‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 253 sur 563 · SCÈNE VIL ROMULUS, ILIE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL ROMULUS, ILIE

K OMU LU s.

Le traître me confond. Dans mon ame éperdue. J'ai senti la fureur un moment suspendue. Mon cœur en gémissant répondait à ses cris. Vous le dirai-je enfin? la pitié m'a surpris. Pardonnez à mon cœur cette indigne faiblesse. Moi-même elle m'irrite autant qu'elle vous blesse. Je périrai , ma mère , ou ferai mon devoir. Le sort nous a trahis ; mais j'ai su tout prévoir. Tandis que nos vainqueurs sont plongés dans la joie , A-lbe, cette nuit même, aux Romains est en proie. Oui , par de longs détours rassemblés sous ces murs , La nuit va les couvrir de ses voiles obscurs. Les langueurs du sommeil, les vapeurs de l'ivresse, Cacheront aux Albains le danger qui les presse. Et bientôt mes soldats , perçant de tous cotés .

3i4 NUMIT()I\.

Vont iriondpr de san}; cfs murs ('pouvanirs. Ainiilius sera leur première victime.

ILIE.

Qu'on répargnp, mon fils; sa mort serait un crime. 11 a sauvé les jours, il a sauvé les miens. Sans doute il est affreux de resjjecter les siens ; Mais tu le dois.

R O M IJ I, TJ s.

Comment! vous demandez sa grâce.

Vous! après le forfait que ce lieu vous retrace! Et n'est-ce point ici qu'est tombé sous ses coups Ce héros, de qui l'ombre errante autour de vous. Vous demande vengeance, et d'un regard avide Attend pour s'assouvir le sang du parricide ?

Fût-il plus criminel , ce sang nous est sacré. Mon fils, rjès qu'en ces murs on aura pénétré , Qu'au fond de son ])alais il soit mis hors d'atteinte; Et du temple de Mars qu'on occupe l'enceinte. Qu« dis-je? Ah ! c'est à moi d'v conduire tes pas. C'est là que le héros dont j'ai plaint le trépas, îMon père, Kumitor, languit dans les ténèbres.

E o M u LU s.

Il vivrait !

ILIE.

Je l'ai vu sous des voûtes funèbres.

Où, depuis ta naissance, on le tient dans les fers.

tt son oppresseur règne ! et ses jours nous sont chers 1 Et vous me défendez d'immoler ce barbare! Quelle indigne pitié de nos âmes s'empare? Que de l'ambition l'aveugle emj)ortcment I/eût rendu parricide; au crime d'un moment Le ciel peut pardonner, l'homme le doit peut-être. Mais vingt ans dans son sein cacher lame d'un traître !

Page 1