‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 38 sur 146 · L'évùque de Mcaux (Dossuetj · texte numérisé non relu

L'évùque de Mcaux (Dossuetj

blime? Il y a des mystères que l'on doit expliquer, et qui s'expliquent mieux par une leçon de l'école que par un discours oratoire. La morale même de la chaire, qui comprend une matière aussi vaste et aussi diversifiée que le sont les mœurs des hommes, roule sur les mêmes pivots. retrace les mêmes images et se prescrit des bornes bien plus étroites que la satire : après l'invective commune contre les honneurs, les richesses et le plaisir, il ne reste plus à l'orateur qu'à courir à la fin de son discours et à congédier l'assemblées Si quelquefois on pleure, si on est ému, après avoir fait attention au génie et au caractère de ceux qui font pleurer, peut-être conviendra-t-on que c'est la matière qui se prêche elle-même, et notre intérêt le plus capital qui se fait sentir; que c'est moins une véritable éloquence que la ferme poitrine du missionnaire qui nous ébranle et qui cause en nous ces mouvements ^. Enfin, le prédicateur n'est point soutenu, comme l'avocat, par des faits toujours nouveaux, par de différents événements, par des aventures inouïes; il ne s'exerce point sur les questions douteuses, il ne fait point valoir les violentes conjectures et les présomptions, toutes choses néanmoins qui élèvent le génie, lui donnent de la force et de l'étendue, et qui contraignent bien moins l'éloquence qu'elles ne la fixent et ne la dirigent. 11 doit, au contraire, tirer son discours d'une source commune, et où tout le monde

* « El congédier rassemblée. » (Édit. 5*^.)

1. (( Que faut-il pour émouvoir la multitude et rcntraîner? Que faut-il pour ébranler la plupart même des autres hommes et les persuader? Un ton véhément et pathétique, des gestes expressifs et fréquents, des paroles rapides et sonnantes. » (Bulî'on, Discours de réception à l'Académie françoise.)

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puise; et, s'il s'écarte de ces lieux communs, il n'est plus po[)ulaii-e, il est abstrait ou déclamateur, il ne prêche plus l'Évangile. Il n'a besoin que d'une noble simplicité, mais il faut l'atteindre, talent rare et qui passe les forces du commun des hommes' : ce qu'ils ont de génie, d'imagination, d'érudition et de mémoire, ne leur sert souvent qu'a s'en éloigner.

La fonction de l'avocat est pénible, laborieuse, et suppose, dans celui qui l'exerce, un riche fonds et de grandes ressources. Il n'est pas seulement chargé, comme le prédicateur, d'un certain nombre d'oraisons composées avec loisir, récitées de mémoire, avec autorité, sans contradicteurs-, et qui, avec de médiocres changements, lui font honneur plus d'une fois : il prononce de graves plaidoyers devant des juges qui peuvent lui imposer silence, et contre des adversaires qui l'interrompent; il doit être prêt sur la réplique; il parle, en un même jour, dans divers tribunaux, de différentes affaires. Sa maison n'est pas, pour lui, un lieu de repos et de retraite, ni un asile contre

1. « La plupart des gens qui veulent faire de beaux discours cherchent sans choix, également partout la pompe des paroles ; ils croient avoir tout fuit, pourvu qu'ils aient fait un amas de grands mots et de pensées vagues ; ils ne songent qu'à charger leurs discours d'ornements, semblables aux méchants cuisiniers, qui ne savent rien assaisonner avec justesse, et qui croient donner un goût exquis aux viandes en y mettant beaucoup de sel et de poivre. La véritable éloquence n'a rien d'enflé ni d'ambitieux ; elle se modère et se proportionne aux sujets qu'elle traite et aux gens qu'elle instruit; elle nest grande et sublime que quand il faut l'être. » (Févelon, Dialogue II sur l'éloquence.)

2. « Le roi fit des reproches à M. de Vendôme, puis à M. Larochefoucauld. de ce qu'ils n'alloient point au sermon, pas môme à ceux du père Séraphin. M. de Vendôme lui répondit librement qu'il ne pouvoit aller entendre un homme qui disoit tout ce qui lui plaisoit, sans que personne eût la liberté de lui répondre, et fit rire le roi par cette saillie. » (Saixt-Simon, Mémoires, t. I, p. 3-2-2.)

les plaideurs; elle est ouverte à tous ceux qui viennent l'accabler de leurs questions et de leurs doutes. Il ne se met pas au lit, on ne l'essuie point, on ne lui prépare point des rafraîchissements; il ne se fait point, dans sa chambre, un concours de monde de tous les états et de tous les sexes, pour le féliciter sur l'agrément et sur la politesse de son langage, lui remettre l'esprit ^ sur un endroit où il a couru risque de demeurer court, ou sur un scrupule qu'il a sur le chevet d'avoir plaidé moins vivement qu'à l'ordinaire. Il se délasse d'un long discours par de plus longs écrits, il ne fait que changer de travaux et de fatigues : j'ose dire qu'il est, dans son genre, ce qu'étoient, dans le leur, les premiers hommes apostoliques '',

Quand on a ainsi distingué l'éloquence du barreau de la fonction de l'avocat, et l'éloquence de la chaire du ministère du prédicateur, on croit voir qu'il est plus aisé de prêcher que de plaider et plus difficile de bien ])récher que de bien plaider ' ^

^ « Pour lui remettre l'esprit. » (Édit. 5^.) '' Ces deux aliucas sont de la ô'^ édition. ''■ Édition 5^.

1. « . . . Si i'anois à conseiller de mesme en ces deux diiiers aduantages de l'éloquence, de laquelle il semble en nostre siècle que les prescheurs et les aduocats facent principale profession, le tardif seroit mieuix presclieur, ce me semble, et l'aultre mieux aduocat : parce que la charge de cettuy là luy donne autant qu'il luy plaist de loisir pour se préparer ; et puis sa carrière se passe d'un fît et d'une suitte sans interruption : là où les commoditez de l'aduocat le pressent à toute heure de se mettre en lice; et les responses improuueues de sa partie aduerse le reiectent de son bransle, où il luy fault sur le champ prendre nouueau party... La part de l'aduocat est plus difficile que celle du prescheur ; et nous trouuons pourtant, ce m'est aduis, plus de passables aduocats que de prescheurs, au moins en France. » (Montaigne, Essais, I, 10.) « M. du Vair et M. Pasquier ont cru que le parfait avocat étoit plus difficile à rencontrer que le parfait prédicateur. » (G. Guéret, Entretiens sur l'éloquence de la chaire et du barreau, p. 87.;

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[27] Quel avantage n'a pas un discours })ronnncé sur un ouvrage qui est écrit ! Les hommes sont les dupes de l'action et de la parole, comme de tout l'appareil de l'auditoire. Pour peu de prévention qu'ils aient en faveur de celui qui parle, ils l'admirent et cherchent ensuite à le comprendre : avant qu'il ait commencé, ils s'écrient qu'il va bien faire ; ils s'endorment bientôt, et, le discours fini, ils se réveillent pour dire qu'il a bien fait. On se passionne moins pour un auteur : son ouvrage est lu dans le loisir de la campagne ou dans le silence du cabinet; il n'y a point de rendez-vous publics pour lui applaudir, encore moins de cabale pour lui sacrifier tons ses rivaux et pour l'élever à la prélature. On lit son livre, quelque excellent qu'il soit, dans l'espiit de le tiouver mi'diocre; on le feuillette, on le discute, on le confronte; ce ne sont pas des sons qui se perdent en l'air et qui s'oublient; ce qui est imprimé demeure imprimé. On l'atlend quelquefois plusieurs jours avant rinqnession pour le décrier, et le plaisir le plus délicat que l'on en tire vient de la critique qu'on en fait; on est piqué d'y trouver, à chaque page, des traits qui doivent plaire, on va même souvent jusqu'à appréhender d'en être diverti, et on ne quitte ce livre que parce qu'il est bon. Tout le monde ne se donne pas pour orateur : les phrases, les figures, le don de la mémoire, la robe ou l'engagement de celui ({ui prêche, ne sont pas des choses qu'on ose ou qu'on veuille toujours s'appropriera Chacun, au contraire, croit penser bien et écrire encore mieux ce qu'il a pensé; il en est moins favorable à celui qui pense et qui écrit aussi bien que lui. Eu un mot, le scnnonncur est plus tôt évèque que le plus

^ ic Qu'on veuille on c[a"on ose toujours s'approprier. » (Édit. 7«.1

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solide «''crivaiii n'est revêtu d'un prieuré simple; et, dans la distribution des grâces, de nouvelles sont accordées à celui-là, pendant que l'auteur grave se tient heureux d'avoir ses restes '.

[28] S'il arrive que les méchants vous haïssent et vous persécutent, les gens de bien vous conseillent de vous humilier devant Dieu, pour vous mettre en garde contre la vanité qui pourroit vous venir de déplaire à des gens de ce caractère ; de même si certains hommes, sujets à se récrier sur le médiocre, désapprouvent un ouvrage que vous aurez écrit ou un discours que vous venez de prononcer en public, soit au barreau, soit dans la chaire ou ailleurs, humiliez-vous : on ne peut guère être exposé à une tentation d'orgueil plus délicate et plus prochaine '\

[29] Il me semble qu'un prédicateur devroit faire choix, dans chaque discours, d'une vérité unique, mais capitale, terrible ou instructive, la manier à fond et l'épuiser; abandonner toutes ces divisions si recherchées, si retournées, si remaniées'' et si différenciées; ne point supposer ce qui est faux, je veux dire que le grand ou le beau monde sait sa religion et ses devoirs ; et ne pas appréhender défaire, ou à ces bonnes têtes ou à ces esprits si raflinés, des catéchismes; ce temps si long que l'on use à composer un long ouvrage, l'employer à se rendre si maître de sa matière, que le tour et les expressions naissent dans l'action et coulent de source ; se livrer, après une certaine

* Édition 7*.

'' Édition 8''.

"^ « Si remaniées. » ^Mots ajoutés dans la S*" édition.)

DE LA CHAIRE. iOo

préparation, à son génie et aux mouvements '^ qu'un grand sujet peut inspirer : qu'il pourroit, enOn, s'épargner ces prodigieux efforts de mémoire qui ressemblent mieux à une gageure qu'à une affaire sérieuse, qui corrompent le geste et défigurent le visage ; jeter, au contraire, par un bel enthousiasme, la persuasion dans les esprits et l'alarme dans le cœur, et toucher ses auditeurs d'une tout autre crainte '' que de celle de le voir demeurer court ".

[30] Que celui qui n'est pas encore assez parfait pour s'oublier soi-même dans le ministère de la parole sainte ne se décourage point par les règles austères qu'on lui prescrit, comme si elles lui ôtoient les moyens de faire montre de son esprit et de monter aux dignités où il aspire : quel plus beau talent que celui de prêcher apostoliquement? et quel autre mérite mieux un évêclié''? FÉNELON en étoit-il indigne? auroit-il pu échapper au choix du Prince que pur un autre choix *"?

* « Au mouvement. » (Edit. 9^.)

^ « Toute autre crainte. » (Texte des éditions originales.)

« Édition 4^

'' Édition 4^.

•^ « Est plus digne d'un évèché. » (Édit. 4".) La fin de l'alinéa a été ajoutée dans la 5« édition. Entre la V et la 5^ édition, Fénelon avait été nommé précepteur du duc de Bourgogne (août 168'.'.) — Il fut archevêque de Cambrai en 1695.

[1] Les esprits forts savent-ils qu'on les appelle ainsi par ironie? Quelle plus grande foiblesse que d'être incertain quel est le principe de son être, de sa vie, de ses sens, de ses connoissances, et quelle en doit être la fin?

1. L'importance de ce chapitre a été plusieurs fois signalée avec raison. Parmi les Caractères de ce siècle, La Bruyère ne pouvait oublier les esprits forts, dont le nombre croissait de jour eu jour autour de lui. Déjà Pascal avait entrepris contre ceux de son temps une Démonstration de la religion chrétienne qu'il n'a pu achever, et dont les fragments ont formé ses Pensées. C'était le temps où le père Mersenne, par une forte exagération, disait qu'il y avait à Paris 50,000 athées, et où Nicole écrivait : « Il faut que vous sachiez qne la grande hérésie du monde n'est plus le luthérianisme ou le calvinisme, que c'est l'athéisme. » (/.e//>'e -iji.) Comme le fait très-bien observer M. Havet {Introduction à son édition des Pensées de Pascal, p. x), « sans doute qu'ils appelaient athées, non pas tant des gens qui niaient Dieu absolument, que des esprits amenés par le scepticisme à ne savoir qu'en penser. Le scepticisme circulait en effet sourdement sous l'apparente soumissioa des intelligences aux choses établies, et le xvm* siècle allait en sortir. » Dans le Sermon pour la fête de l'Epiphanie {1()86), prononcé au moment où allaient paraître les Caractères, Fénelon disait : « Une sagesse vaine et indépendante, une curiosité superbe et effrénée emportent les esprits... Des hommes profanes et téméraires ont franchi les bornes et ont appris à douter de tout... Un bruit sourd d'impiété vient frapper nos oreilles... L'instruction augmente, la foi diminue... L'incrédulité, quoique timide, n'est pas muette. » Au nombre de ces précurseurs des déistes, ou des athées et des matérialistes du xvui'' siècle qu'avait observés La Bruj'ère, on distingue principalement : les disciples de Gassendi, et, parmi eux, surtout le voyageur Dernier; Saint-Évremond, qui écrivait en Angleterre; Bayle, qui envo3'ait de Hollande des hardiesses qui n'eussent pas obtenu le laisser-passer de la censure française; Fontenellej plus discret, mais non moins sceptique; enfin la société du Temple : les Chaulieu, les La Fare. les ducs de Nevers et de Bouillon, qui se réunissaient autour du grand prieur de Vendôme, et dont Saint-Simon a peint le cynisme avec énergie.

Quel découragement plus grand que de douter si son âme n'est point matière comme la pierre <^t le re[)ti]e, et si elle n'est point corruptible comme ces viles créatures'?

1. Ce que les défenseurs de la foi reprochent à rincrédulité, au xvu" siècle, ce ne sont pas, comme au siècle suivant, des affirmations contraires au dogme, c'est une ignorance volontaire de ce dogme : « Dieu a mis dans son Église une autorité seule capable d'abaisser l'orgueil et de relever la simplicité, et qui, également propre aux savants et aux ignorants, imprime aux uns et aux autres un même respect. C'est contre cotte autorité que les libertins se révoltent avec un air de mépris. Mais (ju'ont-ils vu, ces rares génies? qu'ont-ils vu plus que les autres? Quelle ignorance est la leur ! et qu'il seroit aisé de les confondre, si, foibles et présomptueux, ils ne craignoient d'être instruits! Car pensent-ils avoir mieux vu les difficultés à cause qu'ils y succombent, ut que les autres qui les ont vues les ont méprisées? Ils n'ont rien vu, ils n'entendent rien ; ils n'ont pas même de quoi établir le néant auquel ils espèrent après cette vie, et ce misérable partage ne leur est pas assuré. » (Bossuet, Oraison funèbre d'Anne de Gonzague, f" partie.) — « Mais, hommes doctes et curieux, si vous voulez discuter la religion, apportez-y du moins la gravité et le poids que la matière demande. Ne faites point les plaisants mal h propos, dans des choses si sérieuses et si vénérables. Ces importantes questions ne se décident pas par vos demi-mots et par vos branlcments de tête, par ces fines railleries que vous nous vantez et par ce dédaigneux sourire. Pour Dieu, comme disoit cet ami de Job, ne pensez pas être les seuls hommes, et que toute la sagesse soit dans votre esprit dont vous nous vantez la délicatesse. Vous qui voulez pénétrer les secrets de Dieu, çà, paroissez, venez en présence, développez-nous les énigmes de la nature ; choisissez ou ce qui est loin, ou ce qui est près, ou ce qui est à vos pieds, ou ce qui est bien haut suspendu sur vos tètes. Quoi ! partout votre raison demeure arrêtée ! Partout ou elle gauchit, ou elle s'égare, ou elle succombe ! Cependant vous ne voulez pas que la foi vous prescrive ce qu'il faut croire. Aveugle chagrin et dédaigneux, vous ne voulez pas qu'on vous guide et qu'on vous donne la main. Pauvre voyageur égaré et présomptueux, qui croyez savoir le chemin, qui vous refusez la conduite, que voulez-vous qu'on vous fasse? » (Bossuet, Sermon sur la divinité de la religion.) — «Dieu nous fera voir que tout ce désordre de notre infidélité n'aura point eu d'autre principe qu'une ignorance criminelle où nous aurons vécu, sans nous être jamais appliqués à une étude sérieuse de notre religion. Et certes rien, pour l'ordinaire, de plus ignorant, en matière de religion, que ce qu'on appelle les libertins du siècle. Dieu nous fera voir, et nous reprochera que, tandis que nous avons été si rebelles à sa parole, nous avons été sur mille articles les plus dociles à la parole des hommes. » (Bourdaloue, Sermon sur le jugement dernier.)

N'y a-t-il pas plus de force et de grandeur^ à recevoir dans notre esprit l'idée d'un être supérieur à tous les êtres, qui les a tous faits, et à qui tous se doivent rapporter; d'un être souverainement parfait, qui est pur, qui n'a point commencé et qui ne peut finir, dont notre âme est l'image, et si j'ose dire, une portion ''% comme esprit et comme immortelle ?

r2] Le docile et le foible sont susceptibles d'impressions : l'un en reçoit de bonnes, l'autre de mauvaises; c'est-à-dire que le premier est persuadé et lidèle, et que le second est entêté et corrompu. Ainsi l'esprit docile admet la vraie religion; et l'esprit foible, ou n'en admet aucune, ou en admet une fausse. Or l'esprit fort ou n'a point de religion, ou se fait une religion; donc l'esprit fort, c'est l'esprit foible'^''.

[3] J'appelle mondains, terrestres ou grossiers ceux dont l'esprit et le cœur sont attachés à une petite portion de ce monde qu'ils habitent, qui est la terre: qui n'estiment rien, qui n'aiment rien au delà : gens aussi limités que ce qu'ils appellent leurs possessions ou leur domaine, que l'on mesure, dont on compte les arpents, et

* « Et plus de grandeur. » (Édit. i^'^-i'^.)

^ « Dont notre âme est l'image, et même une portion. » (Édit. l^'^-S".)

^ Édition 0'^.

J. Divinœ particulani aurœ.

(Horace, Satire ii, 79.)

« Ex univcrsa mente divina delibatos animes. » (Gicéron, de Seneclute. 21.)

'2. « Rien n'accuse davantage une extrême foiblesse d'esprit que de ne

pas connoître quel est le malheur d'un homme sans Dieu;... rien n'est

plus lâche que de faire le brave contre Dieu. » (Pascal, Pensées, art. IX, i.)

dont on montre les bornes. Je ne m'étonne pas que des hommes qui s'appuient sur un atome, chancellent dans les moindres efforts qu'ils font pour sonder la vérité, si avec des vues si courtes ils ne percent point à travers le ciel et les astres, jusques à Dieu même; si, ne s'apercevant point ou de l'excellence de ce qui est esprit, ou de la dignité de l'âme, ils ressentent encore moins combien elle est difficile à assouvir, combien la terre entière est audessous d'elle, de quelle nécessité lui devient un être souverainement parfait, qui est Dieu, et quel besoin indispensable elle a d'une religion qui le lui indique, et qui lui en est une caution sûre. Je comprends au contraire fort aisément qu'il est naturel à de tels esprits de tomber dans rincrédulité ou l'indifférence, et de faire servir Dieu et la religion k la politique, c'est-à-dire à l'ordre et a la décoration de ce monde, la seule chose selon eux qui mérite qu'on y pense-".

[h] Quelques-uns achèvent de se corrompre par de longs voyages, et perdent le peu de religion qui leur restoit^ Ils voient de jour à autre un nouveau culte, diverses mœurs, diverses cérémonies ; ils ressemblent à ceux qui entrent dans les magasins, indéterminés sur le choix des étoffes qu'ils veulent acheter : le grand nombre de celles qu'on leur montre les rend plus indifférents; elles ont chacune leur agrément^ et leur bienséance : ils ne se fixent point, ils sortent sans emplette".

" Édition 5".

^ " Leurs agréments. » (Édit. S"-?".)

•= Édition 5".

1. Peut-être cst-co une allusion à Bornier, qui avait visité l'Assyrie, l'Egypte et l'Inde, publié ses Voyages (107U), et donné un Abréjé de la philosophie de Gassendi (1678).

[5] Il y a des hoiiiines qui aUendeiit à être dévots et religieux, que tout le monde se déclare impie et lihei lin : ce sera alors le parti du vulgaire, ils sauront s'en dégager. La singularité leur plaît dans une matière si sérieuse et si profonde ; ils ne suivent la mode" et le train commun que dans les choses de rien et de nulle suite. Qui sait même s'ils n'ont pas déjà mis une sorte de bravoure et d'intrépidité à courir tout le risque de l'avenir? Il ne faut pas d'ailleurs que dans une certaine condition, avec une certaine étendue d'esprit et de certaines vues, l'on songe à croire comme les savants et le peuple ^.

[6] L'on doute de Dieu dans une pleine santé, comme l'on doute que ce soit pécher que d'avoir un commerce avec une personne libres Quand l'on devient malade, et que l'hydropisie est formée, l'on quitte sa concubine, et l'on croit en Dieu -.

[7] II faudroit s'éprouver et s'examiner très-sérieusement, avant que de se déclarer esprit fort ou libertin, afin au moins, et selon ses principes, de finir comme l'on a vécu; ou si l'on ne se sent pas la force d'aller si loin, se résoudre de vivre comme l'on veut mourir.

[8] Toute plaisanterie dans un homme mourant est hors de sa place : si elle roule sur de certains chapitres,

« Et ils ne suivent la mode. » (Édit. S^-ô*^ Édition a*".

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