‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 116 sur 255 · ACTE I, SCENE X. 2i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE X. 2i

(liant.)

Comment! je vous soutiens que dans tous les états On ne peut de mon art assez faire de cas ; Qu'un enfant de famille , et qu'on veut bien instruire , Devroit savoir jouer avant que savoir lire.

GÉRONTE

Monsieur le professeur, avecque vos raisons, Il faudroit vous loger aux Petites-Maisons.

M. TOUTABAS.

De quoi sert, je vous prie, une foule inutile

De chanteurs , de danseurs , qui montrent par la ville ?

Un jeune ligmme en est-il plus riche quand il sait

Chanter ré mi fa sol , ou danser un menuet?

Paîra-t-on de marchands la cohorte pressante

Avec un vaudeville ou bien une courante ?

Ne vaut-il pas bien mieux qu'un jeune cavalier

Dans mon art au plus tôt se fasse initier ?

Qu'il sache , quand il perd , d'une âme non commune ,

A force de savoir, rappeler la fortune?

Qu'il apprenne un métier qui , par de sûrs secrets ,

En le divertissant , l'enrichisse à jamais ?

GÉRONTE

Vous êtes riche , à voir ?

M. TOUTABAS.

Le jeu fait vivre à l'aise Nombre d'honnêtes gens, fiacres , porteurs de chaise ; Mille usuriers fournis de ces obscurs brillants, Qui vont de doigts en doigts tous les jours circulants ; Des Gascons à souper dans les brelans fidèles;

2i6 LE JOUEUR.

Des chevaliers sans ordre ; et tant de demoiselles Qui , sans le lansquenet et son produit caché , De leur foible vertu feroient fort bon marché. Et dont tous les hivers la cuisine se fonde Sur l'impôt établi d'une infaillible ronde.

GÉRONTE

S'il est quelque joueur qui vive de son gain , On en voit tous les jours mille mourir de faim, Qui, forcés à garder une longue abstinence, Pleurent d'avoir trop mis à la réjouissance.

M. TOUTABAS.

Et c'est de là que vient la beauté de mon art. En suivant mes leçons, on court peu ce hasard. Je sais, quand il le faut, par un peu d'artifice. D'un sort injurieux corriger la malice ; Je sais dans un trictrac , quand il faut un sonnez , Glisser des dés heureux , ou chargés , ou pipés ; Et quand mon plein est fait, gardant mes avantages, J'en substitue aussi d'autres prudents et sages , Qui, n'offrant à mon gré que des as à tous coups , Me font en un instant enfiler douze trous.

GÉRONTE

Et, monsieur Toutabas, vous avez l'insolence De venir dans ces lieux montrer votre science ?

M. TOUTABAS.

Oui, monsieur, s'il vous plaît.

Et vous ne craignez pas Que j'arme contre vous quatre paires de bras ,

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