours.

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rcouler leur critique, et peut-être me condamner; je dis peut-être, puisque les caractères, ou du moins les images des choses et des personnes, sont inévitables dans l'oraison, que tout ('crivain est peintre, et tout excellent écrivain excellent peintre.

J'avoue que j'ai ajouté à ces tableaux, qui étoient de commande, les louanges de chacun des hommes illustres qui composent l'Académie françoise ; et ils ont dû me le pardonner, s'ils ont fait attention qu'autant pour ménager leur pudeur que pour éviter les caractères, je me suis abstenu de toucher à leurs personnes, pour ne parler que de leurs ouvrages, dont j'ai fait des éloges publics plus ou moins étendus, selon que les sujets qu'ils y ont traités pouvoient l'exiger. — J'ai loué des académiciens encore vivants, disent quelques-uns. — Il est vrai; mais je les ai loués tous : qui d'entre eux auroit une raison de se plaindre? — C'est une coutumeHoute nouvelle, ajoutentils, et qui n'avoit point encore eu d'exemple. — Je veux en convenir, et que j'ai pris soin de m'écarter des lieux communs et des phrases proverbiales usées depuis si longtemps, pour avoir servi à un nombre infini de pareils discours depuis la naissance de l'Académie françoise ^ M'étoit-il donc si difficile de faire entrer Rome et Athènes. le Lycée et le Portique, dans l'éloge de cette savante compagnie-? « ttre au comble de ses vœux de se voir

" H C'est une conduite. » (Kdit. 8'\)

1. Nous donnerons dans les notes qui suivent des fra,'ments de Discours de réception recueillis fort à propos par M. Servois, et qui, antérieurs à 1G93, ont pu être présents ici à l'esprit de La Bruyère.

2. « Désormais je me verrai assis au milieu de cette élite de savants, nouveaux héros de l'empire des lettres, qui font revivre en nos jours ce qu'Athènes et Rome ont eu de plus merveilleux. » (L'abbé Bignon, i.j juin 1693.)

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académicien; protester que ce jour où l'on jouit j)our la ])remière lois d'un si rare bonlieur est le jour le plus beau de sa vie *; douter si cet honneur qu'on vient de recevoir est une chose vraie ou qu'on ait songée - ; espérer de puiser désormais à la source des plus pures eaux de l'éloquence françoise ■'' ; n'avoir accepté, n'avoir désiré une telle place que, pour proliter des lumières de tant de personnes si éclairées''; promettre que tout indigne de leur choix qu'on se reconnoît, on s'efforcera de s'en rendre digne^ ; »

1. Il Voici le jour heureux où il m'est permis d'entrer dans le temple de Minerve... Jour plein de gloire! jour remarquable entre tous les jours de ma vie! » [L'ahbé Testu de Mauroy, 8 mars 1688.) — « Permettez-moi, en ce jour le plus beau de ma vie, de ne penser cju'à ce qui peut exciter mon courage et redoubler ma joie. » {Pavillon, 17 décembre 1C91.)

2. Ces phrases étranges se trouvent sous les meilleures plumes. « Je doute si je veille ou si je dors, et si ce n'est point ici un de ces beaux songes qui, sans nous faire quitter la terre, nous persuadent que nous sommes dans le ciel.» [Pellisson, 30 décembre 1652.) — « L"lionneur que je reçois aujourd'hui est quelque chose pour moi de si grand, de si extraordinaire, de si peu attendu..., que dans le moment même où je vous en fais mes remerciements, je ne sais encore ce que je dois croire. Est-il possible, est-il bien vrai qne vous m'avez en effet jugé digne d'être admis dans cette illustre Compagnie?... » [Boileau-Despréaux, 3 juillet 1684.)

3. (I... Si le public doit tirer tant d'avantages de vos savantes leçons, que n'en doivent point attendre ceux qui, étant reçus dans ces conférences où vous répandez vos lumières si abondamment, peuvent les puiser jusque dans leur source? » [Discours de réception de Thomas Corneille, 2 janvier 1685.)

4. «... Aussi n'ai-jo souhaité d'obtenir la grâce que vous m'accordez que pour acquérir parmi vous la ]ioi-fection qui me manque et les kimières dont j'ai besoin. » (Quinault, 1670.) — »... Ainsi, messieurs, il n'y a point d'esprit si obscur qui ne s'éclaire à vos lumières... Que j'avois d'impatience d'être en état de profiter de ces belles instructions! » [L'abbé de Montigny, janvier 1670.)

.5. « Pour moi, messieurs, je m'efforcerai, avec le secours de vos doctes conférences, de vous suivre do loin et de mériter avec le temps la place qu'il vous a plu me donner aujourd'hui dans cette illustre Compagnie. » [Perrault, 23 novembre 1671.) — « Je sais bien. Messieurs, qu'en me recevant parmi vous, vous ne m'avez pas rendu digne de vous... Animé par votre présence^ ravi de l'honneur que je reçois, j'oublie ma foiblesse dans

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cent autres formules de pareils compliments sont-elles si rares et si peu connues que je n'eusse pu les trouver, les placer et en mériter des applaudissements?

Parce donc que j'ai cru que, quoi que l'envie et l'injustice publient de l'Académie françoise, quoi qu'elles veuillent dire de son âge d'or et de sa décadence, elle n'a jamais, depuis son établissement, rassemblé un si grand nombre de personnages illustres pour" toutes sortes de talents et en tout genre d'érudition qu'il est facile aujourd'hui d'y en remarquer; et que, dans cette prévention où je suis, je n'ai pas espéré que cette Compagnie pût être une autre fois plus belle à peindre, ni prise dans un jour plus favorable, et que je me suis servi de l'occasion, ai-je rien fait qui doive m'attirer les moindres reproches? Cicéron a pu louer impunément Brutus, César, Pompée, Marcellus, qui étoient vivants, qui étoient présents : il les a loués plusieurs fois ; il les a loués seuls dans le sénat, souvent en présence de leurs ennemis, toujours devant une compagnie jalouse de leur mérite, et qui avoit bien d'autres délicatesses de politique sur la vertu des grands hommes que n'en sauroit avoir l'Académie françoise. J'ai loué les académiciens, je les ai loués tous, et ce n'a pas été im])unément : que me seroit-il arrivé si je les avois blâmés tous?

«Je viens d'entendre, a dit Théobalde ^ une grande

^ i( Par toutes sortes de talents. fÉdit. 8*.')

ce glorieux moment, et j'ose même espérer de marcher un jour sur vos traces, quand vos lumières, votre exemple et vos leçons m'auront donné assez de force pour vous suivre. » {Pavillon, 17 décembre 1C91.)

1. Théobalde ici n'est plus le Théobalde du chapitre de la Conversât ion et de la société, qui n'était autre que Benserade. (Voyez t. I, p. 157.) Benserade était mort depuis trois ans, au moment où parut cette Préface. Tliéobalde paraît désigner ici Foutenelle. Si Le Bruj'ère ne l'appelle pas

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vilaine harangue qui m'a fait bâiller vingt lois, et qui m'a ennuyé à la mort. » Voilà ce qu'il a dit, et voiLà ensuite ce qu'il a l'ait, lui et peu d'autres qui ont cru devoir entrer dans les mêmes intérêts. Ils partirent pour la cour le lendemain de la prononciation de ma harangue; ils allèrent de maisons en maisons; ils dirent aux personnes auprès de qui ils ont accès ({ue je leur avois balbutié la veille un discours où il n'y avoit ni style ni sens commun, qui étoit rempli d'extravagances, et une vraie satire. Revenus à Paris, ils se cantonnèrent en divers quartiers, où ils répandirent tant de venin contre moi, s'acharnèrent si fort à dillamer cette harangue, soit dans leurs conversations, soit dans les lettres qu'ils écrivirent h leurs amis dans les provinces, en dirent tant de mal, et le persuadèrent si fortement à qui ne l'avoit pas entendue, qu'ils crurent pouvoir insinuer au public, ou que les Caractères faits de la même main étoient mauvais, ou que s'ils étoient bons, je n'en étois pas l'auteur, mais qu'une femme de mes amies m'avoit fourni ce qu'il y avoit de plus supportable ^ Ils prononcèrent aussi que je n'étois pas capable de faire rien de suivi, pas même la moindre préface : tant ils estimoient impraticable à un homme, même qui est dans l'habitude de penser et d'écrire ce qu'il pense, l'art de lier ses pensées et de faire des transitions-.

Ils firent plus : violant les lois de l'Académie françoise,

Cydias, comme dans le chapitre de la Conversation, c'est sans doute pour mieux dépister les auteurs de clefs.

1. C'est peut-être M'"'' do Boislandrj-, qui était une femme d'esprit et passait même pour bien écrire. (Voyez le cliap. des Jinjeinents, t. I, p. 440, note.)

2. « Ce n'est qu'un amas de pièces détacliécs, qui ne peut faire connoître si celui qui les a faites auroit assez de génie et de lumières pour bien conduire un ouvrage qui seroit suivi. » {Mercure de juin 1093, p. 271, au sujet du livre des Caractères.)

qui défend aux académiciens d'écrire ou de faire écrire contre leurs confrères, ils lâchèrent sur moi deux auteurs associés à une même gazette ' ; ils les animèrent, non pas à publier contre moi une satire fine et ingénieuse, ouvrage trop au-dessous des uns et des autres, « facile à manier, et dont les moindres esprits se trouvent capables-, « mais à me dire de ces injures grossières et personnelles, si difficiles à rencontrer, si pénibles à prononcer ou à écrire, surtout à des gens à qui je veux croire qu'il reste encore quelque pudeur et quelque soin de leur réputation.

Et en vérité je ne doute point que le public ne soit enfin étourdi et fatigué d'entendre, depuis quelques années, de vieux corbeaux croasser autour de ceux qui, d'un vol libre et d'une plume légère, se sont élevés à quelque gloire par leurs écrits. Ces oiseaux lugubres semblent, par leurs cris continuels, leur vouloir imputer le décri universel où tombe nécessairement tout ce qu'ils exposent au grand jour de l'impression : comme si on étoit cause qu'ils manquent de force et d'haleine, ou qu'on dût être responsable de cette médiocrité répandue sur leurs ouvrages. S'il s'imprime un livre de mœurs assez mal digéré pour tomber de soi-même et ne pas exciter leur jalousie, ils le louent volontiers, et plus volontiers encore ils n'en parlent point; mais s'il est tel que le

1. Mercure galant. (Note de La Bruyère.) « Thomas Corneille, associé avec de Vizé pour le Mercure galant, donna des griffes à La Bruyère. » (D'Olivet, Lettre citée dans le Catalogue de la vérité des autographes de M. Parison (1864). Thomas Corneille était confrère de La Bruyère à l'Académie française.

2. « Rien n'est plus aisé que de faire trois ou quatre pages d'un portrait qui ne demande point d'ordre, et il n'y a point de génie si borné qui ne soit capable de coudre ensemble quelques médisances de son prochain, et d'y ajouter ce qui lui paroit capable de faire rire. » [Mercure de juin 1G93. p. 27-2.)

monde ea parle, ils l'attaquent avec furie. Prose, vers, tout est sujet à leur censure, tout est en proie à une haine implacable, qu'ils ont conçue contre ce qui ose paroître dans quelque ])errection, et avec les signes d'une approbation publique. On ne sait plus quelle morale leur fournir qui leur agrée : il faudra leur rendre celle de la Serre ou de des Marets % et s'ils en sont crus, revenir au Pédagogue chrclien- et à la Cour suinte^. Il paroît une nouvelle satire écrite contre les vices en général, qui, d'un vers fort et d'un style d'airain, enfonce ses traits contre l'avarice, l'excès du jeu, la chicane, la mollesse, l'ordure et l'hypocrisie, où personne n'est nommé ni désigné, où nulle femme vertueuse ne peut ni ne doit se reconnoître^; un BouuDALouE en chaire ne fait point de peintures du crime ni plus vives ni plus innocentes : il n'importe, cest mcdisiuice^ ccst calomnie. Voilà depuis quelque temps leur unique ton, celui qu'ils emploient contre les ouvrages des mœurs ■'' qui réussissent : ils y prennent tout littérale-

^ (( Les ouvrages de mœurs, n (Edit. 8''.)

1. Jean Puget de la Serre (lOOG-KiGj), qui doit à Boileau une fâcheuse célébrité pour ses tragédies, a publié aussi quelques livres de morale : les Délices de la mort, l'Entretien des bons esprits sur les vanités du monde, l'Esprit de Sénèque et de Plntarque, etc. — Des Marets de Saint-Sorlin (1593-1G70) est une autre des victimes de Boileau. Outre un poëme épique sur Clovis, des tragédies et comédies, il est auteur d'œuvres morales et de dévotion, empreintes d'un mysticisme qui va jusqu'à la folie : les Morales d^Èpictète, de Sacrale, etc., le Combat spirituel, prières, etc.

2. Le Pédagogue des familles chrétiennes, contenant un recueil de plusieurs instructions chrétiennes sur diverses matières, par un prêtre du sémi-

aire de Saint-Nicolas du Chardonnet. Paris, 16G'2, in-8".

3. La Cour sainte, ou l'Institution chrestienne des grands avec les exemples de ceux qui dans les cours ont lleury en saincteté, par le Pi. P. Nicolas Caussin, de la Compagnie de .Tésus. Paris, 1G23, in-8". — Le P. Caussin, né eu 1583, fut quelque temps confesseur de Louis XIIF, fut disgracié en 1G37, et mourut eu IG.M.

4. La X"' satire de Boileau, sitr les Femmes, publiée en IG9i.

ment, ils les lisent comme une histoire; ils n'y entendent ni la poésie ni la figure ; ainsi ils les condamnent ; ils y trouvent des endroits foibles : il y en a dans Homère, dans Pindare, dans Virgile et dans Horace; où n'y en a-t-il point? si ce n'est peut-être dans leurs écrits. Behnln n'a pas manié le marbre ni traité toutes ses figures d'une égale force; mais on ne laisse pas de voir, dans ce qu'il a moins heureusement rencontré, de certains traits si achevés, tout proches de quelques autres qui le sont moins, qu'ils découvrent aisément Texcellence de l'ouvrier : si c'est un cheval, les crins sont tournés d'une main hardie, ils voltigent et semblent être le jouet du vent; l'œil est ardent, les naseaux souillent le feu et la vie ; un ciseau de maître s'y retrouve en mille endroits ; il n'est pas donné à ses copistes ni à ses envieux d'arriver à de telles fautes par leurs chefs-d'œuvre : l'on voit bien que c'est quelque chose de manqué par un habile homme, et une faute de Praxitèle ^

Mais qui sont ceux qui, si tendres et si scrupuleux, ne peuvent même supporter que, sansblesser et sans nommer les vicieux, on se déclare contre le vice? sont-ce des chartreux et des solitaires? sont-ce les jésuites, hommes pieux et éclairés? sont-ce ces hommes religieux qui habitent en France les cloîtres et les abbayes? Tous au contraire lisent ces sortes d'ouvrages, et en particulier, et en public, à leurs récréations; ils en inspirent la lecture à leurs pensionnaires, à leurs élèves ; ils en dépeuplent les

[. Allusion à une statue équestre do Louis XIV, par le cavalier Bernin, peintre, sculpteur et architecte italien (1598-1G80). Cette statue fut fort critiquée, à cause du cheval. Le roi voulut d'abord la faire briser, puis chargea Bouchai don de la modifier: elle devint la statue de Marcus Curtius, et fut placée à l'extrémité de la pièce d'eau des Suisses.

boutiques, ils les conservent dans leurs bibliothèques. N'ont-ils pas les premiers reconnu le plan et l'économie (lu livre des Cariirlcres? N'out-ils pas observé que de seize chapitres qui le composent, il y en a quinze qui s' attachant à découvrir le faux et le ridicule qui se rencontrent dans les objets des passions et des attachements huiiiains, ne tendent qu'à ruiner tous les obstacles qui alloiblissent d'abord, et qui éteignent ensuite dans tous les hommes la connoissance de Dieu ; qu'ainsi ils ne sont que des préparations au seizième et dernier chapitre, où l'athéisme est attaqué, et peut-être confondu; où les preuves de Dieu, une partie du moins de celles que les foibles hommes sont capables de recevoir dans leur esprit, sont apportées ; où la providence de Dieu est défendue contre l'insulte et les plaintes des libertins? Qui sont donc ceux qui osent répéter contre un ouvrage si sérieux et si utile ce continuel refrain : C'est médisance, c'est calomnie? Il faut les nommer : ce sont des poètes; mais quels poètes? Des auteurs d'hymnes sacrés ou des traducteurs de psaumes, des Godeaux ou des Corneilles*? Non, mais des faiseurs de stances et d'élégies amoureuses, de ces beaux esprits qui tournent un sonnet sur une absence ou sur un retour, qui font une épigramme sur une belle gorge, et un madrigal sur une jouissance-. Voilà ceux

1. Antiiine Godoau (lG(),"i-107'2), cvêquc de Grasse, a traduit les Psaumes en vers fi-aiiçais; P. Corneille, V Imitation de Jésus-Christ.

2. Déjà en IGÔO, dans les Précieuses ridicules (se. x), Molière se moquait de ces fadaises : « On sait à point nommé : un tel a composé la plus jolie pièce du monde sur un tel sujet, une telle a fait des paroles sur un tel air; celui-ci a fait un madrigal sur une jouissance, celui-là a compose des stances sur une infidélité, etc.. » La mode n'en était pas encore passée au temps de La Bruyère, et elle dura encore après lui : c'est le fond des poésies de Chaulieu, de Bernis, de Dorât, etc. Peut-être du reste n'y at-il pas ici seulement un trait de satire littéraire; peut-être le trait est-il

qui, par délicatesse de conscience, ne soiiiïient qu'impatiemment qu'en ménageant les particuliers avec toutes les précautions que la prudence peut suggérer, j'essaye, dans mon livre des Mœurs, de décrier, s'il est possible, tous les vices du cœur et de l'esprit, de rendre l'homme raisonnable et plus proche de devenir chréLien. Tels ont été les Théobaldes, ou ceux du moins qui travaillent sous eux et dans leur atelier.

Ils sont encore allés plus loin; car palliant d'une politique zélée le chagrin de ne se sentir pas à leur gré si bien loués et si longtemps que chacun des autres académiciens, ils ont osé faire des applications délicates et dangereuses de l'endroit de ma harangue^ où, m'exposant seul à prendre le parti de toute la littérature contre leurs plus irréconciliables ennemis, gens pécunieux, que l'excès d'argent ou qu'une fortune faite par de certaines voies, jointe à la faveur des grands, qu'elle leur attire nécessairement, mène jusqu'à une froide insolence, je leur fais à la vérité à tous une vive apostrophe, mais qu'il n'est pas permis de détourner de dessus eux pour la rejeter sur un seul, et sur tout autre.

Ainsi en usent à mon égard, excités peut-être par les Théobaldes, ceux qui se persuadent qu'un auteur écrit seulement pour les amuser par la satire, et point du tout pour les instruire par une saine morale, au lieu de prendre pour eux et de faire servir à la correction de leurs mœurs les divers traits qui sont semés dans un ouvrage, s'appli-

lancé par La Bruyère à l'adresse de son ennemi Fontanelle qui a, dans ses Poésies, plusieurs pièces sur un retour et sur une absence, et encore à l'adresse de Pavillon, qui avait été son concurrent heureux à l'Académie française en 1691, et qui avait des pièces semblables, notamment sur le mot Jouissez.

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