ACTE III, SCENE III
PÉNÉLOPE
N'a-t-on rien appris de sa bouche, Qui l'intéresse, et qui me touche?
ULYSSE
Je sais qu'il a souffert la dure adversité ;
Je sais que loin de sa patrie , De périls en périls long-temps précipité, Dans l'horreur des combats , sur les mers en furie ,
Jamais votre image chérie
Un seul moment ne l'a quitté.
PÉNÉLOPE
Ah ! combien je serais coupable , Si, loin de lui, mon cœur avait été capable D'un moment de tranquillité !
AIR
Je n'ai cessé de voir Ulysse
Depuis l'instant de nos adieux;
Et ses dangers, pour mon supplice,
Se sont tous offerts à mes yeux.
Les vents , les eaux , le fer, la flamme. Tout ce qui d'un mortel peut menacer les jours,
Portait la terreur dans mon ame.
J'espérais quelquefois , mais je craignais toujours.
ITLVSSE.
Plus la gloire est pénible et plus elle a de charmes :
Ulysse en jouit quelquefois.
Sur le tombeau d'Achille , au milieu de vingt rois , D'Achille au fier Ajax il disjiuta les armes.
PÉNÉLOPE
Et dès qu'on entendit son éloquente voix. Il triompha sans doute ?
ULYSSE
Il fit couler des larmes, Et les cœurs attendris reconnurent ses droits.
398 PÉNÉLOPE
Pi: NKLO l'E.
Vous ne nr('tonnrz pas : mon 1 Ivsso possède, Dans l'art (riiiUicsstr, un rlianne à qni tout cède.
i; L Y ss K.
Sous les murs d'Ilion, que la cendre a couverts, Compagnon des héros, il obtint leur estime; Mais de nouveaux dangers l'attendaient .«-ur les mers. De Scylla , de Charybde , il vit l'affreux abyme.
PÉNÉLOPE
O dieux !
ULYSSE
Les flots bruyants l'ont porte' sur leur cime, Entre ces deux gouffres ouverts.
PÉNÉLOPE
Ah! ses périls passés me font frémir encore.
ULYSSE
La fille du Soleil, Circé, qui fait pâlir
Le jour que ce dieu fait éclore.
Vit Ulysse en danger et daigna l'accueillir.
PÉNÉLOPE
Circé !
ULYSSE
Par une douce ivresse , La perfide essaya d'obscurcir sa raison; Mais de la coupe enchanteresse Ulysse évita le poison.
PÉNÉLOPE
AIR
Tu savais combien ma tendresse Devait souhaiter ton retour, ]\Ion cher Ulysse! et la sagesse Te préserva moins que l'amour.