‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 105 sur 563 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ARISTOMÊNE, LÉONIDE, ARCIRE, Gardes.

LÉO NI DE

Viens, cher époux. Mon cœur est ton premier autel; Et si tant de vertu doit obtenir un temple , Ton épouse a la terre en donnera l'exemple.

ARISTOMÊNE.

J'ai fait ce que j'ai du.

LÉONIDE

Justes dieux! quel devoir, Que l'ame la pins forte a peine à concevoir! Si la nature souffre à s'en peindre l'image, Combien, pour le remplir, il fallait de courage! Quel autre eût soutenu cet effort douloureux !

ARISTOMÊNE.

Léonide , jamais je ne fus plus heureux.

C'est là que j'ai connu, tout faibles que nous sommes,

Quel est notre ascendant sur les esprits des hommes.

Lorsque, sûrs d'être aimés et d'être bien servis,

Par la reconnaissance ils nous sont asservis.

Je parais. Sur les murs il suffit qu'on me voie.

i32 ARISTOMKNE.

Toute l'armée au loin pousse des cris de joie ; Et chacun à l'envi , sous les drapeaux rangé, Me jure d'un regard que je serai vengé. J'ai vu mes lieutenants, que mon péril anime, Inspirer aux soldats leur pitié magnanime, S'avancer à leur tête , et le fer à la main Jusqu'au pied de ces murs leur frayer un chemin. Quel spectacle , grands dieux , pour un guerrier sensible .' J'ai dû leur opposer un obstacle invincible; Mais en leur reprochant ce crime généreux, Je sentais qu'à mon tour je serais mort pour eux.

LÉON 1 DE

Alors, n'écoutant plus qu'une juste furie,

J'aurais laissé périr mon ingrate patrie,

Je l'avoue; et l'horreur qu'inspirent les pervers

M'aurait fait trouver grâce aux yeux de l'univers.

Toi , prodige incroyable à la race future.

Il semble que ton cœur soit d'une autre nature.

Père de ta patrie , ennemi de ses mœurs ,

Tu ne voulus jamais y changer que les cœurs.

Sans doute ils sont changés si la vertu les touche.

Quel ingrat citoyen , quel ennemi farouche

Peut d'un tel dévouement n'être pas attendri!

ARISTOMÈNt.

Ne nous flattons pas.

LÉ ON IDE

Quoi !

ARI STOMÈNE.

J'en ai le cœur flétri; Mais tu me vois frappé d'un funeste présage. J'ai de nos sénateurs observé le visage. La honte et le dépit étaient peints sur leur front. Mon respect pour les lois leur semblait un affront. Dans leur libérateur ils croyaient voir un maître. Je suis en leur pouvoir, mais j'ai pu n'y pas être;

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