‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 85 sur 563 · ACTE III, SCÈNE IX. ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IX. ii

EURIBATE.

J'admire, en gémissant, cette noble constance, Qui de vos protecteurs rejette l'assistance. Mais vous livrez un sang qui vous est précieux, Menacé par vos lois, innocent à vos yeux; Pourquoi ? pour un vain nom de liberté publique , Pour de fragiles droits que le sénat abdique !

Il y peut renoncer. Mais qu'il me connaît peu ,

Si, pour couvrir sa honte, il attend mon aveu!

Cependant garde z-vous d'en croire l'apparence.

Je vois qui peut avoir flatté votre espérance.

Au gré de nos tvrans ce sénat composé ,

Fut mêlé d'un limon qu'il n'a pas déposé.

Quel asyle, après tout, n'est pas ouvert au vice?

Jusqu'au pied des autels en rampant il se glisse;

Mais parmi nous, seigneur, comme il est étranger,

S'il y pénètre encor c'est un mal passager.

Il est peut-être ici des cœurs lâches et traîtres;

Mais il en est de grands , faits pour braver vos maîtres,

A R c I R E , vivement.

Non, seigneur. Je réponds du cœur de ses amis. Protégez sa famille ; ils vous seront soumis. Prends pitié de ton sang.

ARiSTOMÈNE, à Euribate.

Pardonnez ses alarmes.

L'amitié les inspire. Ami , retiens tes larmes. Je serais, à ta place, aussi faible que toi. Tu serais, à la mienne, aussi ferme que moi. Seigneur, vous le vovez, mes amis sont des hommes. De vos grandes vertus, éloignés que nous sommes, L'amitié, la nature, ont encor sur nos cœurs Des droits, que l'une et l'autre ont perdus dans vos mœurs; Mais lorsque ce héros tremble pour ce qu'il aime, Ne vous figurez pas qu'il tremblât pour lui-même.

Théâlrt.. I. O

ii/i AKlSiOMENE.

Sa bonté seule ici croit avoir droit d'agir; Mais si j'en abusais, je le ferais rougir. Pour moi , je l'avouerai , ma famille m'est chère. Je n'ai qu'un fils, je l'aime, et j'adore .sa mère. Il en coûte à mon cœur de les abandonner. Je les crois innocents, on peut les condamner; Mais ils mourront, seij^neur , encor dignes d'envie, Si par une bassesse il faut paver leur vie. Eu chassant nos tyrans j'ai sauvé mon pays; Et par moi mes bienfaits ne seront point trahis.

( Il sort. )

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