ACTE II, SCENE II
En lui tout est menteur, jusqu'à la vérité. Il te trahit, te dis-je.
ARISTOMÈNE
Et faudra-t-il sans cesse Ne voir dans tous les cœurs qu'artifice et bassesse? A quel nouveau tourment veux-tu me condamner? Je ne sais point haïr; laisse-moi pardonner. Théonis de mon cœur n'eut jamais à se plaindre : Je l'aimai ; je ne puis me résoudre à le craindre.
ARCIRE.
Dans l'ame des héros quelle fatalité
Mêle à tant de grandeur tant de simplicité ?
Non, tu ne seras point le jouet d'un perfide.
ARISTOMÈNE
S'il est tel , son crédit sera faible et timide.
Et jamais les méchants peuvent-ils être unis?
Tôt ou tard , l'un par l'autre , ils seront trop punis.
Vous, de qui la candeur, la bonté m'est connue,
Exposez au sénat mon ame toute nue.
Le pouvoir que j'exerce a pu l'inquiéter;
Comme je l'ai reçu , je saurai le quitter.
Il me coûte assez cher pour consoler l'envie !
Je fais plus pour l'État que lui donner ma vie.
Mais quand j'aurai tout fait, tout souffert, tout perdu
Qu'il soit libre et content ; c'est le prix qui m'est du.
Libre à mon tour, mais seul, dans ma retraite obscure,
Seul avec ma douleur, cédant à la nature,
Aux mânes d'une épouse et d'un fils adorés ,
Je donnerai les pleurs que j'aurai dévorés.
y\' ARITOMÈNR.
scèî^j: il I.
ARISTOMÈNE, ARCIRE, LÉARQUE, UN GARDE.
LE GARDE
Un envoyé de Sparle , arrivé dans Messène , Demande à vous parler.
A R 1 STO M KN E.
Qu'il entre.
ARCIRE.
Aristomènc , .Sparte, qui lâchement t'aura fait menacer. Eu a senti la honte ; elle veut l'effacer. Souviens-toi qu'en ses mains ta famille est captive.
En ami de la paix que son ministre arrive ,
ILl qu'il l'offre équitable; à l'instant j'y souscris.
Je ne serai jamais désarmé qu'à ce prix.