ACTE II, SCÈNE I. i
Que votre gloire, enfin, vous défend de monrir. Avouez-le : la paix qu'Octave vous propose , Vous révolte bien moins que la loi qu'elle impose. D'un lien enchanteur il faut vous détacher. Des bras de Cléopâtre il faut vous arracher; Et l'amour en fierté changeant votre faiblesse , Rend honteuse à vos veux une paix qui le blesse. Rappelez Actium , et voyez....
Eh bien ! quoi?
Une femme troublée et qui cède à l'effroi ! Mais pour les grands périls leur ame est-elle faite ? Avait-elle, en fuvant, dû prévoir ma défaite? Devait-elle , en fuvant , m'entraîner sur les mers? Mon amour me perdit; et dans tout l'univers Cet amour n'a trouvé qu'un juge inexorable : C'est que , dans l'univers , rien n'y fut comparable , C'est que, dans l'univers, rien ne peut s'égaler A celle à qui l'amour m'a fait tout immoler. L'empire était à moi, j'en étais idolâtre; Il ne put dans mon cœur balancer Cléopâtre. J'ai tout quitté pour elle; Octave a tout soumis : J'ai perdu mes vaisseaux, mes soldats, mes amis; Cléopâtre me reste , et nous bravons ensemble Tout ce qui , soxis le ciel , contre nous se rassemble.
VENT I ni V s.
Périssez , malheureux : vous l'aurez mérité. Ah ! qu'on s'aveugle ainsi dans la prospérité , J'y consens. Mais au fort du danger qui vous presse , Est-il temps d'écouter une folle tendresse? Pourquoi dans ce moment vous laisser accabler? Tant que vous respirez. Octave doit trembler. Il le sait; cependant, au' sein de la victoire, Par un trait de grandeur il couronne sa gloire. Voulez-vous concourir à le justifier,
i64 CLEO PAT RE.
Et nous forcer voTis-mtmc à vous sacrifier? II nous iiiiporle peu (jirà l'amour d'une reine Vous ayez ininioN' l'anioiir d'une Jîoniaine : Aimez, puisque l'aiiuMir a pour \ous tant d'appas, Une reine, une esclave; el ne le soyez pas. On n'a point dans un camp l'austérité de Rome : Autrement qu'au sénat on v jnj;c un grand homme; Et, pour prix i\v la gloire, on permet qu'un héros Respire en liberté dans les bras du repos. Mais si dans le repos sa grande ame s'oublie, Si le plaisir endort sa valeur amollie , L'objet de son amour, fùt-il du sang des dieux, Funeste à l'univers, lui devient odieux.