ACTE III, SCENE II
Les amants, comme les amis, Se doivent l'un à l'autre un peu de confiance.
CÉLICOUR.
J'en ai. Mais....
AGATHE
Croyez-vous, ou non, Que je vous aime ?
CÉLICOUR, en tremblant.
Hélas! je le crois.
AGATHE
Tout de bon ?
CÉLICOUR, de même.
Oui, tout de bon.
AGATHE
Croyez de même Qu'on ne trahit pas ce qu'on aime.
CÉLICOUR, vivement.
Non, mais pour ce qu'on aime on n'a point de secret.
AGATHE, d'un ton imposant.
Vous vous fâchez !
CÉLICOUR, timidement.
Moi ! non.
AGATHE
Je veux qu'on soit discret.
Comment ! si j'étais votre femme.
Monsieur tous les matins aurait donc l'œil au guet, Pour demander, à voir le plus petit billet
Que l'on écrirait à madame?
Ho ! non. Ce serait abuser....
(^ vivement. ) Mais cette lettre enfin, je vous la vois baiser.
Et baiser de toute votre ame.
AGATHE
Vraiment! si je l'avais déchirée à vos yeux.
Vous n'en seriez pas eiiricux.
Je le crois bien. Le beau incrile !
La confiance est de me voir La lire, la baiser, sans vous en émouvoir. Et sans me demander qui peut l'avoir écrite. ctLi c ou R.
Cela se peut-il proposer?
Là, je m'en rapporte à vous-même.
AGATHE
Oui, monsieur, voilà comme on aime; tt sur la bonne foi l'on doit se reposer.
DUO
CÉLICOUR.
Tout ce qu'il vous plaira; Mais ce refus me blesse,
Tout ce qu'il vous plaira; Mais le soupçon me blesse.
CfcHCOUR.
Si c'est une faiblesse , L'amour l'excusera.
Si c'est une faiblesse , L'amour vous guérira.
CÉLICOUR.
Si l'on m'aime , on me plaindra.
AGATHE
Si l'on m'aime, on me croira.
CÉLICOUR.
Mais qu'est-ce qu'il en coùtç, D'appaiser son amant?
AGATHE
.fusqu'à l'ombre du doute.
Est un crime en aimant.