‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 72 sur 563 · ACTE II, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VU

Oui , juge et ton épouse et ton affreux sénat. A peine il t'eut remis le destin de l'État, Qu'il vit briser ses fers des mains de la victoire ; Et ton sang prodigué fut le sceau de sa gloire.

ARISTOMÈNE

Laissons là des périls qu'on a dû m'envier. Messène s'en souvient; je dois les oublier.

Messène s'en souvient , et l'ingrate s'apprête

A racheter ses fers aux dépens de ta tête !

Oui, tels sont les complots qu'on trame autour de toi. '

Les bruits en ont enfin pénétré jusqu'à moi.

« On l'attend , m'a-t-on dit, et sa perte est certaine.

« Coupable aux yeux de Sparte, et suspect à Messène,

« L'une va le livrer comme un ambitieux ;

« L'autre va le punir comme un séditieux. »

Prends ma place , et crois voir un héros , tes délices ,

Marchant sans défiance entre deux précipices;

Un peuple contre lui sans cesse envenimé;

Un sénat, par l'envie, à sa perte animé;

La calomnie , autour de son char de victoire ,

Menaçant à-la- fois et sa vie et sa gloire;

Les soupçons odieux , l'infâme trahison , 1

Aiguisant le poignard, préparant le poison;

Peins-toi cette victime à la mort condamnée ,

Le bandeau sur les yeux , suivant sa destinée ,

Sans crainte , sans défense , au milieu du danger,

Et caressant la main qui devait l'égorger :

Sois Léonide enfin, et condamne ma fuite.

De ma témérité je prévovais la suite,

Les tourments, les combats que j'allais te causer.

Mais dans ce trouble affreux je n'ai pu reposer;

Et des mêmes horreurs nuit et jour obsédée ,

A ce grand dévouement je me suis décidée.

100 A lus'i'oM km:.

Heurciisf , en te sauvant dans les bias de la paix , De confondre et punir l<s ingrats que lu fais!

ARISTOMKNE.

Insensée! Ali! du moins ne pouviez-vous m'attendra "^

Et n'as-tu pas toujours dcdaif^m- de ui'entendre ;' N'aurais-tu pas rntorc néglijijé mes avis?

Me préservent les dieux de les avoir suivis!

1, ÉON I n fc. Et c'est cet abandon, cet oubli de toi-inèint-. Qui met au désespoir une femme qui t'aime. IVTallu'ureux ! Quoi! du piège on a beau t'avertn . Tu t'obstines encore à n'en jamais sortir! Tu penses que l'envie et la liaine s'appaisent ! Ta vertu les fatigue, et tes bienfaits leur pèsent. Trop grand pour être aimé, tu te flattes en vain. Contre toi dans les cœurs fermente un noir levain. L'armée est ton ouvrage , et tu disposes d'elle ; Quelques amis encore embrassent ta querelle ; Mais inutile a])pui contre un assassinat ! Tu frémis; je crains tout des complots du .sénat ! Ici la trahison a marqué sa victime.

Le terni, ie de nos lois est le berceau du crime. Il te menace, il règne , il insulte les dieux. Il va rendre ta femme et ton fils odieux : Mais mon cœur et le tien sont mes juges suprêmes Pour me justifier il suffit que tu m'aimes.

Ainsi, pour me sauver, tu trahissais l'Etat!

Page 1